insurrectionpoetique !

TRISTAN CABRAL !!! (1)

Tristan Cabral !!! Pour l'auteur de ce blog, une figure légendaire, à la vie tourmentée, aux poèmes percutants. J'eus la chance de l'inviter autrefois sur la télé libre "Ondes sans Frontières". Il vient de rejoindre l'aventure "Insurrection Poétique !", qui va bientôt pouvoir prendre son essor.

Tristan Cabral !!! Ces deux textes, extraits de ses recueils, vous feront mieux comprendre les raisons pour lesquelles je lui voue une admiration inconditionnelle.


EMMURÉ PARLE …


ce sont des enfants seuls
attelés à leurs cris
qui avancent de face
sur des chemins possibles

ils nous jettent des mots
simples comme les pierres
leur royaume visible
est une route droite

ils entrent par effraction
dans nos yeux éboulés
et suivent des aurores
qui toujours se rassemblent

ils creusent leurs demeures
dans les charpentes mortes
pour apporter aux évidences
le démenti formel
d'un battement de cœur …

©Tristan Cabral (extrait de "Ouvrez le feu !" - Plasma-)


LOS OLVIDADOS


ils ont la mer à l'ancre entre les deux épaules
et la mer tout entière se ferme dans leurs poings
ils accrochent par mégarde le soleil à leurs pas
et les aveugles voient le cœur brûlant du monde

ils aiment les oiseaux qui ont perdu leurs ailes
ils cherchent dans leurs poches le seuil de la maison
qu'ils n'ont jamais quittée

ils portent le ciel à bout de bras
et jouent à la marelle enfer et paradis
ils tranchent les amarres du jour
et ils voient ce que seul un enfant
peut voir au fond des neiges

ils sont au bord du monde
le ciel tombe à leur place
ils conduisent l'enfant au pays des fontaines
le loup privé d'enfance les cherche dans la neige
et les change en oiseaux

©Tristan Cabral (extrait du "Passeur de silence"-La Découverte)

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POETIC GLADIATOR ET L'OCTOGÊNEUR CONTRE-ATTAQUENT !

LUNDI 5 JANVIER À 20h15 CHEZ PASCALINE (libre participation) Pascal PERROT aka Poetic Gladiator et Guy PERROT aka l'Octogêneur font leur show chez Pascaline.

"Au nom du père et du fils" est un spectacle à double-détente. D'un côté, l'Octogêneur, chantre de l'humour grinçant et doyen des slameurs. Il est contre tout, contre tous et tout le temps, mais avec un sens aigu du panache et de la dérision.

De l'autre son fils indigne, Pascal Perrot, aka Poetic Gladiator. La poésie n'est pas sa tasse de thé, mais son bâton de dynamite. Et il le prouve le bougre, par l'interprétation survoltée de ses textes incisifs et pamphlétaires, rarement tout à fait politiquement corrects.

La participation est libre, mais on peut, pour quelques deniers, y boire et y manger avec appétit.

Ne ratez pas cette soirée subversive, explosive et inoubliable. Venez nombreux !

CHEZ PASCALINE 49 rue de Pixéricourt, 75020 Paris Métro: Télégraphe. Tel : 01 44 62 22 80

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À LA MÉMOIRE DES FUTURS HOMMES LIBRES

Toute pensée qui deviendrait système
Se muerait par essence en tyrannie
Et si telle s'avérait la destinée
De cela que présentement j'exprime

Je serais le premier à le combattre
Jusqu'à ce que cette lutte elle-même
Perversement ne s'érigeât en dogme
Et qu'aussi fermement je la condamne

On aimerait croire que les idées soient
De confortables et moëlleux canapés
Sur lesquels la raison puisse s'asseoir
Immuable, solide et rassurante

Mais elles sont permutations, chaos
Houle et roulis, instables et fluides
À peine formulées, désagrégés
Préludes aux métamorphoses inédites

À peine le temps que vous vous installiez
Dans ce concept d'un douteux agrément
Ma réflexion m'aura poussé plus loin
Vers des rivages pour l'heure inconcevables

Ne pas subir, jamais, mais précéder
Épier l'émergence de la limite
Confronté à sa propre intolérance
Et basculer dans un autre univers

