insurrectionpoetique !

NE GRATTEZ PAS TROP FORT …

Ne grattez pas trop fort

Ne creusez pas profond

Car surgiraient des spectres

Que j'avais crus moi-même

À tout jamais dissous

 

S'il suffisait d'un geste

D'un ordre claquant sec

Pour qu'ils prennent la porte

Et ne reviennent plus

 

Ma pulsion de vie

Mon équilibre interne

Seraient reconnaissants

À la vie souveraine

 

Mais las ! Comme des tiques

Ils s'accrochent à ma voix

Bien que n'agissant plus

De manière ostensible

 

Décalages subtils

Instants faussés d'avance

Qui donnent à la beauté

De glauques pestilences

 

Ces monstres ont formé puis

Dématé mon visage

L'ont laissé naviguer

À la merci des ogres

 

Les terres que j'ai quittées

Mêlent mes yeux de boue

Et cerclent de langueur

Mon cœur indivisible

 

Je n'ai à espérer

D'eux pas la moindre grâce

Je les vois quand ils croient

Que je ne les observe

 

Tenter de saboter

Et de démanteler

Le flux de mes pensées

Rendre les eaux saumâtres

 

Où je me purifiais ;

Si vous grattez trop fort

Et creusez trop longtemps

À l'air libre évacués

 

Ils prendront possession

De leurs formes anciennes

Afin de retrouver

Leur puissance plénière

 

Pour l'heure leur pouvoir se

Limite au mur dressé

Des pérennes vigilances

Mais l'usure du mortier …

 

Ils comptent là dessus

Pour franchir la frontière

Ne grattez pas trop fort

Ne creusez pas profond

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LE FRÈRE QUE JE HAIS

Je hais ces façons d'exhiber

Nonchalamment ses déchéances

De présenter ses doléances

Comme des droits fondamentaux

Quand nos vrais droits sont en lambeaux

Terres meubles en déshérence

Que les grêles ont laminées

 

Je hais l'esclave délivré

Qui pour d'autres recrée des chaînes

Pour qui l'humiliation malsaine

Devient langage et parole

Qui s'empare de son nouveau rôle

Avec brio, impose, assène

Son théâtre des cruautés

 

Ou qui sinuant dans les pas

Qui les ont marqué, piétiné

Réclament la servilité

Comme le paradis perdu

Qu'ils ont toujours choisi, voulu ;

Dont un dieu jaloux les chassa

 

Je hais de devoir rejeter

Les idées de l'ennemi quand

Il résonne pertinemment

Juste parcequ'il est l'ennemi

Et que nous osons le déni

D'une gémellaire pensée

 

Bien sûr il est d'autres combats

Mais celui-ci est harassant

Quand contre nos proches dressés

Nous luttons pour une liberté

Une exigence de vérité

Comme un cadeau embarrassant

Que beaucoup ne désirent pas

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PARALLÈLES DU POSSIBLE

Patries périmées pérorant à pertes de plaies

Paradant, plissant leurs paradigmes passéistes

Perpendiculaires aux prophéties peroxydées

Promettant la paix en de piteux panégyriques

 

Pesanteur de ces paysages palindroniques

Qui nous plient nous ploient dans une pluie de paradoxes

Pertinents parias nous persiflons vos paradis

Pâle opium d'un peuple de privilégiés

 

Proies protégées que n'épargne pas le prédateur

Vos prières ne vous apportent pas la plénitude

Cependant qu'en apnée pontifient les prosateurs

Planifiant posés les parallèles du possible

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LES ORGUEILLEUX DE L'EXTRÊME

L'extrême dépouillement

L'entière satiété

Ne sont pas des fins en soi

Elles sont pourtant pour beaucoup

Ultimes aboutissements

 

Le trop vide ou  le trop plein

Font bifurquer le regard

Mais ne modifient pas l'être

Jusqu'en ses soubassements

 

Et nos objectifs atteints

Laissent l'âme insatisfaite

Car ni le détachement

Des biens ni leur possession

 

Et leur accumulation

Ne suffisent à combler

À colmater, obstruer

Nos lézardes assassines

 

Tous deux hissent notre orgueil

En oriflamme de l'âme

Avant que l'ennui ne vienne

En nous sceller toutes choses

 

Bientôt l'illicite ascète

Et le pompeux possédant

Se ressemblent comme frères

Dans leur volonté d'aller

 

Plus loin dans le dénuement

Plus loin dans la possession

Sans concevoir que l'état

Qu'ils convoitent d'amplifier

 

Ne forme qu'un premier pas

Aleph, alpha d'un langage

Qu'il leur faudra inventer

À chaque étape du voyage

 

Qu'y  demeurer les enlise

Dans une contemplation

Sans autre objet qu'elle même

Allez, camarades, en route !

