insurrectionpoetique !

MA GUEULE D'ATMOSPHÈRE (photo Albin Porcherel)

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MÊLER NOTRE SOUFFLE À LA BRAISE

Frotter les mots l'un contre l'autre
Afin d'en faire jaillir le feu
Asperger d'amour ou de rage
Pour que flambe l'immensité

Mêler notre souffle à la braise
Des plaies anciennes que la douleur
Devienne joyau rougeoyant
Pour épousseter la ténèbre

Et par défaut nommer cet acte
Poésie, battement de cœur
Ou silence, lumière de l'âme
Emportés par sa majesté

Ou se taire, simplement se taire
Laisser les mots vous pénétrer
Se mêler au sang de vos rêves
En alchimie moléculaire

Accepter la transmutation
De ce chant en vie délivrée
Et jaillissante dans l'obscur
Ou nier, rejeter le miracle

Et ne pas comprendre la soif
Qui nous tenaille les entrailles
Ne pas comprendre cette faim
Qui ne nous laisse aucun répit

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CONFORTABLES NÉANTS

Vivant au ralenti dans le brouillon, l'esquisse
De ce que pourrait être une vie véritable
Nous nous aménageons des néants confortables
Où tout choix, tout amour, tout penser est silice
Dont le feu trop brûlant déchirerait l'image
Que nous avions bâtie de paresses complices

Quelle dérive du cœur en nous identifie
Le glas des rêves à une marche triomphale
Dont l'escalier nous mène à de sombres états
Où le couperet tranche nos secrètes envies
En morceaux de fades pestilences létales

Nous ne voulions rien d'autre qu'être un peu plus que rien
Et ce vœu même n'aura pu être exaucé
Nous sommes en deça de nos réalités
Même si nos néants se parent de parfums
Différents leurs saveurs une fois effacées
Ne laissent entre les lèvres que de plus âpres faims

La terre vierge inexplorée de la splendeur
Le déploiement de l'âme en son élan premier
Sont des défis que nous n'oserons relever
Dans un monde truqué, tronqué, sans profondeur
Comme si amputés de notre densité
Nous titubions heureux vers l'ombre des douleurs

Comme si la tentation n'induisait pas le doute
Et se satisfaisait dans l'absence d'écho
Comme si son état seul apaisait notre peau
Hors du vertige des atomes en déroute
Comme si le mystère ne naissait pas du chaos
Dont nous différons et la naissance et l'écoute

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CETTE PETITE PLUIE TENACE …

La vie quelquefois ressemble à
Cette petite pluie tenace
Qui lentement dévore l'être

Pas de prodigieux coups du sort
Mais des frappes chirurgicales
Précises comme le poison

De ces écorchements furtifs
Dont se plaindre serait risible
Mais dont l'accumulation

Petit à petit vous condamne
À la restriction du souffle
Aux libertés sans compassion

Un poids rend vos gestes plus lents
Vous tire vers les fonds obscurs
Mais lutter demeure évidence

Jusqu'au moment où le combat
N'a plus d'autre objet que lui-même
Par perte de l'axe vital

Alors seule pourra vous rendre
Votre essence l'aile de l'ange
Qui vous frôlant vous ressuscite

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SEMAILLES

Ce qui étonne, ce n'est pas
Cet entassement perpétuel
Couche obscure sur couche obscure
Qui confine à l'opacité

C'est qu'au centre de la noirceur
En quête d'un microscopique
Grain de lumière à faire germer
Nous finissions par le trouver

Encore et toujours en dépit
De la haute probabilité
De l'insuccès de nos efforts
Toujours cet absolu en marge

Comme à contresens du néant
Dont nos doigts peuvent se saisir
Avec une joie imparable
Fragment de notre devenir

Chaque fois la source où baigner
Fût-ce un instant notre visage
Y trouver force de renaître
Et de se déployer encore

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MUTANTS PRÉCURSEURS ÉCORCHÉS

Après que l'on eût démonté
Pour qu'elles tiennent moins de place
Dans une valise anonyme
Les émotions glanées en route

On veut préserver des regards
La précieuse cargaison
Lestant nos bras et nos mémoires
Mais lorsqu'on les veut remonter
Il manque toujours une pièce

Les éléments jetés en vrac
Se refusent à coincider
S'unir en un tout acceptable
Un peu hybrides, un peu bancals

Mais ce qui surprend davantage
C'est que lorsque nous exposons
Ces fragments disparates comme
S'ils étaient uniques pulsions

Nul ne perçoit la différence
Et une question nous lancine :
Et si c'était finalement
Cette vaste supercherie

Cette union disharmonieuse
Cette désarticulation
Permanente et privée de sens
Que les autres appelaient la Vie ?

