insurrectionpoetique !

LA CLE EGAREE DE NOS DOUBLES

Quelquefois ta voix te ressemble à peine

Tu te demandes qui te traverse

Pour te restreindre ou t'élever ;

Feindre l'un pour assouvir l'autre ?

Ou s'égarer dans l'autre croyant atteindre l'un ?

 

Ici-bas chacun se persuade

Que tous nous détenons l'itinéraire précis

Des agissements de nos doubles

Répertoriés en fiches classifiées

Quand nul en fait ne la possède

 

Des futurs non vécus, des passés anxiogènes

Viennent superposer au présent

Leurs grilles d'interprétations

Leurs artefacts de probabilités

 

Et toi vacillant dans ton labyrinthe

Confronté aux marchands de réponses solubles

Aux brocanteurs experts en issues de secours

Quand eux mêmes ne cherchent qu'à

S'évader de leur intime dédale

 

En résulte le chic des parois

Qui réorganisent leurs cloisonnements

En plus doctes entrelacements

 

Les spectres des versions de toi

Virtuellement envisageables

Mais que tu n'as pas cru bon vivre

Prolifèrent en lierre grimpants

Le long des noueux arbres neuronaux

Et parasitent ta pensée

 

Ne t'y trompes pas cependant

Le poème n'est pas une clé

Tout au plus une porte que tu n'avais pas vue

Il se peut qu'elle soit fermée

 

Et que tu doives, très loin et très profond

Aller en toi chercher l'outil

Nécessaire à son ouverture

Et prendre le risque que la porte

Ne conduise qu'à d'autres portes

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SUSPECTES ABONDANCES

Il nous faut à tout prix remplir

Nos carnets d'adresses et nos agendas

Nos emplois du temps et les documents

Administratifs, nos obligations

Jusqu'à l'au-delà de la satiété

Mais à ces suspectes abondances

Convient un espace concave

Lisse et désencombré de soi

 

Et si les moments les plus vrais

Insolemment denses et compacts

Étaient ceux auxquels nous lâchions

La bride des utilités

 

Ceux qui sans fonction précise

Sans signification piégée

Permettent de nous sentir être

Parce que surchargés de rien ?

 

Combler les trous, en créer d'autres

Pour y faire pénétrer de force

Une idée du monde abrasive ;

Notre cœur et nos souvenirs

 

Notre âme, nos claires utopies

Jetés aux chiens et aux corbeaux

Pour remeubler nos intérieurs

D'une décoration factice

 

Et nos droits à la page vierge

A la minute de silence

A l'extinction de la parole

Pour mieux remonter vers sa source

 

Il nous faudra les exiger

Avant que l'on nous en arrache

Jusqu'à la possibilité

D'en envisager l'existence

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LA VERITE, C"EST DEGUEULASSE …

La vérité c'est dégueulasse

Et pi en plus ça sent pas bon

Faut t'y pas avoir toute sa tête

Vouloir d'une pareille salop'rie

 

Pour sûr c'est pas un gars d'chez nous

Qu'a inventé un truc pareil

C'est pas respectueux du voisin

D'la dégueuler à tout bout d'champ

 

Faut pas croire, nous, de la matière

On en a à savoir que faire

0 s'en fourrer jusqu'au gosier

Mais bon, faut pas êt' dégoûté

 

Bien cuisinée, là, je dis pas

'vec un peu d'sel et des épices

Pi ben mijotée à feu doux …

Voyez vous, par chez nous on est

 

Comme qui dirait des artisans

Des artistes du fait divers

On le cisèle, on le bichonne

On y rajoute quelques rubans

 

On soigne la présentation

On le personnalise, en fait ;

Chacune de nos réalités

Porte sa griffe, sa signature

 

Ca s'rait pas drôle si chaque version

Ressemblait à la précédente !

Chacun choisit ce qui veut croire

Sans en faire une affaire d'état …

 

Mais cet ensemble de faits bruts

Qu'on appelle la vérité

Moi ça me fait froid dans le dos

Les gens bien font pas c'genre de trucs !