Puis, parvenu en des terres inconnues
Réinventer sa vie à la seconde
Tracer les voies que nous emprunterons
Jusqu'à encore et toujours bifurquer

Devancer cet instant où nos pensées
Se calcifient, rigides certitudes
Ne jamais s'accomplir que dans le doute
Etre vivant quoi qu'il puisse en coûter

L'idée nous mène ailleurs et autre part
Jusqu'à nous retrouver à l'affronter
Toute pensée qui se fige est insulte
À la mémoire des futurs hommes libres

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NOTRE DIGNITÉ PREMIÈRE

Naïfs qui nous imaginions l'enfer
Incandescence et feu sans rémission
Quand il n'était que l'avancée des glaces
Enserrant progressivement nos cœurs

Nous ne pouvions que retarder l'instant
Écarter les mâchoires de l'étau
Trouver entre elles l'espace de vivre
Sans en éradiquer l'âpre menace

L'esprit et les émotions en éveil
Ne suffisent à conjurer son empire
Pourtant, différer notre abnégation
Demeure comme une dignité première

Savoir en observer la trace en soi
Et amputer impitoyablement
Les morceaux d'âme déja contaminés
Désespéré de ne pouvoir pourtant

Aider ceux qui l'accueillent en invité
Impuissant face aux progrès de leur mal
Pour eux conçu comme bénédiction
Reculer certes mais demeurer debout

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ÉTRANGES OSSEMENTS

De nos amours il ne reste
Que d'étranges ossements
Mais ces encombrants squelettes
Nul acide ne les dissout

Je les jette dans la rivière
Honorablement lestés
Par une voie inconnue
Ils reviennent dès le matin

Je les brise et les dévore
Ils s'évadent de ma bouche
Reconstitués à l'identique
Dès lors il me faut reconstruire

Sur un terreau de meurtrissures
Tâche ingrate et aléatoire
Que l'échec si souvent couronne
Les ossements s'accumulent

Avec les désillusions
Et le cœur se met à battre
Un peu moins fort, un peu moins
Qu'entravent les amours mortes

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AU TRAVAIL !

Il devenait de toute urgence
De raviver nos soumissions
Dont les couleurs avient pâli
- Assaut d'utopies corrosives-

Il devenait prioritaire
De relooker nos démissions
De leur donner un air de fête
Que l'apocalypse nous fût joie

Les muselières désormais
Sont serties d'or et de diamants
Supposant des humiliations
Dont nous puissions nous montrer fiers

Et les mots "Soyez productifs !"
Et les mots "Suivez la cadence !"
Ne furent plus les pires bassesses
Qu'on puisse cracher sur l'humain

Ils devinrent sources de gloire
Et l'économiquement viable
Et le constant harassement
Et la dépossession de soi

Plus que jamais idolâtrés …
Qu'importait notre reptation
Si une médaille, un salaire
La sanctifiaient, la déifiaient

Jamais la besogne ou l'effort
Le métier où les doigts tissaient
Lentement la recréation
Permanente de notre visage

Jamais la profession de foi
La fatigue quasi-mystique
Jamais œuvrer ne nous fît peur
Mais le travail ! Ah, le travail …

Promotions de mâts de cocagne
Produire de la consommation
Et consommer du surproduit
Ce monde où l'inventivité

La beauté de l'acte accompli
La valeur de l'homme en tant qu'homme
Non en tant qu'unique rouage
Méprisée, avilie, souillée

Ne pourrait relever la tête
Que furtivement, par mégarde
Je ne m'en sens pas solidaire
Je ne méprise pas l'esclave

L'esclave est et fait ce qu'il peut
J'ai comme lui courbé l'échine
Mais je réfute le bien-fondé
De l'omniprésent esclavage

Ne vous y trompez pas, je ne
Valorise pas la paresse
Cette autre extinction de soi
Mais l'oprressante dépossession
De ce qui fait notre grandeur

-Ce qui fertilise et bâtit
Et fait corps avec l'univers-
Cette honteuse reddition
Aliénant l'aptitude à être

Le Travail fut, est et sera
Plaie suppurante du déni
On nous emploie, autrement dit
Nous utilise jusqu'à ce que

Notre cœur et notre sang même
Fussent jugés improductifs
Se déployer, se déplisser
Et ne pas ployer sous le joug