Et si c'était notre désir
De cohésion, de cohérence
Notre désespéré désir
D'unir logiquement les pièces

Entre elles qui signait notre exil ?
Si le monde n'espérait rien d'autre
Qu'un chaos approximatif
Et que la vie le faisait fuir ?

Alors serions-nous dans l'erreur
En recherchant cet équilibre
Cette paix intense et vivace
Ou serions-nous uniques à ne

Pas vouloir trahir l'univers
Martyrs d'une fidélité
Mutants précurseurs écorchés ?
Question dont nous n'aurons sans doute

Dans cette enveloppe de chair
Que l'esquisse d'une réponse
Mais nous n'avons pas d'autre choix
Que devenir ce que nous sommes

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TROP DE TERRE, TROP DE MER, TROP DE FERVEUR DE VIVRE

On ne peut avancer sans laisser en chemin
Des morceaux de son âme et le vide a mangé
D'elle plus que sa part en moi et cependant
Elle est si vaste encore qu'elle vous terrifie

Nul ne peut prétendre à l'aisément circonscrire
À la classer dans une case définie
Elle s'arqueboute encore contre la mort de l'être
Ses chants polyphoniques entre horreur et beauté

Déconcertent l'oreille et laissent troublé l'ange
Et le démon qui cohabitent, se superposent
Se confondent parfois en chaque frère humain
Ils chevauchent enfer et paradis à la fois

J'étais une planète, demeure un continent
Oh non ! Je ne fus pas moins fragmenté que vous
Et cette ampleur est accueillante et sans mépris
Mais son existence même vous apparaît défi

Je tais ce que je peux, il y en a toujours trop
Trop de terre, trop de mer, trop de ferveur de vivre
Pour vous accoutumer à mes eldorados
Que faire de ces soleils que mon cœur porte en croix ?

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LE FRUIT DÉFENDU DES PLUS HAUTS SILENCES

Validant la médiocrité
Comme l'unique voie possible
Et diabolisant l'exigence
Tentant de marchander la grâce

Tout irait bien si nous n'étions
Si blessés de ces dissonnances
Entre notre âme et l'Univers
Le souffle et ce que nous vivons

Ce que nous sommes aptes à saisir
-Si peu- du brasier du vivant
Et cet écho qui nous poursuit
D'un paradis perdu aux dés

Rien ne peut imposer silence
Aux voix définitivement
Qui nous poussent à goûter le fruit
Défendu des plus hauts silences

Juste une miette, dût-elle
Déchirer lèvres et secrets
Tendre désespérés vers ce
Que nous nous refusons d'atteindre

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SOLUTIONS DU QUIZZ 1

Le quizz 2 viendra sous peu. En premier lieu, félicitations à Théo, qui a trouvé une grande part des réponses de ce quizz, que voici donc :

a) Quel comédien et chanteur, qui joua notamment aux côtés de Nathalie Baye, fut également l'auteur d'un recueil de poésies intitulé "Portrait de l'Artiste au nez rouge" ? Oui, oui, c'est Philippe Léotard. Tout n'est pas de même "niveau", mais il y a dans ce livre des poèmes extraordinaires. On le réédite quand ?

b) Quel poème fut diffusé, à travers toute la France, sous la forme de tracts jetés par des avions, pour annoncer le débarquement ? Il s'agit de "Liberté" de Paul Éluard. Au commencement c'était un poème d'amour, mais Éluard, au vu des circonstances, a jugé plus judicieux de remplacer le nom de l'aimée par le mot susdit.

c) Quel poète beatnick, disparu dans les années 90, vendit de son vivant un million d'exemplaires d'un seul de ses recueils ? Il s'agit de Allen Ginsberg et de son recueil Howl.

d) Quel célèbre poète chilien, évoqué dans le film "Le Facteur", fut également ambassadeur de son pays ? Il s'agit bien entendu de Pablo Neruda, dont bien des slameurs ignorent même l'existence. Un peu comme de parler rock'n'roll sans savoir que les Beatles, Presley ou les Rolling Stones ont existé …

e) Quel auteur interprète, qui mit également en musique des textes de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, déclara, dans une de ses œuvres "à l'école de la poésie, on n'apprend pas, on se bat" ? Léo Ferré, natürlich !