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JUSQU'A L"ULTIME AFFRONTEMENT

Qui pourra me dire que faire en ces jours

Où je supporte à peine m'entendre respirer

Où chaque os est douloureux

D'avoir survécu à la mémoire des tombeaux

 

Où j'ose à peine regarder

L'étendue de ce qui a

En moi été pillé et massacré

Et surtout la part de moi

 

Qui a joyeusement pris part à ces massacres

Qui furieusement soutint la mise à sac?

 

Qui pourra en ces jours sans âme

Redonner des vertèbres à mon cœur désossé ?

Qui osera retourner les cartes "chance"

Et s'assurer qu'elles recèlent d'heureux présages ?

 

Qui, sinon celui que je fus

Quelques jours, quelques heures auparavant

Celui que demain ou après demain sans doute

Sera là, dont l'absence me flagelle en ce jour ?

 

Comme il me manque alors … si j'en avais la force

je l'aimerais, je l'étreindrais pour que jamais

Il ne se dissocie de mon ombre, de ma voix

 

Mais me tendre vers lui déjà m'épuise

Je sais qu'il viendra, mais alors le vide

Aura déjà dépecé l'un ou l'autre de mes organes

Un de plus, et est longue la liste des manquants

 

Jusqu'à l'ultime affrontement

Avec le vide et ses séides

Et cette question subsidiaire :

Qu'ai je fait de ma vie, vraiment ?

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NE VOUS INDIGNEZ PAS !

Il est aisé de s'indigner

-Et infiniment confortable-

Sur des événements lointains

Des causes dont on connait si peu

 

Et dont d'un geste négligent

Nous élaguons quelques données

Qui font tache dans nos schémas.

Comme est reposant de haïr

 

L'ennemi que tout nous désigne

Sachant que nos vibrants lazzi

Connaîtront peu de controverse ;

Nous croyons-nous moins ridicules

 

- O incompréhensible orgueil !-

En brandissant, persuadés

De soulager l'humanité,

Nos cultures, nos éducations

 

Nos valeurs en vertus suprêmes

Que celui qui, du camp adverse,

Érige en monuments les siennes ?

Rassurons-nous, il n'en est rien …

 

Il est aisé de s'indigner

Sans savoir qui, comment, pourquoi

Parce qu'on en a donné l'ordre

En tournant le commutateur

 

Comme ce monde en noir et blanc

Avec ses bons et ses méchants

Est doux, et chaud, et rassurant !

il doit être bon d'y stagner …

 

Mais la vie ne ressemble pas

Aux blockbusters hollywoodiens

Elle est complexe comme l'esprit

Et se ramifie comme lui

 

En innombrables radicelles ;

Les questions que nous nous posons

Demeurent parfois sans réponses

Celles-ci ne sont pas toujours

Acceptables ni comestibles

 

Ne regardez pas en arrière

Pour appréhender le présent

Forez plus loin, vers le noyau !

 

Ne soyez dupes ni de vous-même

Ni des détestations offertes

Comme la tête de Saint-Jean Baptiste

Sur le plateau de Salomé

 

Ou soyez-le, si c'est un choix ,

Votre libre consentement

A la cécité dominante

 

Le combat et la poésie

Jusqu'aux limites du possible

Se doivent d'éviter l'écueil

Des troublantes facilités

 

La simplicité vient après

Lorsque tout a été détruit

De nos convictions intimes

Trop communes pour être vraies

 

Quand chaque idée, chaque regard

A pu être revisité

Conquête de soi sur l'obscur

Quand tout décor factice est mort

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L'AMOUR CIRCONSPECT DES BLESSURES

Souffrances infligées et reçues

Nous vous aimons avec une circonspection

Parfaitement compréhensible

Nous vous adulons à distance

Adulation qui ne peut qu'être chuchotée

 

Nous n'apprécions la douleur

Que dosée avec minutie

Deux gouttes -trois c'est un désastre !-

Il est indigne d'avouer

Notre immaturité chronique

D'enfants aspirant à être punis

 

Il y faut des tenailles élégantes et précises

Un scalpel millimétré

Une main sûre et aimante

Tout abus de pouvoir y serait déplacé

 

Sans vous que serions-nous ?