Inutile, inutilisable
Déchets fastfoodisés du monde
Reprendre sa place d'humain
Tension monstrueuse de l'être

Tendu vers l'accomplissement
Etre outil et matériau
L'œuvre est négation du travail
Mais l'œuvre est sacre de l'effort

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COLONNE VERTÉBRALE DES RÊVES

Colonne vertébrale des rêves
Axe d'un possible univers
Ton ombre danse en moi sans trève
Et les écuyers de l'éther

Vers ta grâce immense soulèvent
Les chevaux blancs de la lumière
Pour te conduire jusqu'à la sève
Coulant dans l'arbre des sépher

Sombres nuages de tes doutes
Dont je voudrais, d'un coup d'aiguille,
Faire jaillir les miracles en pluie

Vois, même les yeux du soleil cillent
Face à tes ardents paradis
Où mon âme veut se perdre toute

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QU'AS-TU FAIT DE TES RÊVES D'ENFANT ?

Cette phrase imbécile qui nous culpabilise
- on manipule aisément qui se sent coupable- :
Qu'as-tu fait … Qu'as-tu fait des tes rêves d'enfant ?
Mes rêves d'enfant ? Évidemment aux ordures …

Ces rêves obsolètes de confort tiède et moi
D'aventures sans enjeux, de défis sans péril
Ces vains hochets puérils, ces déchets d'embryon ;
Caramels mous, guimauves pris comme axes de vie ?

Mes rêves adolescents et mes rêves d'adulte
Ont une autre saveur plus épicée, plus âpre
Avec rage et ferveur, tout mon être se tend
Vers leur accomplissement, car ils se sont frottés

À la boue du réel sans s'être dévoyés
Parceque j'en sais le prix et les arrachements
Que suppose le fait de les maintenir droits

Que ni le rire de toile émeri des moqueurs
Ni le poids de la vie, la moite intimité
De ses fosses d'aisance n'ont pu semer en eux
La gangrène du doute et du renoncement

Parceque ces rêves-là savent ce dont ils parlent
Et ne s'encombrent ni du flou ni du peut-être
Ils ont le poing tendu et le cœur généreux
Ce sont des rêves foudroyants, montrant les crocs

Ils ont grandi en moi avec la fièvre d'être
Et la faim sans limites qui est leur étendard
Que m'importent mes rêves d'enfances en ruines
Rêves de sucre d'orge pour humains endormis !

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RENAISSANCES

C'est le grand rêve occidental
Librement inspiré des curés hindouistes
Mourir, renaître du même au même
Rénové, reprendre la route

Comme si toute ressurection
N'était en premier lieu un écartèlement
Inouie douleur d'âme et de corps
Concassage moléculaire

Comme si nous pouvions revivre
Avec les mêmes yeux tatoués d'ignorance
Comme si le Savoir n'incluait
D'indéracinables souffrances

Conjointes à la joie bâtisseuse,
À la joie acérée, écorchée des mutants
Brassant fièvres et cataclysmes
Dans un unique élan vital

Notre mort, nous ne la vivrons pas
Dans une anesthésie médiatico-chimique
Nous vivrons pleinement nos plaies
Et l'âpre don des renaissances

L'univers se déstructure
Nous refusons le prix de nos métamorphoses
Leur échéance inéluctable
Devenir signifie périr

Et pleinement conscient renaître
Mais renaître autre et le choc est brutal
Labour incessant des cellules
Des atomes de l'identité

Ni silencieux, ni indolore
Ressusciter sera constant arrachement
Avant de prendre vraiment place
Au cœur de notre différence

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DÉTOURNEMENT D'IDENTITÉ

Sous ce fatras de masques et de renoncements
D'utopies avortées, de vies en trompe-l'œil
De mensonges edeniques et d'enfers de façade
De peurs et de paroles, de non-dits fatidiques

Creuser, impitoyablement, creuser toujours
Pour qu'en pleine lumière surgisse le Réel
Paraisse le vivant. Où est la Vie ici ?
Las de ces clones humains où tout est prévisible

Ce n'est qu'en découvrant les coulisses de l'être
Sa part ensevelie, dissimulée, secrète
Que se révèle à nous la puissance du souffle
L'Homme n'est qu'un détournement d'identité

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MA RUCHE D'ÉTOILES SAUVAGES

Ma ruche d'étoiles sauvages
Au miel d'ardente communion
Quand soulignerons-nous ensemble
L'inanité des marécages ?

