insurrectionpoetique !

OTTO GANZ EST UN GÉNIE !

Sa modestie dût-elle cruellement en souffrir, je n'hésite pas à l'affirmer haut et fort : Otto Ganz est un génie, de ceux dont on se souviendra.

Non content d'écrire des romans à l'écriture baroque, échevelée, à la saveur inimitable et hautement jubilatoire ( qui a lu l'extraordinaire "L'enroulement" aux Éditions Hors-Commerce en possède généralement un souvenir marquant), il signe également des poèmes étranges, qui s'insinuent en vous et ne vous lâchent plus.

Je me suis longtemps demandé quel était cet Otto Ganz que l'ami Orlando De Rudder admirait tant. À présent je sais et j'admire. Otto Ganz a rejoint l'aventure Uppercut (titre provisoire). Voici donc deux poésies (la première est inédite) d'Otto Ganz :


LES PREMIÈRES ÉNIGMES DE LA FLÛTE D'OS

Pour Orlando De Rudder
A Ma Thé¸
En …gée

Ainsi la première
Il arrive que le vent
À l'instar de l'air
et des odeurs qu'il transforme
nous joue des chansons
sans douceurs

puis la seconde
A chaque note venue
du haut
correspond une source

en bas

À chaque mot de danseur
un pas

En troisième venait
Les gestes remuent
parfois
les alizés

La parole
l'inaudible terreur
que contiennent
les voiles gonflées

Quatre indiquait, pour qui était attentif
Onze creux d'os
pour que sans cesse
reste un vacant

par lequel ne s'exprimeront
que les plaintes inattendues

La cinquième annonçait
La tristesse passant les portes
ouvre les boites à chaussures et
mâche les guimauves
qu'on y laisse

Il arrive parfois
qu'on n'oublie pas
m'avoir entendue

Et la dernière,
que personne ne comprit
Reste caché
comme le souffle
au poète

tout qui ne sait raconter
de quelle humilité
vient son ignorance


SANS TITRE

Sauf erreur d'appréciation
du décompte
des cycles

l'horizon
et plus loin
le monde

dessus le plat rebord
que tisse
l'ombre

Heureux les hommes fragiles
dont le poème
reste une ancre

À l'usage de la fuite

(Otto Ganz, 2005)

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ÉLECTRONS REBELLES

Nous sommes désolés … l'accès à vos neurones
Est provisoirement suspendu. Leur degré
De domestication demeure insuffisant
Nous avons détecté des électrons rebelles

Certes, vous en faisiez un usage modéré
- Ce ne sera donc pas un manque intolérable-
Mais vous n'ignorez pas que pour être acceptable
Notre imagination doit savoir se plier

Aux normes et critères établis par l'État
Nous ne tolérons pas les pensées illicites
Ce serait l'anarchie, peut-être pire encore …
La liberté ? Vraiment ? Ce sera pour plus tard …

Nous en connaissons les conséquences secondaires
Et le prix … Désolé, mais nos caisses sont vides
Et nous ne pouvons nous permettre d'investir
À fond perdu. D'ailleurs, ceci me fait penser

Que vous êtes sous le seuil de rentabilité
Vous n'êtes même pas un pauvre recyclable
Médiatiquement exploitable, ou utile
À rassurer les riches et contraindre les autres

Un pauvre non manipulable est un danger
Mais nous sommes humains … Votre mort sera douce
Nul ne se souviendra de vous, et c'est tant mieux
Cruels ? Mais non monsieur, tout juste pragmatiques !

