insurrectionpoetique !

JEUX INNOCENTS


Démonter les animaux
Les remonter à l’envers
Pour voir s’ils fonctionnent encore

Désosser soigneusement
L’insolence des nuages
Et guetter leur point de chute

Entrer frauduleusement
Dans d’autres espaces-temps
Et se prétendre immortel

Traverser les apparences
Comme un soufi désinvolte
Au bord de l’illimité

Et se sentir soulagé
Après tant d’extravagances
De retrouver l’ordinaire

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LA SOMBRE MENACE DES PAS

Il y a dans certains pas
Des voracités d’écho
Le temps, vaincu, s’y distend

Volutes de nuit durcies
Fumée des rires d’angoisse
Des enfances abolies

Pas comme une main dans l’ombre
Dont les doigts empaument un cœur ;
Lorsque ces pas font silence

Tout soudain en nous respire
Comme une première fois.
Pourtant, les pas reviendront

Tout chemin qu’ils ont marché
Est bon à être arpenté
De nouveau. Le souffle court
` Je guette les distorsions
Du silence, infimes failles
Où ils sinueront bientôt

Mais rien, le pandemonium
Ordinaire de la vie
Jusqu’à quand ? Nul ne le sait

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DIEU, DERRICK, L'UNIVERS ET LE RESTE

Je t’ai cherché partout, à commencer par les
Épisodes anciens de l’inspecteur Derrick
Que jamais l’on ne songera rééditer
-Mais nul n’est à l’abri d’un coffret collector-

Aux tables maculées de gargottes infâmes
Que tout individu à peu près sain évite
Aux boîtes périmées depuis dix ans au moins

Aux femmes que seul un miracle eût pu sauver
De la virginité, aux histoires tordues
Je te savais dissimulé dans l’ordinaire
Dans l’évidence inexplorée, infréquentable

Non dans le mystérieux ni le spectaculaire
Où le premier mystique aurait pu te trouver

Ma quête est demeurée pour l’heure inaboutie
Pas vraiment persuadé que tu n’existes pas
Trop las pour continuer à fouiller l’ingérable

Il est bien plus aisé de rencontrer tes anges
-Avec certains d’entre eux, je l’avoue j’ai connu
De mémorables soulographies autrefois-
Que toi, inaccessible et pourtant quotidien

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SIGNATURES

Du plus lointain de mes regards
L’horreur et la beauté toujours
Portaient humaines signatures

Ce qui fait acte la pensée
Exerçait sur moi davantage
D’attraction, de fascination

Que les éphémères splendeurs
De la nature ; ce qui crée
D’un vortex au cœur de son vide

L’humain, précieux, vain sacrifice
De son équilibre organique
De sa stabilité mentale

Qui tôt pu tard induit sa perte
Et le combat sans rémission
De ses mondes contre le monde

Ce don du plus haut, du plus rare
À qui le nie de chaque fibre
Son inutilité grandiose

Ce besoin d’enfanter sa trace
Que mille mains effaceront
Sans doute est en soi sacerdoce

Et lorsque le pas reste inscrit
Dans la nudité des horloges
Avance l’aiguille du sang

Jusqu’à son point de fusion
Avec l’heure de l’univers
Pour ceux qui ne l’ont point connu

C’est comme un miracle laïque
Accompli sans ambigüité
Ouvrant la rédemption de tous

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LES ÂGES SOMBRES DE LA JOIE

Il y a tant à recracher
Des ténèbres avalées crues
Que l’estomac n’a su dissoudre

D’organes portés disparus
D’élévations erratiques
De soleils non venus à terme

Tant de jardins en déshérence
Qui furent espaces vitaux
Du temps où ils donnaient des fruits

Le cœur en bois grince d’échardes
À chaque battement d’amour
Un son ténu qu’on ne perçoit

Qu’au-delà d’un seuil de tristesse
Franchi depuis déjà longtemps
Où la joie ne s’abolit pas

Mais ralentit comme à l’approche
D’un carrefour accidenté
Brouillant les significations

Joie saccadée et presque honteuse
Qui ne peut plus s’appuyer sur
Les bords de ce masque auquel nous

Avons renoncé par fatigue
Mais elle persiste à enrouler
Parfois à nos peaux ses anneaux

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AU PÉRIL DES RÉSURRECTIONS

Des soleils qui nous brûlèrent
Dont certains brûlent encore
Qui en soupçonne l’éclat

Beaucoup pensent qu’il suffit
D’un résumé pragmatique
-Notices de bas de page-

Pour en saisir la puissance
Lorsque leur déploiement seul
Dans leur densité première