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CHAQUE PENSÉE EST UN COMBAT

L'étrange passion pour l'abolition des idées

N'a fait qu'affuter le poignard de notre détresse

Dont nous userons sur nos rêves inanimés

Dès que la douleur en notre âme nouera ses tresses

 

Ce qui est n'est pas un simple remblaiement du vide

- Remplir à tous prix l'incohérence des journées

Mais la blême étoile d'une certitude impavide

Dans la nuit liquide, en nos vertèbres compressée

 

La pensée n'est pas une occupation un hobbie

Mais le prix de chair qu'il faut pour accéder à soi

Homme sans racines prêt à soumettre à l'ordalie

Le souffle de vie qui lui écartèle le foie

 

L'œil écarquillé des vigilants ouvre la terre

À des transcendances étrangères aux gardiens de l'ordre

Si la vérité est essentielle elle est amère

Fruit dans lequel à priori nul ne voudrait mordre

 

L'ivresse imparable a surgi mais il est trop tard

Nos bouches l'ont recrachée dans le chaos vitak

Il suffirait pourtant d'ajuster notre regard

Pour dénouer les cordes de feu de nos entrailles

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CORRIDA POUR NOCTAMBULES

La nuit charge sur nous comme un taureau furieux

Remisez banderilles et piques au fond des granges

Elles n'engendreraient que son fulgurant mépris

 

Elle est d'autre nature que vos nuits antérieures

Elle prend racine au fond et ne nous lâche plus

Ses cornes érigées défenestrent nos rêves

Vous avez cru la voir là où elle n'était pas

 

De la croire visible a tenu en échec

Vos stratégies caduques et vous ratiocinez

Qu'en cela on ne peut vous tenir responsable

 

Quand vous l'avez formée par vos égarements

Puissante car reliée par un ombilic inf-ame

À votre cécité, vos idées maladroites

Et jusques à la chair même des espérances

 

Elle a grandi, forci, ne vous ressemble plus

Et pourtant quelque chose en vous vous interdit

De lui opposer de concrètes résistances

Qui exigeraient de renier qui vous êtes

 

Elle vous balaiera, vous le savez pourtant

Mais vous vous nourrissez de craintes importunes

Et déifiez même vos feintes impuissances

Et, dans un flot bilieux de tessons de mémoire,

 

Vous vous accrochez à des temps que vous n'avez

Ni connu, ni vécu, ni aimé, ni compris

Comme si la transfusion des souvenirs

Vous avait jamais permis d'affronter le Mal

 

Et vous hissez bien haut vos confusions, vos plaintes

Même si vous savez appartenir à la nuit

Sans oser l'avouer, vous l'avez toujours su :

Quand elle sera sur vous, en vous, vous l'aimerez

Vous lui avez, en fait, toujours appartenu

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HOMMES DE BOUE, DE FEU, DE CRAIE


La terre quelquefois nous malmène

Nous poussant à nous dépasser

Nous avons été crucifiés

Sur la croix des douleurs anciennes

 

Et pourtant nous nous déployons

Un peu froissés mais à peu près

Intacts ou du moins le croyons

Nous hommes de boue, de feu, de craie

 

Qui ne se briseront qu'après

Avoir dessiné quelques traits

Sur le tableau des vieilles enfances

 

Traces condamnées par avance

Au plus intime de l'atome

Chaque électron s'est modifié

 

Tout en nous s'est désassemblé

Si reste semblable la somme

Chaque chiffre s'est transmuté

 

Nul n'héritera de nos rêves

Mais l'amour que nous transmettrons

Inscrira l'instant dans le corps

De la terre sa matière obscure

 

Qu'importe l'oubli si sa sève

Flue et reflue dans les murmures

Des cœurs qui nous succéderont

Dans la chute comme dans l'essor

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ET JE VIVRAI JUSQU'À MA DERNIÈRE ÉTINCELLE

Te voici libre et seul

Et cette brusque intimité

Avec toi-même te terrifie

 

Si tu te croisais dans la rue

Peut-être changerais-tu de trottoir

Ou ferais tu semblant de déchiffrer les signes

Et les affiches sur l'eau grise des murs

 

Te laissant porter par eux

Flots pour qui n'a plus rien d'autre

Comme la barque naufragée

À la dérive de son axe

 

Ne dis rien ! Tu mentirais

Car depuis si longtemps tu ne t'habites plus

Que tu ne peux parler au nom du Moi

Sans trahir celui qui vécut

Et refuse de mourir

 

Si l'on m"avait parlé ainsi

Moi à qui l'on enseigna

À sanctifier les impasses

À ne plus vouloir d'autre nourriture

 

J'aurais été plus vite au but

Je ne porterais pas en moi

Tant de fantômes au goût acide

Et tant d'instruments de supplices

Ne seraient maculés de sang

 

J'ai grapillé et j'ai donné

Ce que j'ai pu d'amour, de joie

C'était peu, ce n'était pas rien

 

Si j'ai perdu beaucoup de temps

Et de force à me reconstruire

Après chaque dévastation

Je n'en fustige que ma lenteur

À me remettre debout

 

Je suis responsable de tout

Ce que l'on peut me reprocher

Mais je suis vivant, j'ai vécu

Et je vivrai jusqu'à la dernière étincelle

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JE NE SUIS PAS FOU SI J'AFFIRME ...