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AU NOM DU PÈRE ET DU FILS

Mon père, ce héros au sourire si doux, regard vif et pas galopant, est décidément intenable … À peine ai-je le temps de prévoir une scène que lui, Guy Perrot l'Octogêneur, en a programmé deux et m'entraîne dans l'aventure … et le pire, c'est que j'aime ça !!! Or donc, retenez pour mars, ces deux dates essentielles, également en libre participation : AU NOM DU PÈRE ET DU FILS
Humour pitbull et poésie hardcore

MERCREDI 7 MARS À 20H15
Au Caveau des Artistes

MERCREDI 14 MARS`À 20H15
Chez Pascaline

Guy Perrot, alias l'Octogêneur : Un regard affûté et des sketches incisifs, le doyen des slameurs n'a rien perdu de sa verve. À 86 ans, il est presque partout, de toutes les aventures, du slam au grand mezze d'Edouard Baer, de la couverture du Monde aux ondes de Radio Libertaire. A-t-il le don d'ubiquité ? À vous d'en juger. (blog en cours de création)

Pascal Perrot, aka Poetic Gladiator : Une poésie pamphlétaire, enflammée, virulente, qui ne néglige pas un soupçon de tendresse. Ludique, caustique, susurre et vocifère, incarne chacun de ses textes avec force. On aime ou on déteste, mais on ne peut rester indifférent.

LE CAVEAU DES ARTISTES, 79 rue des Martyrs, 75018 Paris Paris.
Tel : 01 42 54 90 43 M° : Pigalle-Anvers
CHEZ PASCALINE, 49 rue Pixéricourt, 75020 Paris, tel : 01 44 62 22 80 M° : Télégraphe-Place des Fêtes

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UPPERCUT CHANGE DE NOM

Mes plus ancien(ne)s lecteur(trice)s, que je remercie au passage de leur fidélité, me savent fondateur d'un double mouvement, destiné à renverser la dictature de l'art jetable en unissant les artistes les plus vifs de la création actuelle, trop souvent isolés, sous-exposés alors que leur talent mériterait le plus large public.

Uppercut concerne toutes les formes artistiques en général et comprend actuellement Laurence Fouque, peintre ; Paul Cash, compositeur post-classique ; Orlando De Rudder, dont on consultera le blog étonnant dans mes liens et le génial Otto Ganz.
Sa naturelle extension, Insurrection Poétique ! concerne plus spécifiquement la poésie ; ce mouvement réunit, quant à lui, Philippe Léger, Tristan Cabral, Jorge Torres Medina, Lola Sponge, Nina Louve, la Fée Cabossée et moi-même, ce qui commence à faire du monde.
Bien sûr, le travail souterrain exige du temps et de l'énergie, avant que puisse s'annoncer (sous peu) une mise en lumière.

Or, Uppercut change de nom. Son nouvel intitulé ? Je le cherche à l'heure actuelle. En effet, l'ancien comporte une fâcheuse homonymie avec une compagnie théâtrale œuvrant en faveur d'une poésie vivante et vibrante. Or, la compagnie Uppercut présente un travail et une exigence exemplaire, tant dans les textes que dans la mise en scène et l'interprétation. Des vertus hélas trop rares dans les milieux slam qu'ils fréquentent.

Je m'en voudrais de nuire, de quelque façon que ce fût, à des personnes jouissant d'un authentique talent. Dont acte.

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L'ENVERS DES MIROIRS

Je n'ai jamais aimé que l'envers des miroirs,
Les routes abandonnées et les chemins perdus ;
Aussi, du plus lointain que souffle la mémoire ,
J'avais conçu l'amour comme un grand fleuve en crue
Plus vaste que les soulèvements de l'Histoire …

Il viendrait du plus loin de la nature humaine ,
Un monstre fabuleux, un céleste animal ;
Elle le portait sur l'aile des semaines …
Elle serait licorne, sphynge, griffon, narval,
Ce flamboiement brisant la mesure et la chaîne

Quelle femme ouvrirait cette révélation ?
Qui pourrait porter ce tumulte en son miroir ?
Etre l'équilibriste au fil de ma passion
Et m'amener plus loin aux rives du regard
Par la simple puissance issue de son prénom ?

Et moi, homme de chair en son manteau d'abîme
Que pourrais je donner à la femme-incendie,
Réinventant la clé, le mystère et la cîme ?
A chaque instant vécu dans son ciel infini
Comme multiplié en ma saison intime ?