f) Dans le film "Quatre mariages et un enterrement", les vers d'un poète anglais contemporain constituent une sorte de fil conducteur. De quel poète s'agit-il ? Je l'avoue, c'est en entendant ce texte que je me suis mis à lire W.H.Auden. Un grand. Mort dans les années soixante-dix.

g) Dans "Le Cercle des poètes disparus", un poète américain recueille tous les suffrages des élèves. Quel est ce poète ? Il s'agit de Walt Whitman, et de ses fameuses "feuilles d'herbe" (oui, je sais bien, Saturnin, c'est pas en vers)

h) De qui sont les célèbres vers "Sous le pont Mirabeau, coule la Seine/ et nos amours" ? Apollinaire. Mais celle-là était facile.

i) Quel grand poète africain fut également président de la République du Sénégal ? Léopold Sedar Senghor auquel notre président n'a même pas cru bon rendre l'hommage adéquat.

j) Serge Gainsbourg, dans un de ses multiples tubes, rend hommage à une chanson écrite par un poète français unanimement reconnu. Quel est son nom ? Prévert, dans "La chanson de Prévert"

k) "Les sanglots longs des violons de l'automne …" est le début d'un texte que Radio Londres diffusa pour annoncer le débarquement. Mais quel était son auteur ? Paul Verlaine. Un maître de la forme, certes, mais un peu trop saule pleureur à mon goût.

l) Ce poète fut surtout connu comme assassin. Il inspira des cinéastes aussi divers que Marcel Carné pour "Les Enfants du Paradis" ou Francis Girod pour le film qui porte son nom. Qui est cet étrange personnage ? Lacenaire. Ce fut également un Marcel Herrand magnifique, jamais aussi bon que dans ce rôle.

m) Un poète célèbre fut également bandit de grand chemin et finit pendu en tant que tel. De qui s'agit-il ? By jove ! Bon, j'avoue avoir été victime de mes manuels scolaires, dans lesquels on enseigna longtemps cette contre vérité : la pendaison de François Villon. Donc mille excuses à mes lecteurs et lectrices pour cette regrettable erreur.

n) Une poétesse de la Grèce antique donna son nom à la pratique de l'homosexualité féminine . Quelle est-elle ? Sappho

o) Corto Maltese, le héros de bande dessinée inventé par Hugo Pratt, dit que dans les moments difficiles, il songe aux vers d'un poète français. De quel poète s'agit-il ? Arthur Rimbaud

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DÉTOURNEMENT D'IDENTITÉ

Sous ce fatras de masques et de renoncements
D'utopies avortées, de vies en trompe-l'œil
De mensonges edeniques et d'enfers de façade
De peurs et de paroles, de non-dits fatidiques

Creuser, impitoyablement, creuser toujours
Pour qu'en pleine lumière surgisse le Réel
Paraisse le vivant. Où est la Vie ici ?
Las de ces clones humains où tout est prévisible

Ce n'est qu'en découvrant les coulisses de l'être
Sa part cachée, dissimulée, secrète
Que se révèlent et le souffle et le sens
L'Homme n'est qu'un détournement d'identité

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LE MASQUE NÉCESSAIRE

Apprendre à revêtir une forme acceptable
Tout en n'hésitant pas au moment adéquat
À poser son âme et son sexe sur la table
Miser toute sa vie sur la cendre d'un pas
Qui retentit du fond de la nuit modulable
Où tant se sont perdus, d'où peu se sont enfuis
Apprendre à exister dans cela qui n'est pas
Survivre à ce Grand Rien qui déploie, qui déplie
Les draps rêches et froids d'une vie raisonnable

De grands arbres ont poussé à l'envers de ma tête
Ne les montrer que dans l'élégance des mots
Faire passer le profond pour musique de fait
Et les étoiles qui vous ont criblé la peau
Et qui absorbent votre destin à la source
Pour ornement futile. Vérités sous boisseau
Attendre qui ne fuit le fleuve qui vous pousse
Vers l'irascible mer et l'écume au couteau

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AU VERSO DE LA MORT

Le poème s'écrit au verso de la mort
Pour inscrire sur les frontispices
Du temps la vie qui n'y est plus

Brasier de mots cinglant le dos nu des fadeurs
Auquel érigent des monuments
Les modernes flagorneurs du vide

Chaque poème est un combat et un affront
Un duel contre le néant
Pour arracher la vie à l'immobile

Briser ces paradis en limaille de fer
Dont nous gave le grand entonnoir
Les jeux de rôles et de pouvoirs

Et sous la phrase, le rythme et la rime
Un étendard de peau et de colère
Pour clamer notre incandescence

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AUX HYPERMARCHÉS DE LA CONSCIENCE