Un lien de foudre et d'horizon
Unit l'ombre des murmures amples
Au silence de nos prénoms

Les poches emplies de météores
Et de soleils décomposés
Que je sèmerai dans la terre

Et d'où naîtra l'aube des corps,
J'ouvre dans ton chant incanté
Un espace né de la pierre ;

Une maison surgit des miroirs …
La chambre où nos corps enlacés
Éparpilleront les plaies obscures

Est là, à gauche de la mémoire
Et je sens monter l'escalier
Jusqu'aux prémices de l'azur

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CHERCHANT L'ANGULEUX, LE RÉTIF

De la géométrie parfaite
Initiale de l'univers
Pourquoi donc nous acharner à
Distordre toute perspective ?

Comme redoutant l'harmonie
Et alimentant la douleur
Vorace, jamais rassasiée
Qui nous poigne depuis l'enfance

Cherchant l'anguleux, le rétif
Plus que la douceur de la courbe
Le vide plus que la plénitude
L'incertain plus que le concret

Jetant nos dernières forces
Dans des combats perdus d'avance
Nous recherchons l'illimité
Mais nous complaisons dans l'inane

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LA VIE MUSCLÉE DE LA FÉE CABOSSÉE

La Fée Cabossée commence l'année sur les chapeaux de roues, en reprenant les poèmes épicés de "La vie musclée", l'un de ses précédents spectacles, qui plus est dans un vrai théâtre au nom fort évocateur, puisqu'il s'agit du Pandora. À l'image de sa poésie, boîte de Pandore d'où démons et merveilles jaillissent en un flot continu.

Certes, ce n'est pas pour les jeunes filles sorties tout droit du Couvent des Oiseaux, mais ça du corps, de la chair, du panache. Ca flamboie, ça meurtrit, ça râle, ça sussure, ça écorche, ça transcende … Bref on ne s'en lasse pas.

Courez donc au Théâtre Pandora, 30 rue Keller, dans le onzième, à Bastille, le VENDREDI 19 janvier à 20h30 et pour douze euros,offrez-vous un grand frisson épidermique. (voir lien)

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CHANT DU CALME SÉISME

O mon évanescente, ô mon calme séisme
Tu bagues l'océan d'un anneau de vertige
Et d'un geste marie le banal et l'immense
Sorcière inconsummable aux flammes amnésiques

Quel brasier saura dire l'incantation de toi
Quelle écume ourlera les plis de ton silence ?
Je te veux nue en moi, décervellant l'espace
Outrepassant les mots dans ta fugacité

Oscille l'ostensoir dans la moue des miroirs
Prêtresse guerrière menant fœtus en armes
Vers l'accomplissement de leurs incantations
Quelle invocation te transmuera matière ?

J'irai comme à la source aux éclats de silex
Boire l'ombre à l'évangile de nos corps confondus
J'irai à la rencontre du vouloir jaillissant
Et je tairai tes masques en mes chaudes mains d'homme

Mon vampire, mon ange, ma peau sera ton sacre
Et tu couronneras l'ivresse du présent
De tes doigts en voltige aux lumineux atomes
J'aspire à ta tendresse écorchée, tyrannique

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LES SPECTRES PÂLIS DE LA GRÂCE

Miracles ébréchés jonchant
Les plus extrêmes solitudes
La joie différée de connaître
L'annonciation du mystère

Demeurent ces messes éphémères
Qu'hantent quelquefois cependant
Les spectres pâlis de la Grâce
Sans lesquels vivre est impossible

Mais la voie qui mène au salut
Au pardon de nos impuissances
À décanter l'espace en nous
Ne nous est encore révélée

Les signes s'enlacent aux songes
Sans que nous saisissions leur sens
Mais le vent quelquefois nous parle
D'imprévisibles plénitudes

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LA CONSTRUCTION DES RUINES

La sensation de s'être trompé
De ville, de train et de compartiment
De vie, d'enjeu, de route et de voyage
Et ignorer ce qui pourra
Nous rendre à notre statut d'être humain