Je n'ai jamais aimé que l'envers des miroirs,
Les routes abandonnées et les chemins perdus ;
Aussi, du plus lointain que souffle la mémoire ,
J'avais conçu l'amour comme un grand fleuve en crue
Plus vaste que les soulèvements de l'Histoire …
(22 ans)

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L'ARCHIVAGE DES BLESSURES

Est-il encore des lumières inédites
À tirer de nos rêves désaccordés ?
Destin qui n'apparaît que par esquisses
Qui s'éclipsera sans laisser de traces

Quelle chair autour de l'os de nos défaites ?
Apocalypses vaines et minimales
Qu'on peut insérer entre deux silences
Mais dont la sourde redite nous glace

Perpétuellement, conjugués au présent
Des cauchemars dont nous savons l'issue
Pour les avoir endurés autrefois
Mais dont le poids de fatigue est intact

Ce sourire, cette injure, ce baiser
Sont déjà étiquettés et classés
Nous savons le scénario de leur mort
Le morceau de nous qu'ils emporteront

Mais nous ne pouvons pas les éluder
Vidés de nous que nous restera-t-il
Pour témoigner, et témoigner de quoi
Sinon de l'absence et du désarroi ?

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VIVRE AU BORD DE LA FALAISE

Savoir que dans dix minutes
Une bombe explosera
Dans le bâtiment désert
Où vous ont mené vos pas

Ne pas céder à l'angoisse
Jouir pleinement de l'instant
Pendant cinq minutes au moins
-Cinq autres suffisent à fuir-

Être près de la falaise
Et ne mesurer ses pas
Qu'au moment ou dix secondes
À peine séparent du gouffre

Ma vie ressemble à cela
Nulle tentation de m'en plaindre
Je n'en eus pas voulu d'autre
Là n'est pas la pire épreuve

Car vivre cette vie-là
C'est affronter le dégoût
Lorsqu'on comprend qu'elle est choix
Et non aléa du sort


Mais à force d'endurance
Le dédain parfois m'amuse
De ceux-là qui se contentent
Du fade et de l'insipide

Je ne juge pas leur vie
Chacun navigue comme il peut
Dans les eaux troubles du monde

Mais leur amour de leurs chaînes
Qu'ils n'osent ainsi désigner
Au nom duquel ils condamnent
Possède cette ironie

Du dérisoire érigé
En règle de vie et d'amour…
Nains déguisés en géants
Dans la foire aux vanités !

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COMME UN CASTING D'ÂMES À NU

Froissées, déchirées, tordues
Pauvres amours de misère
Comme un casting d'âmes à nu
Seconds rôles des enfers

Adrénaline en bannière
Pour voler l'immensité
Au corps démultiplié
Où l'âme chute comme une pierre

Je vais et m'arcenciellise
Sous la main de mes bourreaux
Et mon cœur tourne le dos
À ce qui fut mon église

Repartir lesté du poids
D'anesthésiantes banquises
Qui ploient ma chair à leur guise
M'identifier au froid

Fuir ces fantômes liquides
Qui donnent accès au silence
Et ne plus vendre ma chance
À leur âpreté languide

Mais besoin de croire encore
À la prière extatique
De ce grand œuvre alchimique
Qui change le plomb en or

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DANS LA NUIT, MULTIPLIER LES FENÊTRES

Le regard affuté comme une lame de rasoir
Je veux tout regarder, l"horreur et la beauté ;
La vie qui s'accomplit n'est jamais dérisoire
Mais voir la Mort à l'œuvre peut nous en détourner

Les temps sont graves car nous n'avons plus droit
À ces refuges que sont le désespoir,
L'écroulement de nos rêves ou la foi
En un ailleurs insitué des mémoires

Nous n'avons plus de temps à perdre avec nos larmes
À présent donner notre lumière en partage
Devient urgence et nécessaire alarme
Pour aider l'être humain à trouver son visage