Fées caduques et princes désenchantés
Gagnés par la lassitude insondable
D'inexistences trop lourdes à porter
Conte écorché pour époque anémiée

Le vide est la valeur côtée en bourse
Qui sponsorise tous nos manques à être
Nos dragons se métamorphosent en princes
Spécialistes de l'OPA sur la peur

Impossible d'envisager l'eden
Autrement qu'en version Nitendo
L'amour lui-même n'est plus qu'un jeu de rôles
Pour les hypermarchés de la conscience

Les héros n'ont pas plus noble figure
Que l'Adversaire, d'ailleurs virtualisé
Et le conte n'a pas de fin heureuse
À chaque point de vie tout recommence

Tout est à repenser dès l'origine
Et le combat continue, fatigués
Nous ne pensons même plus à comment
Inventer d'autres règles pour survivre

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LES SERMENTS INDÉCIS

On cherche le Bonheur, même approximatif
On recherche la Vie, ou ce qui y ressemble
Mais rien que cet amas de promesses confuses
Qui ne seront jamais tenues que par un fil

Sur le fil du rasoir où nos rêves s'écorchent
Quelque soit la distance qu'en nous nous parcourrions
On nous dira toujours "c'est plus loin, vers le nord,
Vers le sud ou vers l'est" … ce n'est jamais ici

Car au bout du voyage n'est qu'un nouveau monceau
De serments indécis. L'Amour semble une issue
Mais nous y échouons, non par manque de cœur
Mais pour des questions d'ordre administratif

Demeurent les ténèbres compactes et visqueuses
Y pénétrer peut-être nous donnerait la clé
Mais la peur nous retient, une crainte sacrée
Face à cet Inconnu terrifiant, incertain

J'y suis entré pourtant, il n'y a à le dire
De ma part nul orgueil, je constate le fait
Il faut marcher longtemps et le prix est bien lourd
Sans aucune assurance de pouvoir retourner

Sur ses pas, sans savoir si la quête a un sens
Le prix, c'est devenir à la plupart de ses
Contemporains de plus en plus infréquentable
Asphyxier d'une solitude insoutenable

Je n'avais pourtant pas d'autre choix que celui
Pour lequel j'ai opté car s'il est quelque chance
Que je puise y trouver ne serait-ce qu'une once
De vie réelle et vraie nécessaire à mon âme

Alors cette plongée dans le cœur des enfers
Aura mérité d'être tentée et accomplie

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DÉRACINÉS !

Leurs lèvres disent "immigré" ;
Dans les circuits de leurs synapses
Vous pouvez lire d'autres mots
Des synonymes interdits

"Inutile", "déchet", "parasite"
Orties d'insultes sur terres d'ordures …
J'entends, dans ce mot méprisé,
La sombre rumeur de l'amer

J'entends un peuple qui a faim
J'entends des terres dévastées
Hommes et femmes fuyant la guerre
Et les "ratures" de l'Occident

J'entends hommes et femmes épuisés
Des souffles noués à la cendre
Les terres arides des tyrans
J'entends des pas sanglés de larmes

Ce qu'ils désirent ? Un peu de pain
Un peu de dignité aussi …
L'illégal observe et se terre
Se tait, se terre, observe encore

Il cherche à comprendre et apprendre
Tout en imitant l'invisible
Ceux dont vous crachez à la face
Cherchant leur solution finale

Ce sont des spectres qui ont faim
Et non des monstres improbables
Les problèmes de l'immigration
Clandestine : ceux qui les exploitent

Grappes humaines à broyer
Dans les pressoirs de la machine
Pour des vendanges à bon marché

Vous demandez de s'intégrer
Aux enfants nés sur votre terre
Et grandis dans votre culture
Dont l'aïeul jadis immigra

Dont vous avez usé les mains
Pour élever vos bâtiments
Pour leur seule couleur de peau
Leur refusez d'être Français

Mon grand-père était allemand
Et ma grand-mère fut tondue
Celle qui engendra mon fils
Mère italienne, père espagnol

Je ne suis pas plus français qu'eux
Je le suis même peut-être moins
De partout et de nulle part
Sans racines identifiables

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COMPTER, PESER, CALIBRER, MESURER …

Compter, peser, calibrer, mesurer
Acheter, vendre, calculer, limiter
Oublier le risque et la gratuité
Où aboutir quand tout est stratégie

De nos rires à nos battements de cœur ?
Tout doit avoir sa fonction et son but
S'investir en terra incognita
Et tout miser sur ce qui nous échappe

Sont les tabous de nos modernités
Qu'importe si notre vie est moins vaste
Puisque tout déploiement est une offense
Au confort et à la sécurité ?