Des insectes cloués au bras des fauteuils

Sans le pouvoir de réfuter, de s'affliger, de se plaindre

De se positionner en victime

En sacrifié

Comment trouver la noblesse de vivre ?

 

À l'inverse la jouissance

De terrasser son ennemi

D'humilier son prochain

-De préférence innocent

Des crimes dont nous l'accusons-

 

Nous confère une confiance, un équilibre, une paix

Que nous donnerons sans compter

Aux êtres que nous chérissons …

Comme nos pulsions de mort

Nous sont de précieux biens !

 

Mais réfuter leur existence

C'est les condamner à les laisser s'affranchir

De tout contrôle et de toute limite

Car ne pas prendre en compte ce moi abominable

Ce serait lui laisser le poste de commande

D'un organisme falsifié

 

Il suffirait alors de quelque circonstance

- Et la vie en ce sens est des plus inventives-

Pour que le miroir ne nous renvoie plus

Que l'image honnie de notre double malade

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UN IMPOSSIBLE DIALOGUE

As-tu vécu ces instants

Où ton passé te reproche

De lui avoir survécu

Affecte la surdité

Quand tu lui dis n'être plus

Sensible à ses sortilèges ?

 

Réfute la nostalgie

Dont il voudrait te vêtir !

Parfois mon passé me hait

De n'avoir pu assouvir

Ses dévorations suspectes

 

Impossible de parler

Un langage de raison

C'est un interlocuteur

Pour qui tout mot est combat

Toute résistance offense

 

Lui dire "c'est de ta matière

Que naquit ce que je suis

Mais je l'ai tant modelée

Que je ne suis ce qu'elle est" :

Insondable trahison

À ses yeux de poulpe mort

Instants qui s'étirent et passent

Comme une mauvaise migraine

L'esprit clair et sain émerge

De ses pièges tentaculaires

 

As-tu connu ces instants

Des passés sans avenir

Qui crochètent les serrures

Et nouent autour de ton cou

La détresse des impasses

De leur futur en lambeaux ?

 

Ils guettent au bout des couloirs

Ils t'empoignent, ils te rudoient

Pour que tu te loves en eux

Repli fœtal où demain

N'est tissé que de mémoire

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SUR LES AUTELS MARCHANDS DE NOTRE CHOIX

Où est l'espace où la respiration

De l'homme n'est d'une bête traquée

Où le cerveau ne soit tenu en laisse

Pour l'empêcher de fouiner les recoins

En quête de nourritures exquises ?

 

Au fond des aquariums avariés

Où, confinés, l'asphyxie nous devient

Naturelle et peu sujette à caution

Lorsque protester confine au blasphème

Est insolence et mépris de l'humain

- Amputez votre esprit à prix modique !-

 

Lieux où la pensée devient poreuse

S'égoutte dans les miroirs de la mort

Loin des spectaculaires apocalypses

Nous nous ensevelissons par à coups

Sacrifiés sans qu'aucun dieu le requière

Sur les autels marchands de notre choix

 

Plus que la propension à dominer

La volonté d'être esclave s'accroît

Et l'homme libre est une antiquité

Au rayon des marchandises obsolètes

Qu'il conviendra bientôt de détruire

 

Mais ce lieu du respir désentravé

S'il n'existe nous devrons le créer

Il y faudra une foi plus poignante

Que celle qui transfigure les saints

Qu'elle n'y atteigne et nous aurons perdu

 

Ce substrat d'humanité qui demeure

Dont les arborescences eussent pu

Créer des voies de salut transversales

Et renverser les idoles factices

Nées du vide et habitées par le Rien

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CONTRÔLE

Tu te demandes depuis quand

L'époque est devenue si folle, incontrôlable.

Mais, dis-moi, à quand remonte

Très précisément le moment

 

Où tu as eu -fût-ce un soupçon-

Où tu as eu -serait-ce en rêve-

Le contrôle sur ton existence ?

C'est juste ! Tu ne l'eus jamais …

 

Et pourtant tu es toujours là

À festonner des patchworks

D'espérances à quatre sous

Et tentant de dissimuler tes manques

 

Debout et merveilleusement vivant

Avec tes échecs et tes appétits

Pourquoi voudrais-tu contrôler

Les aléas qui te conduisent ?