C'est pas à pas que nous devons lutter
Et nous construire au présent du verbe être
Dans la nuit multiplier les fenêtres
Et assumer le poids de la Beauté

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JUSQU'À EN DEVENIR SOLEILS

Vous ne le savez pas encore
Mais les anges ont envahi la cité
Non ces anges fadasses de vos images pieuses

Droits et tranchants comme des épées
Ils n'ont aucun égard pour vos compromissions
Ni pour vos lâchetés, vos mensonges sereins
Leur prière est élévation
Ils vous vont arracher au poids de vos cités
Vous lancer, dépouillés, dans l'espace des purs

Pureté ce n'est pas un mot
Pour eux, c'est l'exigence de leur identité
L'exigence de croître dans toutes les directions
Jusqu'à en devenir soleils

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DANS CE POÈME, UN BONUS …

Vous ne l'avez pas remarqué ?
L'homme se déminéralise
Rien qu'un biologiste amateur
Doté d'un microscope aphone
Puisse déceler du regard

Mais brume sournoise, anxyogène
Qui déstabilise les os
Colonne vertébrale qu'effilochent
Des couperets d'incertitude
Ou la langue de sel de la mer

Nos rêves, nos idées s'amollissent
Ce qui nous érigeait s'affaisse
La fatigue plus vite nous engouffre
- Impitoyable onirophage-
Nous semblons pourtant être entiers

-Beau mensonge des apparences-
Mais les particules nous désertent
Et nos verbes sonnent plus creux
Nous utopisons moins féroce
Notre flair nous met en alerte

Mais non … Rien … Et nous reprenons
Un quotidien dont le squelette
Perd à intervalles réguliers
Une vertèbre, un peu de moëlle
Ce que nous taisons nous effraie

Et nous naviguons en zigzags
De passéismes édulcorés
En futurs dévitalisés
Sans saisir qu'à chaque retour
Il manque un morceau du présent

Essayez, juste un peu, pour voir
De consolider vos assises
De refuser l'émiettement
De colmater les brèches d'âme
De marcher aussi droit qu'avant

On vous dira "trop radical"
On vous dira "trop utopiste"
On vous dira "tu prends la tête"
Lorsque vous cherchez simplement
À voir ce qu'il y a dedans

L'humain modulable, malléable
Et transformable à volonté
Est un projet de longue date
Mais est neuf, atrocement neuf
Le consentement des cobayes

La mode est à l'homme évidé
Tout rebelle est réactionnaire
Et le monde entier devient mode
Mais ce poème offre, en bonus
Une issue hors du labyrinthe

Cherchez, cherchez comme par jeu
Et alors clamez à tous ceux
Encore capables d'entendre

Que le désossement programmé
N'est pas une fatalité
Inscrite dans les gênes de l'homme !

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RECONSTITUER UNE SOURCE

L'amour et les sensations
Les vertiges et les mystères
En petits lots fragmentés
Que la mouvance éparpille

Travaux de funambulisme
D'horloger de l'incertain :
Reconstituer une étoile
Poussière après poussière

Puzzle et millions de cris
Prenant trop vite la forme
De slogans publicitaires
Brisant notre vigilance

Tant et tant que devenir
Et malgré tout demeurer
Vivant est lutte et combat
Où notre souffle s'épuise

Goutte d'eau par goutte d'eau
Reconstituer une source
À laquelle nous pourrions boire
Est un exténuant labeur

Mais ce n'est qu'à ce prix-là
Que nous resterons debout
Et droits dans les cataclysmes
Encore à peu près humains

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EN QUÊTE D'AUBES VIERGES

Nous avançons guidés par des soleils factices
Sous la pression d'incontrôlables utopies
En quête d'aubes vierges où s'écriraient nos vies

Vivre est un art où chacun de nous est novice
Dans le non-advenu, le flou, l'indéfini
Nous bâtissons un monde à l'envers de nos cris