Etre rebelle à semblables diktats
S'exposant à ce que sa rebellion
Ne soit comprise de personne pas même
Des professionnels de la révolte

Alors qu'elle est plus profonde et plus vraie
Que leurs transgressions sans réel enjeu
C'est choisir d'être libre quel que puisse être
Le prix de chair à payer pour cela

Ajoute du poivre, du sel et des épices
Ce sont les mêmes plats que tu nous sers
Garde ta révolution, j'ai la mienne
Seul, écorché mais debout, droit et fier

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APOCALYPSES MINEURES

C'en est assez du "plus loin"
Du "plus tard" et du "trop tôt"
Du "trop tard", des "plus jamais"

Envie d'entendre "c'est ici,
C'est aujourd'hui que tout se passe
Que notre vie coincide avec la Vie"

Mais de retards en en nostalgies
De répétitions en rejets
Nos vies brinqueballent et s'égarent

Comme une ronde vénéneuse
La mélodie qui nous effeuille
De nos espérances une à une

Reprend "plus tard" et "plus loin"
Rengaine de crucifiés
D'apocalypses mineures

Ce n'est jamais le bon quai
De gare ou d'aérodrome
Ni le moment du voyage

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UN FOUTU MÉTIER !

Etes-vous certain d'être en état de vivre ?
C'est un métier excitant, dangereux
Ici on vit, on ne fait pas semblant
On se frotte à l'esprit, à la matière

Surtout n'y voyez rien de personnel
Mais savez-vous ce que ce mot veut dire ?
Oui oui, je sais, vous n'avez pas vécu
Vraiment depuis des temps immémoriaux

Votre expérience de la vie date un peu
Comme la plupart de ceux qui viennent ici
Vous tricherez un peu, mais sans excès
Comme les autres, vous avez acquis pour peu de souffle

Une contrefaçon sans intérêt
Vos rêves manquent un peu d'exercice
Je les sens flasquement consuméristes
Il va falloir me remuscler tout ça

Un jogging d'utopie à petites foulées
Tour vélocipédiste des encyclopédies
Les mots ce sont les vitamines du mental
Natation en eaux troubles, mise en péril de l'âme

Une dose quotidienne - deux, vous seriez perdu-
Les abdos cérébraux, voyez, ça se travaille
Oui, se réincarner, c'est un sacré défi
Vivre, voyez, ça demande exigence et panache

Y sont tous prêts à refaire un tour de manège
Qu'ils disent et, bien entendu, à peine arrivéS
Voilà qu'ils me salopent à tout coup le boulot

Je vous laisse un ticket parceque j'ai bon cœur
Mon successeur s'ra p'tet' bien moins accommodant
Dès la prochaine éternité, moi je me barre
Oui, je prends ma retraite dans un néant sympa
Archange, au bout du compte, c'est un foutu métier !

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JONGLE AVEC DES FRAGMENTS DE NUIT

Dans notre mémoire falsifiée
Où nous truquons les apparences
Nous accélérons la cadence
Pour retrouver l'âpre reflet

Qui troublait notre conscience
L'Autre confondu, esquissé
Dans la ruelle des regrets
Sur le mur des réalités

Et nous n'avons plus d'autre choix
Que le poids du vide ou le Jeu
Confetti lancés sur la croix
Où s'écartèlent nos aveux

Le vent disperse nos histoires
Aux quatre coins de la défaite
À chaque angle de nos mémoires
La désespérance concrète

Que le silence nous apprit
À vivre avec désinvolture
Jongle avec des fragments de nuit
Dans les marges et dans les ratures

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DANS LES COULISSES DU MYSTÈRE

On me dit "ceci est la Vie"
Je ne vois que murs de papier de soie
Une quasi transparence au delà de laquelle
Le ballet des ombres commence

Une simple griffure suffirait
Un geste souple de l'index
Pour que les parois se déchirent
Et que le décor disparaisse

Et pourtant nul n'ose accomplir
Le mouvement révélateur
Angoisse de se réveiller seul
Dans les coulisses du mystère

Mesure de sécurité primordiale
Éviter la confrontation
Multiplier les actes et les occupations
Comme autant de cloisons entre la vie et nous

Mais le salut, la damnation
Leur tangible réalité
Se trouvent-ils derrière ou devant ?
Impossible de le savoir

Sans avoir déchiré la soie
Avoir commis le sacrilège
Et pour cela être au delà
De la grâce et de l'avilissement

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