insurrectionpoetique !

UN TEXTE INCISIF DE CATHY GARCIA

Intègre, entière, incisive, chaleureuse … les poèmes
de Cathy Garcia sont à l'image de la personne.
Ils donnent un grand coup de pied dans la fourmilière
d'une idée préconçue de la poésie.

Le verbe haut et l'allure fière, elle publie dans
Nouveaux Délits ses coups de cœur si souvent
pertinents. Cathy Garcia est, en outre, membre
d'Insurrection Poétique ! Ses deux blogs :

http://delitdepoesie.hautetfort.com/

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

JE N'IRAIS MÊME PAS CRACHER SUR VOS TOMBES

cracher
la blessure originelle
qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le cour sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid

était-ce le tien
ou bien celui du monde ? Cathy Garcia


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LE CHANT DES BARBARES

Moi, je suis de même nature
Que les tempêtes, les océans
Et que les grands drakkars cinglant
Ivres de sang et de conquêtes

Je suis l'incendie, la blessure,
Une bouche sans dents, vermeille
Qui immisce dans le sommeil
Son pourpre purulent, impur

Moi, je suis le chant des barbares,
L'incantation face à la nuit
Je suis la fureur et le cri
Et la douceur pour qui sait voir

Moi, je suis le briseur de murs
Qui métamorphose d'un mot
Vos rêves et vos idéaux
Brûlant vos promesses parjures

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TRANSMIGRATION

Le pire, ce ne sont pas ces plaies
Qui se rouvrent sous les vents acides de l'infortune
Et déroulent leur toiles aux quatre coins de moi

Le pire, ce n'est pas le repli
De mon âme vers des pièces de plus en plus étroites
Ni même le démembrement des idéaux

Le pire, c'est l'idée de ne plus
Pouvoir poser mes pas sur la terre des hommes
De dériver, perclus de fatigues et d'échecs

Avant que de me souvenir
De ce que je cherchais, de pourquoi je suis là
De l'atteindre peut-être, mais le connaître au moins

Malgré les risques et les périls
Savoir pourquoi j'ai transmigré dans ce chaos
Ne revenir vers moi qu'après m'être trouvé

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QUELQU'UN

Quelqu'un regarde à l'intérieur de moi
Quelqu'un qui demande à sortir
Et son œil tourne dans mes fièvres
Quelqu'un qui tente de débusquer mon âme

J'entends ses cris, flagellations subtiles
Mais ne puis m'ouvrir en entier
Ni le délivrer de ses chaînes
Sans que n'implosent mes ultimes limites

Je sais que seule son évasion pourrait
Me rendre vie et dignité
Mais cette périlleuse issue
Compromet jusqu'à mon identité

Ce que j'ai cru si longtemps être vrai
Ma représentation du monde
Se aresse de construire à nouveau

De tout raser, rebâtir pierre à pierre
Je sais qu'il le faudra pourtant
Mais je retarde cet instant
Celui de ma naissance ou de ma mort

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À MA FUTURE AMANTE

                        A MA FUTURE AMANTE

Avis aux "détectives poétiques" : ce poème, bien qu'il
puisse dans une certaine mesure, lui correspondre,
n'est pas dédié à mon bel amour, amour que je préfère
vivre à pleins poumons, à plein cœur, que décliner en
vers fussent-ils admirables (de lapin) … Ceux-ci lui
sont amplement antérieurs.

Je ne peux pas encore te donner de fortune,
Mais du sel, mais du poivre, des épices à foison
Pour relever le goût fade du quotidien !

L'ennui est à bannir si tu viens dans mes liens ;
Tu oublieras jusques au nom de ce poison
Qui laisse sur nos lèvres des soleils d'amertume

Tu es lasse à jamais des amours raisonnables ?
Viens donc faire un tour dans ma furie salvatrice,
Des océans naîtront à chacun de tes pas

Des miracles en désordre jailliront de nos bras
Et des fleurs pousseront dans notre nuit complice ;
Viens à bord des vaisseaux pirates impitoyables

Qui vont te transformer en galaxie vivante …
Vivante, ce mot seul suffirait à venir !
Vivante après tant d'heures confinée dans l'absence,
Dans le néant de vivre exilée, en instance
De ce grand flamboiement, ô ma future amante !