 

Où ? C'est ce que tu ignores

Juste un lieu où tu pourras continuer

Avec toutes tes limites

Tes rêves non cotés en bourse

 

Il est vain et superflu de penser

Que contrôler la direction des choses

Serait les amener à la desrination

Qui signerait ton équilibre

 

Et ton épanouissement

La fin de ton instabilité relative ;

Ce serait négliger le lien

Qui t'unit à tes cauchemars

 

Tu peux choisir sciemment la chute

Armuré de mille alibis

Ta volonté est un miroir aux alouettes

Si elle omet de mentionner cette détestation de toi

 

Cette aspiration secrète à la douleur

Dont nul interrogatoire

Ne pourrait t'extorquer l'aveu …

Être libre ne s'improvise pas ! 


 

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NE GRATTEZ PAS TROP FORT …

Ne grattez pas trop fort

Ne creusez pas profond

Car surgiraient des spectres

Que j'avais crus moi-même

À tout jamais dissous

 

S'il suffisait d'un geste

D'un ordre claquant sec

Pour qu'ils prennent la porte

Et ne reviennent plus

 

Ma pulsion de vie

Mon équilibre interne

Seraient reconnaissants

À la vie souveraine

 

Mais las ! Comme des tiques

Ils s'accrochent à ma voix

Bien que n'agissant plus

De manière ostensible

 

Décalages subtils

Instants faussés d'avance

Qui donnent à la beauté

De glauques pestilences

 

Ces monstres ont formé puis

Dématé mon visage

L'ont laissé naviguer

À la merci des ogres

 

Les terres que j'ai quittées

Mêlent mes yeux de boue

Et cerclent de langueur

Mon cœur indivisible

 

Je n'ai à espérer

D'eux pas la moindre grâce

Je les vois quand ils croient

Que je ne les observe

 

Tenter de saboter

Et de démanteler

Le flux de mes pensées

Rendre les eaux saumâtres

 

Où je me purifiais ;

Si vous grattez trop fort

Et creusez trop longtemps

À l'air libre évacués

 

Ils prendront possession

De leurs formes anciennes

Afin de retrouver

Leur puissance plénière

 

Pour l'heure leur pouvoir se

Limite au mur dressé

Des pérennes vigilances

Mais l'usure du mortier …

 

Ils comptent là dessus

Pour franchir la frontière

Ne grattez pas trop fort

Ne creusez pas profond

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LE FRÈRE QUE JE HAIS

Je hais ces façons d'exhiber

Nonchalamment ses déchéances

De présenter ses doléances

Comme des droits fondamentaux

Quand nos vrais droits sont en lambeaux

Terres meubles en déshérence

Que les grêles ont laminées

 

Je hais l'esclave délivré

Qui pour d'autres recrée des chaînes

Pour qui l'humiliation malsaine

Devient langage et parole

Qui s'empare de son nouveau rôle

Avec brio, impose, assène

Son théâtre des cruautés

 

Ou qui sinuant dans les pas

Qui les ont marqué, piétiné

Réclament la servilité

Comme le paradis perdu

Qu'ils ont toujours choisi, voulu ;

Dont un dieu jaloux les chassa

 

Je hais de devoir rejeter

Les idées de l'ennemi quand

Il résonne pertinemment

Juste parcequ'il est l'ennemi

Et que nous osons le déni

D'une gémellaire pensée

 

Bien sûr il est d'autres combats

Mais celui-ci est harassant

Quand contre nos proches dressés

Nous luttons pour une liberté

Une exigence de vérité

Comme un cadeau embarrassant

Que beaucoup ne désirent pas

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PARALLÈLES DU POSSIBLE

Patries périmées pérorant à pertes de plaies

Paradant, plissant leurs paradigmes passéistes

Perpendiculaires aux prophéties peroxydées

Promettant la paix en de piteux panégyriques

 

Pesanteur de ces paysages palindroniques

Qui nous plient nous ploient dans une pluie de paradoxes

Pertinents parias nous persiflons vos paradis

Pâle opium d'un peuple de privilégiés

 