Qu'en est-il de ces grands élans vers la lumière
Une étoile perdue au jeu du non-retour
Exister : une tâche complexe, impossible

Lorsque la gestion des chaos éphémères
Épuise toutes forces et que même l'Amour
En version Nitendo seul nous est accessible

À ne rien exiger nos désirs se flétrissent
Et nous nous débattons dans un néant sans fin
Allant jusqu'à prétendre que vivre c'est cela

Combien de temps encore avant que la vie puisse
Dans sa vérité nue se substituer au Rien ?
Avant d'élaborer l'au-dessus, l'au-delà ?

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AU CARREFOUR DES MIRACLES

Que connaît-il de l'eden
Celui qui jamais ne s'est
Confronté à ses enfers

Et ne s'y est pas dissous ?
Deux routes qui se rejoignent
Au carrefour des miracles …

Si la griffe du démon
N'a déformé nos visages
Et circonscrit nos royaumes

Si nous n'avons traversé
- Tentaculaire étendue-
Les jardins de soufre et d'ombre

L'aile de l'ange jamais
N'effleurera nos mystères
- Communion de la grâce-

Connaître l'illumination
Et l'étendue des possibles
Sans nous risquer dans l'obscur

La déchirure de l'être
En fragments éparpillés
Les trous noirs de la conscience

Tel est le tiède credo
Qui d'une chappe de plomb
Rend invivable l'époque

Où nos ailes meurtries traînent
Dans les acides promesses
D'un paradis formaté

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POUR QUE TA PEAU S'ALLUME À L'ORÉE DE MON CRI

Oui, je pourrais écrire des poèmes d'amour
Alignés à la chaîne, qui chanteraient ton nom
- Métaphores lyriques entre elles entrechoquées-
Mais ce que tu m'inspires, c'est le combat de vivre

Incendies d'actes dans les boursouflures du réel
Parceque mon JE SUIS inclut notre NOUS SOMMES ;
L'expansion de ma FAIM que venait entraver
L'obstacle des blessures et des renoncements

S'affûte de l'aujourd'hui renouvellé de toi
Et mes mâchoires d'ogre sont à l'aplomb du monde
Ma radicalité qui par moments t'éloigne
Sera ferment de nos proches accomplissements

Cercles incandescents des morts sans rédemption
Vitres pourpres, saignant des amours de colère
Tant de bourbiers, d'enfers, de marécages en moi
Que j'ai dû traverser pour qu'enfin tu surgisses

` Oui, j'ai subi et accompli l'impardonnable
Je me suis compromis dans des ombres factices
J'ai rampé dans des nuits à peine imaginables
-Remugles du passé dans aux géôles d'abîmes-

Pour que ta peau s'allume à l'orée de mon cri
Pour que mon rire enfin habite dans tes yeux
Pour que le tien en moi cingle ses étincelles
Pour ouvrir mon silence à ta réalité

Et je ne t'ai confié le plus obscur de moi
Que pour mieux te donner accès à cette part
Demeurée secrète et pure
Où nulle autre que toi ne s'est aventurée

3 janvier 2007

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RESPIRER LA COULEUR

Ma vie ne ressemble pas
À ces pièces bien rangées
- Objets utiles et précis
Aux fonctions déterminées

(chacun d'entre eux à sa place)-
Mais aux greniers entoilés
Par des araignées mutines,
Aux gouffres sombres des caves

L'ordre obéit à des règles
Réinventées chaque fois
Mais le chaos s'organise
Autour d'axes indéniables

Seule l'imagination
Parfois peut donner un rôle
Aux éléments composant
La fresque de l'inutile

Mais on peut trouver souvent
Dans le fouillis des mensonges
Indispensables ou futiles
Rutilant de tous leurs feux

Des vérités au cordeau
Et d'impensables trésors
Des talismans, des miracles
Encore en état de marche