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ÉTRANGES OSSEMENTS






De nos amours il ne reste
Que d'étranges ossements
Mais ces encombrants squelettes
Nul acide ne les dissout

Je les jette dans la rivière
Honorablement lestés
Par une voie inconnue
Ils reviennent dès le matin

Je les brise et les dévore
Ils s'évadent de ma bouche
Reconstitués à l'identique
Dès lors il me faut reconstruire

Sur un terreau de meurtrissures
Tâche ingrate et aléatoire
Que l'échec si souvent couronne
Les ossements s'accumulent

Avec les désillusions
Et le cœur se met à battre
Un peu moins fort, un peu moins
Qu'entravent les amours mortes

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HORS DES SOMBRES LÉTHARGIES

Petit soleil intérieur qui dénoue
Les nœuds de violence et les maléfices
Et jette au fond des puits de la mémoires
La clé de ces cachots d'amours-suicides
Où trop longtemps le cœur fut enfermé

Je veux si fort que la lumière croisse
Je sens si fort qu'elle est au fond de nous
Et que cette tendresse se déploir
Et devienne l'axe des mondes à naître
Où nos mains se tendraient vers les étoiles

Mon cœur extrait des sombres léthargies
Joyau issu de sa gangue minérale
Bat de nouveau - je ne l'entendais plus-
Et son tic-tac rassurant me confond
Pour toi je dois réinventer l'amour

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EN CHAQUE MOT LA MÂCHOIRE D'UN PIÈGE ?






Je compris que l'amour ne servirait de rien
Dans le combat que j'avais à mener
Et que ma connaissance intime de la mort
La conscience de sa permanence en moi

Me serait un bagage inutile à porter
Et que j'ignorais tout de la nature
Du chaos qui me transmuterait dans ses flots
Et qui m'épiait depuis dejà des siècles

Ni qu'après lui plus rien ne resterait intact
Ni même sous sa forme originelle
De ce que j'avais cru connaître et reconnaître
Comme le tissu de la réalité

Et l'épreuve a jeté ses chausse-trappes en moi
À chaque mot, à chaque instant vivant
La mâchoire d'un piège inexorablement
Se ferme sur des silences anciens

Que tout suppure et que je me vide de moi
Des soubresauts de ma vieille existence !
Mais qui m'attend de l'autre côté du passage
Quel autre que j'ai feint ne pas connaître ?


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MA FIÈVRE

 
Ma fièvre, c'était de t'espérer,
Sans que jamais ton pas vint troubler le silence,
Sur la terre poignardée de mon incandescence,
Ma fièvre c'était te deviner !

Ma fièvre, c'était de te savoir
Sans que ton doux visage eût paru aux fenêtres,
C'était nourrir mes illusions de "peut-être"
Et de t'inscrire en ma mémoire !

Ma fièvre, c'était de t'écrire,
Corps d'oiseaux prisonniers des cages de ma tête,
Ces lettres impossibles qu'écrivent les poètes
Clos dans l'envie de les écrire !

Ma fièvre : pouvoir te rejoindre
Quand je sais que le flux de la marée t'emporte
Au loin et que les vagues refermeront ta porte
Quand à tes lèvres viendra la nouvelle aube poindre !

Ma fièvre, c'était de t'espérer,
Sans que jamais ton pas vint troubler le silence,
Sur la terre poignardée de mon incandescence,
Ma fièvre c'était te deviner ! (21 ans)



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LE GARDIEN DES SONGES



J'ai graissé la patte au Gardien des Songes
Qu'il ne dise pas le mal qui me ronge ,
Qu'il laisse entrer la cohorte des rêves
Jusques au plus intime de nos pièges

Abdiquer, nous renier, tel est notre fardeau,
Séparés sans la consolation des mots
Nous errons, solitaires, dans des cages de verre …
Derrière nous, hermétique, la porte des Mystères …

Ouvrez la, nous avons aussi droit à l'élan,
A l'infini dont le corps fini est tremplin
Nous avons aussi droit d'exprimer notre chant
Qui se consume en nous réprimé, pantelant

J'ai graissé la patte au Gardien des Songes
Qu'il ne dise pas le mal qui me ronge ,
Qu'il laisse entrer la cohorte des rêves
Jusques au plus intime de nos pièges

J'attends que le Gardien aie rempli son office
Tiendra-t-il sa parole ? Deviendra-t-il complice
De la vague en jachère des marées intérieures
Qui seule peut nous porter plus haut que la douleur ?