Proies protégées que n'épargne pas le prédateur

Vos prières ne vous apportent pas la plénitude

Cependant qu'en apnée pontifient les prosateurs

Planifiant posés les parallèles du possible

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LES ORGUEILLEUX DE L'EXTRÊME

L'extrême dépouillement

L'entière satiété

Ne sont pas des fins en soi

Elles sont pourtant pour beaucoup

Ultimes aboutissements

 

Le trop vide ou  le trop plein

Font bifurquer le regard

Mais ne modifient pas l'être

Jusqu'en ses soubassements

 

Et nos objectifs atteints

Laissent l'âme insatisfaite

Car ni le détachement

Des biens ni leur possession

 

Et leur accumulation

Ne suffisent à combler

À colmater, obstruer

Nos lézardes assassines

 

Tous deux hissent notre orgueil

En oriflamme de l'âme

Avant que l'ennui ne vienne

En nous sceller toutes choses

 

Bientôt l'illicite ascète

Et le pompeux possédant

Se ressemblent comme frères

Dans leur volonté d'aller

 

Plus loin dans le dénuement

Plus loin dans la possession

Sans concevoir que l'état

Qu'ils convoitent d'amplifier

 

Ne forme qu'un premier pas

Aleph, alpha d'un langage

Qu'il leur faudra inventer

À chaque étape du voyage

 

Qu'y  demeurer les enlise

Dans une contemplation

Sans autre objet qu'elle même

Allez, camarades, en route !

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CHAQUE PENSÉE EST UN COMBAT

L'étrange passion pour l'abolition des idées

N'a fait qu'affuter le poignard de notre détresse

Dont nous userons sur nos rêves inanimés

Dès que la douleur en notre âme nouera ses tresses

 

Ce qui est n'est pas un simple remblaiement du vide

- Remplir à tous prix l'incohérence des journées

Mais la blême étoile d'une certitude impavide

Dans la nuit liquide, en nos vertèbres compressée

 

La pensée n'est pas une occupation un hobbie

Mais le prix de chair qu'il faut pour accéder à soi

Homme sans racines prêt à soumettre à l'ordalie

Le souffle de vie qui lui écartèle le foie

 

L'œil écarquillé des vigilants ouvre la terre

À des transcendances étrangères aux gardiens de l'ordre

Si la vérité est essentielle elle est amère

Fruit dans lequel à priori nul ne voudrait mordre

 

L'ivresse imparable a surgi mais il est trop tard

Nos bouches l'ont recrachée dans le chaos vitak

Il suffirait pourtant d'ajuster notre regard

Pour dénouer les cordes de feu de nos entrailles

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CORRIDA POUR NOCTAMBULES

La nuit charge sur nous comme un taureau furieux

Remisez banderilles et piques au fond des granges

Elles n'engendreraient que son fulgurant mépris

 

Elle est d'autre nature que vos nuits antérieures

Elle prend racine au fond et ne nous lâche plus

Ses cornes érigées défenestrent nos rêves

Vous avez cru la voir là où elle n'était pas

 

De la croire visible a tenu en échec

Vos stratégies caduques et vous ratiocinez

Qu'en cela on ne peut vous tenir responsable

 

Quand vous l'avez formée par vos égarements

Puissante car reliée par un ombilic inf-ame

À votre cécité, vos idées maladroites

Et jusques à la chair même des espérances

 

Elle a grandi, forci, ne vous ressemble plus

Et pourtant quelque chose en vous vous interdit

De lui opposer de concrètes résistances

Qui exigeraient de renier qui vous êtes

 

Elle vous balaiera, vous le savez pourtant

Mais vous vous nourrissez de craintes importunes

Et déifiez même vos feintes impuissances

Et, dans un flot bilieux de tessons de mémoire,

 

Vous vous accrochez à des temps que vous n'avez

Ni connu, ni vécu, ni aimé, ni compris

Comme si la transfusion des souvenirs

Vous avait jamais permis d'affronter le Mal

 

Et vous hissez bien haut vos confusions, vos plaintes

Même si vous savez appartenir à la nuit

Sans oser l'avouer, vous l'avez toujours su :

Quand elle sera sur vous, en vous, vous l'aimerez

Vous lui avez, en fait, toujours appartenu

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