insurrectionpoetique !

VIVRE SELON MA NATURE

J’aurais aimé être anonyme
Existence de maigres joies
Où le silence se résume
À une carence des mots

L’esprit si absorbé par la
Vaine spirale du labeur que
La conscience manque de recul
Fourmi parmi d’autres fourmis

Le refus en était si dense
Mais l’aspiration si profonde
Mon incapacité trancha
- À trouver nourrissant le vide-

Dans cette chambre sans fenêtre
Et sans portes de mon cerveau
J’invente des couloirs de lettres
Des alphabets incandescents

On prend parfois pour du mépris
Ce qui n’est que jalousie pure
Envers qui peut rêver de peu

Comme en quête de ma tribu
Au milieu des portes qui claquent
Au hasard des malentendus

Je suis sevré des lamentos
La colère n’est qu’un outil
Pour déchloroformer les cœurs
Qu’il me soit permis seulement

De vivre selon ma nature
Avec le vent pour habitacle
Et au ventre la faim du verbe
Jamais tout à fait rassasiée

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REPOSE OU NE REPOSE PAS

Je n’en peux plus d’affronter le Réel
La réalité que j’aimais
Sous quelques pelletées de terre
Repose ou ne repose pas

Plus de boussole à mes excès
Et les épouvantails ne font plus fuir mes peurs
C’est mon cœur qui de partout fuit

Comme une baignoire écaillée
Où le cadavre ensanglanté
D’une vie que j’aurais pu vivre
Repose ou ne repose pas

Mes mensonges en valent bien d’autres
Ce bouclier contre le monde
Cette forteresse de pourquoi
Sur qui le doute règne en maître

Le poids du siècle m’exténue
Et remodèle mon visage ;
De quel crédit d’illusions
Disposé-je encore à ce jour ?

J’en userai jusqu’au dernier denier
Avant de ne plus ressembler
Que très approxamitavement
À un simulacre d’humain

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EN UNE LENTE APOCALYPSE

L’espace que nous occupons,
Étroit. De plus en plus étroit
À réaménager sans cesse

Mes terres ni mes possessions
Ni mes rêves ni mes idées
Jamais ne sont demeurés stables

Mais en constante mutation
Qui me contraignent à évoluer
Ou involuer c’est selon

La magnitude des mirages
Et la nature des échos
Chaque adieu fissure un peu plus

Toujours recoller les morceaux
Dans l’ordre qu’il nous est possible
Continuer plus que par désir

Parce que tout autre chemin
Nous demeure inenvisageable
Hermétique dans ses desseins

Et le joug de la pesanteur
Comme une horloge déréglée

Qui amollirait les miroirs
Assassinerait les reflets
En une lente apocalypse

Puisque le retour en arrière
À l’instar du bond en avant
Me sont à tout jamais proscrits

J’invente ma chronologie
Dans une mémoire immobile
Et un avenir mutilé

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AU CŒUR DES CITÉS FANTÔMES

Portes fermées. Des lieux
Où nous avons tant aimé vivre
Ont désormais été effacés de la carte

Des couloirs que nous empruntions
Ne mènent qu’à des murs de cendres et de glace
Tentant de ne pas déglutir
Notre salive qui s’est émaillée de boue

Nous crachons des mots désossés
Non par haine ou mépris mais pour rester vivants
Et que cette vie soit la plus ample possible
Le plus nue. Nous ne cherchons pas

À clamer quelque péremptoire vérité
Qui ne concerne que celui qui s’en saisit
Pas de vérité hors des chaos organiques
Et ce qui est perdu le sera à jamais

Parfois murmure l’âcre chanson des défunts
Nos cœurs tatoués à l’encre indélébile
De l’envahissante empreinte
De toutes ces cités fantômes

Où jadis nous avons vécu
Ne connaissent plus la vitesse
Et tentent d’exister dans un monde alenti

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DE L'AUTRE CÔTÉ DES PONTS

Nous fûmes orgueilleux d’avoir cru un instant
Que traverser le pont nous laisserait indemnes
Et que les crocs d’acier et de verre des gares
Ne dévoreraient pas quelque fragment de nous

Nous ignorions encore que pour tout ce qui compte
Brusques sont les départs et les fins trop hâtives
Que les wagons d’azur étaient remplis de spectres
Qu’il faudrait maîtriser des puissances hostiles

Même au sein du plus pur élan, de lui surtout
Si nous parvenions à éradiquer nos monstres
Sur nous déferleraient ceux de nos cœurs-miroirs

Oui des morceaux de cœur manquaient de ci de là
Certains de nos désirs tailladés au couteau
Font aux yeux de beaucoup figure de gargouilles

Notre mémoire pue, il arrive parfois
Que nous nous déplacions en apnée dans ses champs
Amputés de certains de nos centres vitaux