Je ne suis pas fou si j'affirme

Qu'il y a foule quand je me trouve seul

Mois et sur-mois en myriades

Dont s'entrechoquent les paroles

 

Je ne suis pas fou si j'affirme

Que vivre est la pornographie

Qu'inventent les marchands de non-vie

Pour vendre leurs embaumements

 

Je ne suis pas fou si j'affirme

Que les révolutions qui s'ourdissent dans l'ombre

Dans leur intransigeance dans

Leurs dégâts collatéraux

 

Sont davantage àç craindre que tous les conformismes

Et les conservatismes

Mais qu'il faut pourtant lutter

Avec vigilance et jovialité

 

Pour entraîner nos mains et nos bras paresseux

À bâtir les indispensables digues

Des contre-révolutions à venir

 

Je ne suis pas fou si j'affirme

Que qui ne se remet pas vite

De ses innocences bafouées

De ses tragédies familiales

De ses grands desseins avortés

 

Pour aussitôt être prêt à la lutte

Serait mieux avisé de changer de planète

Nous avons tous été détruits et reconstruits

Il est de ci de là quelques pièces manquantes

 

Notre cœur et notre esprit

Pour peu que nous ayons vécu

Ressemblent à des créatures

Ravaudées avec de la chair de cimetière

 

Ils sont pour l'essentiel constitués de cadavres

Mais il ne tient qu'à nous de raviver

De faire croître jusqu'au soleil

Le matériau d'origine

 

Nos drames si souvent dérisoires

À l'échelle de l'univers

Ne méritent pas que s'en fassent écho nos lèvres

 

Je ne suis pas fou si j'affirme

Qu'il reste encore en l'être humain assez d'amour

Pour ressusciter l'élan et la flamme

Dont l'essence nous terrifie

 

Je ne suis pas fou si j'affirme

Que cela est encore possible

Ou bien si je le suis sachez

Que de toutes mes forces je vomis la raison

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CEUX QUI ONT VÉCU L'IMPENSABLE

Ceux qui ont vécu l'impensable

Inventent parfois l'impensé

Et l'inédit de la parole

Défient les bibles et les boussoles

Qui voudraient leur dicter le sens

Dans lequel vivre et exister

Pour mieux désarmer leur silence

Et  brider leur part d'ineffable

 

La peur ne les crucifie pas

Sur l'autel des bonnes consciences

À la porte des granges en feu

Ils n'ont plus ni passé ni dieu

Mais un champ de ruines fertiles

Il n'ont que faire des convenances

Ce sont les enfants d'un exil

Que rien ici n'abolirz

 

Puisqu'ils n'ont plus rien à attendre

De ce monde qui les a niés

Leur vie est une impermanence

Ils changent d'âme et d'apparence

Au gré de leur recréation

Comme s'ils naissaient d'une idée

D'une pensée, d'une émotion

D'un mot, d'un cœur cruel et tendre

 

Parce qu'ils ne désirent pas

Changer le monde mais le changent

Par leur seule respiration

De nouvelles persécutions

Seront sans doute fomentées

Leur présence souvent dérange

Ramène à leurs rêves avortés

Nos vies pliées en petits tas

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L'AMBITION D'ÊTRE UN ARBRE

De toute mon existence, dit-il, je n'ai pu

Exprimer mon potentiel d'arbre

Je pense pourtant que j'aurais pu

Faire un arbre très acceptable

 

Pas un chêne sacré druidique

Ni l'Arbre de la Connaissance

Ni de ces arbres dont la chair

Fait dit-on d'excellents pianos

 

Mais u,n de ceux contre lesquels

Aiment à s'adosser, les découragés

Et qui rend au vent son chant

Par le bruissement de ses feuilles

 

Présence pour qui l'aperçoit

Et absence au sein de lui-même

Qui dans le poids de ses racines

Trouvera la paix de ses branches

 

Ce sera pour une autre vie

Dans celle-ci on me bouscule

On me presse de tous côtés

Au mouvement à l'ambition

 

