insurrectionpoetique !

UN PUR ESPRIT

Tu vois, je suis là, devant toi
Écorché vif, privé de peau
Ainsi que tu le désirais
J'ai mis une muselière
Et coincé mes mâchoires à l'aide d'un étau
Ainsi que tu le désirais

Pour ne plus être tenté de te toucher
Pour ne plus être tenté de prononcer ces mots
De plume et de sang, ces caresses tendres
Qui te sont aboiements et papier émeri

J'ai pris comme tu le désirais
Rendez-vous afin qu'on me tranche
D'un coup sec la moitié de la langue
Afin de ne pouvoir prononcer que
La moitié des mots que je ressens
Comme des pulsations vitales

Ils te gênent, t'embarrassent, te persécutent
Je le comprends, car je suis de nature compréhensive ;
Je me suis même crevé les yeux ainsi que tu le désirais
Pour t'éviter l'offense de mes regards d'amour
De mes larmes ou de mes sous-entendus

Quelques furies hargneuses envers les hommes
S'occuppent de ma verge et de mes testicules
Avec un peu de chance elles m'émasculeront
Et tu n'auras même plus
À entendre parler de mon désir de toi
Comme tu me le demandais

La nuit, je porte le silice
Comme les moines pénitents
Un silice neuronal mais urticant à souhait
Je ne te dis cela qu'à titre d'information

Pour que mes mains ne soient pas tentées de t'étreindre
Je les ai gantées de fil barbelé
Comme tu me le demandais

La nuit, des foreuses viennent creuser mon crâne
Au matin, leurs perforations
Ont dessiné un nom, toujours le même
Je crois bien que c'est le tien
Je te tiens au courant, n'y vois pas une plainte

Il y a longtemps que j'ai appris
À ne plus gémir, hurler ou me tordre
Que lorsque je suis seul - on a sa dignité-
Mais le seul corps que je veuille
À mes côtés est le tien

Tu vois, je suis là, devant toi
Écorché vif, mais presque affable
Sans peau mais souriant quand même
Je travaille beaucoup ces temps-ci
À devenir un pur esprit

Mais tu sais, c'est difficile
Quand on n'est ni fou, ni mystique
Et le plus difficile à accepter vois-tu
C'est que tu remarques rien de tout cela
Et que pour toi, tout est normal !!!

Vos commentaires

1 Le Mercredi 27 Septembre 2006 à 16:10 GMT+2, par Chris

Terrible.Sommes-nous à ce point castratristes cher Pascal?

2 Le Jeudi 28 Septembre 2006 à 18:49 GMT+2, par jubelle

Pourquoi aimes-tu encore, si tu dois ainsi tout sacrifier, réveille-toi, il y a de par le monde des êtres secourables et capables d'amitié si ce n'est d'amour.

3 Le Vendredi 29 Septembre 2006 à 16:34 GMT+2, par Pascal Perrot

C'est une longue histoire, Jubelle, que je conterai peut-être un jour … L'amitié d'une femme dont on est amoureux depuis le premier jour et qui le sait, mais ne souhaite pas aller plus loin pour des raisons incompréhensibles, c'est magnifique et terrible à la fois. Sa dédicataire m'a inspiré des poèmes bien plus désespérés que celui-ci, bien plus féroce aussi, et des poèmes plus tendres. Ca a duré des années ; entre temps j'ai vécu des élans amoureux qui même s'ils ont tourné court valaient la peine de les vivre. J'avoue, j'ai hésité sur la catégorie. Pensé à "Ca va mieux merci". Mais ce n'est pas tout à fait ça. À "ironiquement vôtre" … ai pensé qu'on comprendrait aisément - de par ses excès au delà de l'excès- mais apparemment, j'ai surestimé la sagacité des bloggueurs. En fait, ce texte se moque de ma propre souffrance et de la situation vécue. Quand on tourne en dérision sa douleur, la guérison n'est pas loin. Effectivement, celle-ci survint deux mois après. Pas par une autre femme, mais par un grand ménage neuronal pénible mais salvateur.

4 Le Samedi 30 Septembre 2006 à 09:21 GMT+2, par jubelle

Il faut croire que je ne suis ni si intelligente et talentueuse que tu aurais pu croire (ceci dit avec le sourire)
Bien sûr c'est de l'autodérision, mais derrière il y a une vraie souffrance, quoi que tu en dises. A chacun son tempérament et sa sagesse, il faut savoir se guérir d'un amour sans retour, il ne faut pas essayer de "forcer" des sentiments qui ne veulent pas éclore. Le droit d'aimer de peut être "violé"
En tant que femme, et je n'aurais pas aimé qu'on me force à aimer. Dans ce cas, il faut couper court, même si on regrette l'ami, sans vouloir l'amant.
Je sais être passionnée, mais je n'aime pas souffrir, donc j'aurais, à ta place, mis fin à cette relation, semble-t-il destructrice, me serais retirée dans "ma tour" (le dernier salon où l'on cause, semble-t-il) et aurais laisser refluer les vagues de la passion.
Au point où tu es parvenu, c'était du masochisme, même vu au travers de ton humour percutant.
A moins que l'on convienne "ce n'est que de la poésie !", et on passe.....

5 Le Samedi 30 Septembre 2006 à 14:54 GMT+2, par Pascal Perrot

Je ne suis pas plus masochiste que la plupart des hommes … Et je n'aime pas vraiment souffrir. Dans les rapports hommes-femmes, ce qu'on appellait autrefois "amour" s'appelle aujourd'hui amitié, et cela pose souvent problème. La séduction est morte et enterrée, puisque tout tient à une décision première -prise la plupart du temps en quelques minutes à peine- devenue incontournable, et basée sur une strice et immédiate attirance physique. Le non-amour pas plus que l'amour ne se commandent. S'il avait suffi d'appuyer sur l'interrupteur pour éteindre la lumière, je l'aurais fait bien longtemps avant. En l'occurrence, la distance -deux ans sans se voir ni se contacter- n'avait fait qu'empirer encore les choses, dans une proportion de un pour dix.

6 Le Samedi 30 Septembre 2006 à 15:53 GMT+2, par jubelle

et pourtant il y a de l'amitié entre un homme et une femme, pimentée peut-être e'un peu de désir de plaire,sans plus.
Mais laissons là notre dialogue de sourds amical.

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