Un métronome qui indique
Le rythme de construction des ruines
Est notre seule certitude
Notre seul repère évolutif
Danser plus vite que la destruction des mémoires

Un chant nous frappe de plein fouet
Nous invitant à des soleils trop larges
Que nous ne pouvons pas porter sur nos épaules
Puis disparait dans des nuits provisoires
Sans traces , juste à l'instant où nous tentons d'y croire

Et le train nous amène vers des rives étrangères
Si dénuées de ressemblance
Avec les mondes que nous croyions connaître
Qu'elles nous demeurent à jamais hermétiques
Exilés de l'intérieur à jamais

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LES ÉPIS FAUCHÉS DE NOS SACRES

Le sang coagulé des rêves
Alourdit la marche ; l'attente
Du feu nous est intolérable

Les épis fauchés de nos sacres
Comment pourrions-nous nous résoudre
À les brûler sans compassion ?

Trébuchant au seuil du mystère
L'instant de la révélation
Recule sans cesse et pourtant

Nous sentons la proximité
De sa lancinante émergence
Au cour des ombres imprévisibles

L'aile de l'ange nous effleure
Mais presque imperceptiblement
Et sa furtivité nous brise

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UNE DANSE DE FUNAMBULE

À t'imaginer sous la douche
Livrée aux caresses de l'eau
Monte le désir de ta peau
D'y boire des étoiles farouches
Ta nudité contre ma bouche
Et mon orgueil en ton étau

Nulle offense dans ce tableau
De ta chair libre et désarmée
Dans l'ivresse de se lover
Dans ta tendresse sans veto
Porté par l'aile de mes mots
Vers ton ultime vérité

Miracle d'une pulsion
Charnellement émerveillée
Par ton rire en moi éveillée
Que tes yeux d'ange polisson
Font monter, semblable aux marées
À ton mystère entrebaillé
Je veux apposer mon poinçon

Tu me parles et ton corps anime
Une danse de funambule
Où rebelle sans matricule
Je te ferai l'amour en mime
Sans ne jamais rompre la bulle
Dans laquelle nue je te dessine
Dans laquelle nue je te devine
Ma lumineuse tarentule

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NE CROYEZ PAS VOUS ÊTRE DÉBARRASSÉS DE L'ÂME !

Ne croyez pas vous être débarrassés de l'âme ;
L'âme reviendra toujours vous chatouiller les pieds
Quand vous serez sevrés de confort matériel

Ne croyez pas pouvoir longtemps la limiter
À la portion congrue. D'essence spirituelle
Certes, mais elle est tétue. Son chatoyant fantôme

Viendra troubler vos rêves et l'ordre du concret.
Elle vous dira "fantoche, qu'as-tu fait de tes chants ?
Dans quel tiroir de mort as-tu pu les ranger ?

L'inanité d'une possession sans élan
D'objets ou d'êtres humains comme toi reniés
Ne te conduit à rien qu'accumuler les faits"

À ceux qui la croient toute entière contenue
Dans les singeries sans grâce du dimanche matin
Elle dira que la vie est plus ample et plus vraie

Qu'étiquettes et miroirs sont d'autres noms du rien
Que ces tours de passe-passe pour sombres trous du cul
Ne sont que trompe-l'œil affamant nos secrets

L'âme n'est pas un hobbie, un spot, un jeu social
Elle est ce qui vous somme de vivre maintenant
L'accomplissement concret de nos idéaux

Vouloir la réduire à un concept ou un mot
Serait obscénité, crime de lèse-vivant
Car elle demeure en nous l'axe fondamental

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CETTE FAIM DE CHOSES IMMENSES

Tout devrait être facile
Et les articulations
Entre les mondes être souples

Mais à force d'entasser
Vides sur vides en nous
Nous finissons par n'avoir
Plus de place pour l'essence

Pour le noyau indécent
De nos pulsions vitales
Qui réclament leur pâture
Sans jamais être assouvies
Par les rêves à bon marché

Notre volonté s'égare
Vers ce que l'on nous apprend
À vouloir, qui ne possède
Pas l'élégance des astres

À peine ouvrons-nous les bras
Les tendons-nous vers le ciel
Que déjà tout se complique
Et la faim qui noue le ventre

Cette faim de choses immenses
D'amplitude de la vision
D'existence en plénitude
Sans limites et sans frontières

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