Leur donne existence et sens ;
À qui jugerait sans risques
-Anodine virevolte-

Leur prompte resurrection
Il est bon de signifier
Quelques effets secondaires

De mutations impromptues
En foudroiements inédits
Et irréparables plaies

L’impossibilité seule
D’une autre voie que l’union
Aux magmas incandescents

En justifierait le prix
Mieux vaut s’en abstenir si
Elle n’est ascèse et destin

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CE RIRE LÀ …

Mon rire à émerger fut lent
De tant d’encombrante tristesse
Il se plante comme un poignard
Dans les dents froides de la nuit

Ouvre les mâchoires du pire
Prêtes à broyer l’inconvenance
Des existences parallèles
Des actes nomades et furtifs

Il danse où l’on ne danse guère
Et vient décorseter les gouffres
Il est impitoyable et droit
C’est un désir et un défi

Claquant comme l’aile d’un ange
Dans le ventre froid du démon
Il ne se détourne de rien

Et prend quelquefois ses racines
Dans la putréfaction du monde
Il arrive qu’il sonne étrange

Aux oreilles de ses témoins
Plus que l’expression d’une joie
Construction d’une forteresse

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TOI QUI FUS LIBRE UN JOUR ET QUI N'EN SUS QUE FAIRE …

De la lime des mots arasant les nuances
Truquant le balancier des inégalités
Transfondant les valeurs entre elles et ne laissant
À qui veut s’exprimer, signer sa différence

Que les terres hostiles et glacées des extrêmes
Par la suite étonnés qu’on y pose ses marques …
Toi qui fus libre un jour et qui n’en sus que faire
D’autres on mésusé du sens que tu donnais

Hier à ce mot-là, du temps du rêve entier
Non encore amputé par la faux des déserts
Et ton aveuglement qui fut aussi le mien
S’achève dans l’alarme et le chant des sirènes

Qu’avons-nous à donner qui comble la béance
Qui, à défaut d’un sens, redonne une charpente
À l’âme que longtemps nous crûmes obsolète ?
Quel os tiendra debout la demeure du Verbe

Que trop longtemps nos cœurs ont jugée méprisable
Lorsque tant de beauté, tant d’abomination
Commencent par des mots, pour empoigner, convaincre
Et hisser dans quelque tourbillon que ce fusse

Quelle alternative aux vérités dogmatiques
Quelle note anesthésiera le chant du serpent ?

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CHEZ LES DEALERS DE MIROIRS

J’ai autrefois connu des dealers de miroirs
Qui vendaient à l’encan des reflets prohibés
Celui que nous eussions si nous n’avions
Dévié de l’axe qui fixait notre présence

Celui qui loge tout au fond de nos consciences
Que nous savons être nous ; au regard du monde
Invisible, lové dans la peur de paraître
Celui que nous espérions être
Qui par manque de force ou d’audace a péri

Ombres fugaces qui soudain se concrétisent
Dans le tain écaillé des glaces iconiques
Et puis ces miroirs creux qui ne laissent passer
Que ce néant radieux où nous disparaissons

Et notre alter ego s’efface dans l’obscur
Jouissance de gommer notre face et nos traces …
J’ai connu aussi des trafiquants de mémoire
Jonglant avec les mondes et les réalités

Leur rôle comportait une part d’inconnu
Ce qu’ils accomplissaient je ne l’ai jamais su
Au juste je n’en eus que de vagues prémices
Le peu que j’en compris me remplit de terreur

Une peut venue des premiers âges de l’âme
Et je n’insistai pas pour connaître la suite ;
Ils épient aux périphéries de l’impossibke

Et leur activité est devenue secrète
Dans les soubassements ténébreux du connu
Je n’en sais rien de plus, mais j’en sais déjà trop

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LA RÉPONSE INTERDITE

On lui demanda si il désirait connaître
La vérité ; il répondit simplement non
Jaugeant que la question était réelle
Offrant un choix de réponses multiples

Il tenta d’être honnête, juste et vrai
Proche de ses vérités intérieures
On tenta de le plier, le broyer
Pour lui dressées les machines de guerre

Créés supplices et disséminations
Nul écartèlement assez féroce
Pour cette sincérité insolente
Les rouages des machines parfaités

Qu’il soit, persiste à être était scandale
Tout acte fût-ce celui du respir
Scellait son sort et sa condamnation
Un “oui” tardif n’y eût point remédié

Son “non” bafouait l’édifice social
Alibi pour les hordes informelles
De tous ceux qui secrètement aspirent
À l’ailleurs non formaté, normatif

Ceux qui voudraient créer leurs propres mondes
Excroissances en prolifération
Socles d’imaginaires ingérables
Jungles couvrant les cités du système