Il faut s'armer de patience
- Rien ne s'y donne d'emblée-
Pour fouiller dans les instants
Jetés ici pêle mêle

Un œil qui s'y risquerait
Pour y trouver quelque chose
D'utile ou de fonctionnel
Verrait échouer sa quête

Les instants et les objets
Face à l'œil qui les salit
Se rétractent et disparaissent
- Iles réfugiées sous la mer-

Mais que des merveilles s'offrent
À qui y erre et musarde
Sans objectif et sans but
- Rien à prouver mais à vivre-

À respirer la couleur
Rêver hors de la durée
Sans direction sans rien d'autre
À réaliser que soi-même

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L'ÉBLOUISSANT FUTUR DES EDENS EN JACHÈRE

Ce qu'était l'homme avant est de peu d'importance
Ce qu'il est à présent ne compte pas non plus
Seul existe à mes yeux son être en devenir
Construction quotidienne de ce qui vient

L'éblouissant futur des edens en jachère
Ne jaillira pas du chapeau d'un magicien
Comme un lapin surpris, troublé par la lumière
Mais de cœurs et mains d'hommes et du poids de leurs actes

Entrer dans l'univers du partage et du don
C'est changer de visage au marché des rencontres
Jusqu'à ce qu'apparaisse au détour d'un miroir
La configuration de notre être intérieur

Cessons de marchander notre sécurité
Osons porter le sceau de nos métamorphoses
Pour que surgissent au cœur de la réalité
Les roses parallèles de l'éblouissement

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D'UN BOUT À L'AUTRE DE LA NUIT

Je te parle d'un bout de la nuit
Et toi tu me réponds de l'autre
Notre parole n'est pas nôtre
Elle a franchi le long couloir
De nos douleurs accumulées,
De nos souffrances et de nos cris

Tous les remous de la mémoire
Tentent chaque jour de noyer
L'essentiel qui palpite en nous
Nous cherchons notre identité
Parmi les masques grimaçants
Qui voudraient s'y superposer …
Quand serons nous enfin vivants

Délivrés du sourire malin
Des déchirures ancestrales
Qui dorment au creux de nos reins
Et nous détournent du vital ?

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RÉVOLUTION EN CHANTIER

Un œil d'aigle, une paire d'ailes
Un point de vue imprenable
Un cœur généreux, une tête
Pleine et droite dans l'épreuve

Un caractère bien trempé
Des mots armés jusqu'aux dents
Une oreille bien affûtée
Une dose de chaos

Une patience sans faille
Une rage corrosive
Une résistance aux vagues
Acérées de l'ironie

Peut-être -en dernier recours-
Des bâtons de dynamite
Car nous ignorons encore
Si l'explosion, l'implosion

Des discours préformatés
Suffira à la naissance
D'hommes pleinement déployés

Il nous faudra tout cela
Et bien d'autres choses encore…
Mais le combat se prépare
Et nous serons bientôt prêts !

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LE POIDS DE LA MATIÈRE

C'est à travers le poids de la matière
Que l'Esprit Saint dicte sa volonté
Saint est l'élan transcendant de la chair
Sainte la peau du bout des doigts touchée
Là est l'unique issue vers la lumière

Quelle moëlle peut se priver d'ossature ?
Quel sang de veines et de muscles et d'artères ?
Sans la pierre toutes nos architectures
Ne resteraient que vains songes austères
Comme vos discours sur le Pur et l'Impur !

Toute philosophie qui ne pourrait se vivre
Dans le cercle du monde par essence serait fausse
L'esprit n'est supérieur que s'il jaillit des livres
Pour prendre à bas le corps la sueur, la lymphe et l'os !
De la chair, il n'est nulle idée qui vous délibre

L'âme sans matériau qu'elle puisse travailler
N'est rien et notre viande qu'un fantôme insipide
Si un élan sacré ne vient pas l'élever
Au dessus des déserts avides, acides, arides,
Sans l'autre, l'un n'est rien, sans l'un tout vanité

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