Désorientés dans notre sens de l’existence ;
Qui a brassé la chair et le sang sans compter
Qui a joué sa peau dans les flux de matière
Reconnaîtra ceci comme simple évidence

Oui mais droits mais debout dans les houles du monde
Sans que jamais le poids de nos plaies ne s’impose
Comme un fardeau dont nous oserions lester l’autre
Cachant soigneusement le prix de nos voyages

Et que vous l’appeliez pudeur ou damnation
Peu importe ! Vivre est bien au dessus de cela
Et jamais un instant nous n’avons regretté
D’avoir passé le pont et dénoué la bride

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CEUX-LÀ

Certains morts ont des mots de passe
Et n’y accède pas qui veut
D’autres sont d’un abord facile
Sans qu’on les y eût invités

Ils vous adressent la parole
Ceux qui falsifient le passé
Déploient quelquefois des trésors
Dans leur réinvention du monde

Mais certains d’entre eux sont nocifs ;
De leurs souvenirs vénéneux
Toute humanité disparait
Pétrie de haine et de rancune

Ceux dont le vécu ne servit
Jamais à rien ni à personne
Ne se laissent guère oublier
Dans l’orgueil de leur vacuité

Ils se targuent d’être venus
Trop tôt. Las ! Leurs réminiscences
Sont de même inutilité
Aujourd’hui que dans leur hier

Pourtant tous les morts sont unis
Par l’impérieux désir de vaincre
Ce qui les clôt dans l’invisible
Pour revenir et tout refaire

Grâce et paix à celui-là qui
A accompli à sa mesure
Et se dispense du retour

Jugeant qu’il ne pouvait faire mieux
Jugeant qu’il ne pouvait faire plus
Par délesté du poids des choses
En une ultime fulgurance

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LIBRES DÉSERTS DES IVRESSES

La vérité, la liberté

Ne promettent que l'essentiel

Un flux accru de solitude

De vagues sensations de glace


L'impossibilité de dire

Et le vrillement permanent

De l'exigence de se taire

Sur ce que nous désirions dire


La constante instabilité

Des émotions qui nous gouvernent

La folie ? Juste le désordre

Et le cœur criblé de fêlures


Pour les chercher il faut en être 

Inconditionnel amoureux

Tant leur baiser plus que victoire

Ressemble à une abdication


La cartographie des secrets

Les situe imprécisément

Dans l'au-delà moléculaire

Et peut-être dans l'en-deça


Expertes en effacements

Elles fuient délibérément

Les honneurs et les majuscules


Il faut une infinie patience

Pour déceler la fausseté

Des imitations qui s'en parent

Car au bout de la quête il n'est


Ni trésor ni reconnaissance

Mais l'avidité d'un désert

Où quelques somptueux hérétiques

Ont pu trouver leur vrai visage

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MA PEAU EST UN MIRAGE EN DES MIROIRS ÉTEINTS

Chuchotements obliques

Dans la courbe du Temps

Qui signent le sentier

D'extases minérales


Les torsions de la pierre

Enfant des mi-oracles

Dans l'utérus venteux

Des silences domptés


Crie la muse écorchée

Que les interdits brident

Quand le lierre grimpant

Se love à l'épiderme


Puisque tout n'est qu'attente

Et que l'attente évide

Ma peau est un mirage

En des miroirs éteints

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SE SOUVENIR DU FUTIR

Toujours reconstruire la chair

Tout ce qui a compté pour nous

Bientôt sera sans densité

Transmuté en pure abstraction


Souvenirs devenus concepts

Et formules mathématiques

Que plus rien ne vient connecter

À la masse de l'univers


Chiffres où l'être se dissout

Faute de la combinaison

Du code secret du vivant

Ouvrant d'animiques serrures


Matière modelée sans cesse

Du bout de nos mains inexpertes

Qui apprivoisent les images

Pour se souvenir du futur

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ET JE PERDURE EN DÉPIT

Si je reprends en main les rênes du réel

Si je reprends en main les ruines du réel

Ou bien réactivant les rêves du réel

Déchiffrant mot à mot les runes du réel


Qu'advient-il dans le monde inversé des mensonges

Et la peau dénudée du souffle tiendra-t-elle ?

Moi, portant des enfants de plomb dans ma mémoire

Ai-je la force de soulever le rideau


De me brûler au feu de ce verbe inconçu ?