Prendre semblable risque est impensable
Et c’est pourquoi dans l’intérêt de tous
Nous pouvons à présent annoncer que
La bouche qui disait “Je suis” s’est tue

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DANS LE CERCLE DE LEURS SOUFFLES

J’ai aimé passionnément
Croiser en chemin ces êtres
Semblables à des tableaux
Qui déborderaient du cadre

Jamais par ostentation
Mais par profonde nature
Par eux vivre retrouver
Un fragment de mon mystère

Et tout devenait plus dense
Plus apte à être investi ;
Bien qu’ils fussent pour beaucoup
Intouchés de l’Absolu

Ils redonnaient au silence
Une pulsion transcendée.
Ils riaient et parlaient fort
De la plume ou de la voix

J’ai marché à leurs côtés
Et partagé leurs voyages
Dans les marges de l’Ici ;
De les savoir exister

A rendu mes solitudes
Moins semblables aux fardeaux
J’étais en apesanteur
Dans le cercle de leurs souffles

Le monde s’uniformise
Tout se restreint, s’amenuise
Comme si chacun était
Comptable de ses désirs

L’au-delà des lignes rouges
Ce que d’autres ont conçu
Qu’il nous serait congru d’être
Qui ose encore le franchir ?

C’est de là que, fatigué,
À peu près sevré d’espoir
J’épie le surgissement
De mes frères à venir

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L'ART EXIGEANT DE L'INUTILITÉ

Être inutile à son prochain
Est un art que fort peu d’élus
Sont à même de pratiquer

Vouloir à tous prix secourir
Dans la plus totale ignorance
De la géographie de l’autre

N’engendre au mieux que le chaos
Suscite de nouveaux conflits
Éjouit les faiseurs de néant

Qui creusent ainsi la brèche ouverte
Par les sauveurs d’humanité
Gouffre grouillant des cauchemars

Dissocier la cosmogonie
Des grandes idées rédemptrices
Du proche, du nu, de l’intime

N’est que prélude aux cataclysmes
Déni de l’homme en sa chair même
Décomposition du réel

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INACCEPTABLES BOUSSOLES

Désir de vivre un peu flasque
Un peu hésitant parfois
Désir de vivre quand même

Pas assez puissant pourtant
Pour devenir volonté
Plutôt attente languide

De ce qui viendra peut-être
Curiosité amusée
Pétrie dans l’alcool des larmes

C’est peu et déjà beaucoup
Quand corps et âme troués
Comportent tant de lacunes

Ma vie est invérifiable
Équation mathématique
Aux multiples inconnues

Ni la perte ni la chute
N’engendrent de désespoir
Leur constance me rassure

À force de déchirures
Elles sont devenues repères
Inacceptables boussoles

Je condense ce qu’il reste
Et brinquebalant j’avance
Sur l’intransigeant chemin

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PARMI LES MIMES DU RÉEL

Aimer la vie si fort qu’on n’en peut supporter
La triste parodie où l’acte, la pensée
L’émotion ont fait place à de vains simulacres
-Imitations mimées de ce qui fut réel-

Est une damnation ; lorsque de qui existe,
Habite pleinement celui qu’il est, on dit :
“Un sacré personnage” avec au fond de soi
Un rien de commisération et de tristesse

Comment se contenter d’un monde aseptisé
Où franchir la limite vous scarifie paria ?
N’espérez pas de moi de merveilleux mirages
Je ne suis qu’une porte sans serrure et sans clé

Qu’une simple pression de la main qui l’ose
Ouvrira sur des univers en gestation …
Qu’importe que mes mots dans le néant basculent

Ils sont sortis de moi je n’en suis plus le maître
Et tous ceux dont la nuit a brisé la parole
Rêvent parfois encore au travers de mes mots

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ÂMES DÉSENCORDÉES

Certaines fois entre les lèvres
Un goût d’épave naufragée
De rats sur un champ de bataille
De soleil désarticulé

D’ombres en lambeaux, de vestiges
Dont la puanteur intangible
Enveloppe comme une brume
Les restes pourris d’un festin

Quand le destin se désenchante
Que la répétition des glas
Migre vers les bords des falaises
L’essence crédule du moi

Je n’avais pas prévu la chute
Et non mes pas n’ont pas fauté
Mais ce sont les âmes encordées
À la mienne qui ne sont plus

Les pierres de mes édifices
Deviennent étoiles dans ce vide
Froid sans relief impénétrable
Dont nul n’espère le retour

Paradigme désaccordé
Faussant le sens et l’unité
Des mondes qui m’équilibraient
D’où j’étais amené à naître

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