Je n'eus que celle d'être un arbre

Elle ne me fut pas accordée

Mais j'épouserai leur patience

Pour résister au flux des choses

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BARBARIES MONDAINES

Parce que ayant réfuté

En nous la part de barbarie

Qu'y seulement faire allusion

Nous est intolérable offense

 

Plutôt que de nous déciller

Les yeux nous perforer le cœur

À en mesurer l'étendue

Latente, hautement inflammable

 

L'innommable encore et encore

Répétera ses tragédies

Jusqu'à saturation des sens

-Davantage si affinités-

 

Et nous nous condamnons à l'in-

Compréhension à l'ignorance

De ces tourbillons viscéraux

Qui balayent nos fois fragiles

 

En situant l'atrocité

Hors de l'humain, hors de nous-mêmes

Brandissant nos mythes et nos monstres

Nous en fabriquons les séquelles

 

Il est des barbaries mondaines

Qui n'élèvent jamais la voix

Mais qui étouffent à petit feu

Toute aspiration "déviante"

 

Circonscrivant la différence

En cercles d'animaux encagés

Dont l'on observe à l'occasion

Les mœurs étranges et qui en meurent …

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AUX MUTILÉS DE LA PENSÉE

Les mutilés de la pensée

Par abus flagrant de non-vie

Ne m'inspirent dédain ni mépris

Mais la plus haute compassion

 

Tout conspire à les évider

De leurs désirs les plus intimes

Et leurs mots si pauvres soient-ils

On veut encore les leur voler

 

Qui est handicapé du cœur

Peut encore avoir de l'esprit

Mais qu'en nous l'esprit soit nié

Et le cœur ne se peut plus dire

 

Amputé de la liberté

De s'élever, de s'épancher

De se donner au plus précis

De connaître l'autre et soi-même

 

Quelques graines de feu parfois

Suffisent à y faire germer

Des paradis inattendus

Pour peu qu'on s'en donne la peine

 

Mais briser cette lourde gangue

Qui les enferme dans l'opaque

Puis biner, sarcler, labourer

Ces âmes pas tout à fait mortes

 

Rejetées, humiliées, trahies

Afin d'enfin pouvoir gagner

Leur confiance et leur amour

Qui en a encore le courage ?

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MÉMOIRE DES POISSONS ROUGES

Définition de l'époque :

Mémoire de poisson rouge

Sitôt accomplis nos actes

Éjaculées nos pensées

 

Et défilées les images

Tout souvenir s'en efface

État d'amnésie mutique

Qui pourrait être levain

 

D'un monde épargné des chaînes

Du passé et du futur

Pour étreindre à bras le corps

L'immensité du présent

 

Las ! Tragédie dérisoire

D'éponges absorbant le

Flux d'images et de mots

Dont on projette sur nous

La vérité sans scories

 

Et dérive ce qui compte

Ce qui nous brusque et grandit

Loin, si loin, imperceptible

Bientôt inarticulable

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LA CLOCHE INFERNALE DES DÉFUNTS

Ainsi il suffirait de repeindre les mots

Faire comme si de rien n'était

Quand soudainement le rien est

D'accumuler presqu'à perte de vue

 

Images, gestes et paroles

De remplir son agenda

Des dates de nos futures démissions

De déambuler dans l'espace

 

De courir vers l'inatteint

Sans nul espoir de s'y joindre

D'accroître jusqu'à l'absurde

Nos gesticulations quotidiennes

 

Nos ordinaires cécités

Nos chorégraphies de l'inane

Pour que cesse de retentir

La cloche infernale des défunts

 

Qu'elle nous emplisse jusqu'à la surdité

Jusqu'au démembrement de la parole

Jusqu'à désamorcer nos rêves et nos crimes

Pour éviter l'implosion et la dispersion de soi

 

Baste ! Cela ne suffit pas

Mais je ne jette pas la pierre

Sur les zélateurs du silence

Il m'arrive d'envier leur paix

 

Je ne déifie pas mes morts

Qu'ils aient été odieux et m'aient blessé

Demeure un fait têtu, indubitable

Ce fait-là ne modifie rien

 

À l'aigüe sensation de manque

Une part de moi exilée

Qu'ils ont emportée avec eux

Avec mes illusions, mes masques

 

Comme si s'était détaché

De mon continent un pays

Amputation d'une phrase essentielle

Sans laquelle le texte de ma vie

 

Ne signifie plus grand chose

A-t-il seulement déjà signifié ?

De cela même je doute

Dans la disparition poignante des repères

 

Le carillonnement discordant de la cloche

Écorche mes oreilles, fragmente mon esprit

Parfois je ne l'ouïs plus ou le son s'assourdit

Rumeur venue de loin je crois être sauvé

Mais quand ma vigilance décroit, il revient

Et m'enserre le cœur de tristesses sauvages

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