La peur a tant de faces ; on en ignore tant

Et rien ne nous prépare à affronter cela

Dont nous ne connaissons ni forme ni visage


Pourtant sans hésiter j'accepte le défi

Même s'il me faut le relever à genoux

J'ouvre en mes incendies des portes de secours

Brisé, non abdiquant, je perdure en dépit

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CAR LE MOT UNIQUE EST VORACE …

Qui résume d'un mot le monde

Sa pensée son identité

Et singe d'avoir tout compris


Allume des signaux d'alerte

Au cœur de l'homme vigilant

Il sait que cette pensée-là


Bientôt deviendra oriflamme

Et que toute bannière aimante

Vers elle l'horreur et le sang


Que l'on s'identifie au mot

Travail, patrie, ordre, famille

Amour, anarchie, peu importe


C'est la complexité de l'être

Noyée dans les bourbiers faciles

Des réponses systématiques


À l'usage des non-pensants

Comme si nous étions destinés

À tout résumer, compresser


Qu'une seule oppressante issue

Avait acquis droit au réel

Filtre oblitérant les mystères


Et la manne sacrée du doute

Dont tous nos élans se nourrissent

Fuyez, luttez, ne pensez pas


Que l'encyclopédie brisée

Jusqu'à ne former qu'une lettre

Laissera votre esprit intact


Car le mot unique est vorace

Et ne laisse plus derrière lui

Que la cendre d'une espérance

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DANS UNE PLUIE DE VISAGES

Dans cette pluie de visages si dense

Qu'elle confine à la pure abstraction

Combien de lèvres aux mots qui nous touchent


Combien d'entre elles à exprimer cela

Dans une langue à nos sens hermétique ?

Nous les guettons. La vie prend du retard


Nous exigeons cela qui ne peut être

Nous dénions quelque soupçon d'existence

À cela qui nous serait essentiel


Voici que la mécanique s'affole

À l'instant où nous avons cru comprendre

L'enchaînement non-sensique des heures


Lumière d'une seconde échappée

Qui était celle dont nous avions besoin

Le doigt qui trace est celui qui efface


Et au tamis du temps ne reste plus


Qu'infime poussière d'or frelaté

À partir duquel bâtir l'infini

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ÉCLIPSES D'HORLOGES

Je naquis hors des cadrans

Trop tôt ou trop tard c'est selon

L'échelle de temps qu'on adopte


En-deçà ou au-delà

Toujours hors de l'heure exacte

Et en un lieu imprécis


Irruptions précoces d'êtres

Dont je ne pouvais saisir

L'essence ni la nature


À l'instant de la rencontre

Où surgis au crépuscule

Quand la lassitude efface


La potentielle jouissance

De leur substance éthérique

Et horloges s'éclipsent


Quand elles croisent mon chemin

De peur que je ne dérègle

Le désir et la durée

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MÉMOIRE OCCULTÉE DES VERTIGES

Tu demandes à la nuit "pourquoi ?"

Inquiet comme les ombres à l'approche du jour

Le monde est un théâtre aux rideaux clos

Tu es incertain de ce qui s'ourdit derrière


Tu pries à genoux les nuages

Tu ne mesures pas combien leur ignorance

Des talismans qui te protègeraient du mal

Met ton innocence en péril


Ton errance ne prendra fin

Que lors qu’enfin devenu ton propre repère

Tu t'élanceras dans l'espace

Où tout aspire à te contraindre


Conscient d'être ton entrave

Toi et la peur de vivre édictée par tes pairs

Boussoles affolées laissées en héritage

Qui te mènent au centre du vide


Plus rien que l'amour mis à mal

Écorché presque à vif lorsqu'en toi il déferle

Pour trouver quelque issue à ton cœur minéral

Que le sang fondra dans sa masse


Si tu ne lui offres un envol

Tes rêves autrefois avaient mémorisé

Chaque tangible trace de ton élévation

Danse et salutaire sursaut


Il faut y puiser à mains nues

Dans cette mémoire occultée de tes vertiges

Pour que ne pas revenir à cette mutité

Où d'autres graveront leur loi

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LE CARROUSEL FANTÔME

J'ai longtemps violemment cru

Que les absences s'effaçaient

Au gré d'une belle présence


Qu'à défaut de les abolir

Elle leur faisait contrepoids

Et annihilait la douleur


Je me trompais évidemment

Tous ceux que la mort a broyés

Tous ceux qui n'ont pas eu leur place


Ceux que la vie a essaimés

Aux quatre points des volontés

Tournent, retournent dans l'espace


De l'âme, carrousel fantôme

Dont la simple vision suffit

Pour qu'on ait le cœur essoré


Le remède n'est qu'en nous-mêmes

Y accéder use nos forces

Mais pour que cesse le supplice


De notre cœur entorsadé

Il faudra pourtant s'y résoudre

Nul ne viendra nous seconder


Nul ne le peut et il serait

Offensant de le demander

Lente extraction des racines


Des forêts d'arbres vénéneux

Que notre silence a fait croître

Vous achèverez-vous un jour ?

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