insurrectionpoetique !

NE BRUSQUEZ PAS LE FUNAMBULE

Ne brusquez pas le funambule
Ne tentez pas d'avaler ses soleils ;
Purs, ils vous dissolveraient les entrailles
Arc-en-ciels de phosphore dans vos tripes en pagaille

Sa solitude n'est pas pour vous
Elle est criblée de relents d'arsenic
D'acides oracles magnétiques
Et d'un Absolu qui serait votre dédale

Leurs yeux sont mémoire des futurs
Et jonglent avec des rasoirs en miroir
Qui biseautent le réel profané
Et ouvrent dans l'étron des pistes prophétiques

Ne brusquez pas le funambule
C'est à vos cris que sa corde est fixée
La trancher c'est vous amputer du vide
Où autrefois vous aviez crucifié l'eden

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PARADIS MORCELÉS

Fermant les paupières m'apparut
Une constellation d'ardentes cathédrales
Et je devins oiseau dont les ailes emplissaient
Chacune des ramifications de l'espace

Puis j'ouvris lentement les yeux
Et ne vis plus que combats
Soumissions, dominations
Humiliations, impasses

Brumes, chaos, paradis morcelés
Réalités puzzléiformes et dissociées
Fragments solaires entre strates d'enfer
Et tièdes et contraignants atermoiements

Où les mouvements se diluaient
Dans une pénombre visqueuse
L'amour une plaie, une poubelle,un fourre-tout

Où nous entassons nos histoires anciennes
Nos déceptions, nos amertumes
Nos clichés et nos défaites

Alors plus rien, désert et vide
Aspiration au silence intérieur
À cette paix que le présent ne saurait nous procurer
Que par des artifices de mémoire

Et l'on s'attache, se détache, se fracasse
Sans y attacher plus d'importance que cela
Avec un soupçon de lassitude

Mais au delà de la conscience, de l'inconscience et de la mort
Des lambeaux de peur et de fièvre
Des lambeaux de rêves aussi
Accrochés au pli de nos lèvres

Comme des plaques de cuivre à l'arrière des genoux
Pour nous empêcher de plier, de supplier
De nous soumettre, de nous annihiler
Mais dieu qu'un peu de vie vraie, intense et paradisiaque
Reposerait notre conscience !

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ROUAGES DU RIRE DE MORT

J'entends tes cris déchirer
Le frêle tissu du couple
Rouages du rire de mort
Secouant l'échine du monde

Tais toi ! Simplement écoutes
La souple rumeur de la vie
Dissimulée par le fracas …
Elle fait un si joli bruit

Parfois, quand elle se déplace
Dans les ruisseaux du non-dit
Et du non-envisageable
-Miracles esquissés à peine-

Moins bruissante qu'une feuille
Posée sur l'aile d'un ange
Subtile et inébranlable
Articulation du souffle

Mais tu n'entends rien, noyée
Dans l'écume et le vacarme
Et l'essentiel nous déserte
En salves d'obscurité

Pourtant, je perçois encore
De très loin comme un murmure
Rien d'autre que le rejoindre,
Le saisir à bras le corps

Soif de la pâle rumeur
Faim du son que tu recouvres
Avant que ne s'en efface
En moi l'impalpable essence

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VORACITÉ DES DÉSENCHANTEMENTS

Voracité des désenchantements
Qui nous avalent et nous recrachent intacts,
Apparemment intacts et préservés
Mais englués d'une bave patiente

Qui enveloppe d'un filet transparent
Désormais nos gestuelles de pierre …
Rêves freinés par l'aimant de la mort,
Nous évoluons dans le contre-courant

Évidemment, on finit par atteindre
Le but, mais sans la liesse des victoires :
Trop de fatigue, trop de plaies, trop d'absences
Film censuré d'impossibles jouissances

À quel instant le doute de pouvoir être
Repu par l'accomplissement des faims,
Que nulle Joie n'en puisse résulter,
Sinua-t-il dans les plis de nos consciences ?

Rampants, saignants, nous avons continué.
Y avait-il une autre issue vraiment
Que d'explorer les terres d'au-delà
Le froid extrême et le renoncement ?

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