Je ne sais et j'attends, dans la nuit que constellent
Les étoiles irritées de nos peurs irréelles.
Ah ! Que cesse ce vide ! Ah ! Que cesse ce rien
Où emprisonnés nous attendons un destin

J'ai graissé la patte au Gardien des Songes
Qu'il ne dise pas le mal qui me ronge ,
Qu'il laisse entrer la cohorte des rêves
Jusques au plus intime de nos pièges

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UN TEXTE FONDAMENTAL DE MARC-HENRI LAMANDE

 
Marc-Henri Lamande bouleverse, tant par ses interprétations que par la  richesse inouie de ses textes. 
Qui l'a vu sur scène incarner, susurrer ou vociférer sa poésie en tumulte en gardeun souvenir marquant. 
C'est également un homme remarquable, qui par ailleurs vient de rejoindre l'aventure Insurrection Poétique ! Autant de raisons pour publier le premier de ses textes tunisiens, dont on trouvera l'intégralité sur le lien correspondant.
 
1

Je cherchais en vain la cause, le filon, la veine qui
empêche les peuples.
Ce beau pays à la chair d'oiseau, avec sa langue
roulante, accusait lui aussi
un empêchement au bonheur. Comme si être était trop.
Comme s'il y avait une justification meilleure et plus
viable à paraître en souffrance.
Malgré cela et, sans doute parce que j'y suis rôdé, je
trouvais tout merveilleux : oui c'était merveilleux
d'être encore en vie avec les couleurs de ce monde,
sous le vent rouge et sableux, d'une texture si fine
qu'il semble une main, une grande main douce avec des
doigts de fil, des articulations de coton fibreux
allant dans le pourpre ou le safran, une main suivie
de bras immenses et parfumés, des bras généreux
qui tendent une peau meilleure. Ainsi j'avais la
sensation précise que mon corps entier remontait dans
mes narines et que cette odeur qui était mienne se
transmutait par la marche et parvenait au point
exact du rêve de moi-même. Etait-ce cet ami fameux,
cet ami mort que j'avais quitté en venant à
cette vie ? Etait-ce une sorte de sublimation de sa
perpétuelle absence que les effluves remontaient
en chair jusque sous le vent ?

Et ces grandes montagnes cisaillées au couteau de
poche, prêtes à sombrer, ne portaient-elles pas sa
jeune barbe verte ? La couleur étale de la mer me
regardait enfin, mais pas un mot, pas un chant qui
eussent pu m'indiquer quelle route prendre. Toutes les
routes avaient été jetées comme mercure sur ce lit de
marbre, baves d'un escargot curieux et sommaire. Je
marchais sur la croûte du monde, sur un couvercle où
je sentais en profondeur des poches crevassées qui
avaient conservé jalousement le bonheur. Oui, ce
fameux bonheur que toute civilisation recherche. Mais
les civilisations en elles-mêmes n'existent pas, seul
existe l'homme et l'homme face à la peur se dédouble,
se triple. Sa culture est comme le serpent chinois,
ondulant de mille morts, riant par-devant, infini par
derrière, ne donnant aucun signe qu'inexorable
démission, production automatique de la parfaite
conscience, reflet de papier, enseignement par le vide
de l'ignorance. Voilà ce que je pensais devant la
route.

Sur la mer deux ou trois bateaux lourds transportant
quelque chose, des denrées utiles. Le monde des
humains n'est pas fatigué de faire la même chose.
L'essentielle occupation est donc l'humain, rien
d'autre. La pensée ne trouve pas de rebond, un jeune
écho, elle s'arrête là, dans les boutures et les
mangeons, gangrenée de gourmandises et de curiosités.
Cette pensée depuis longtemps aussi sèche que la terre
d'en haut.

Quand je regardais le sol, la qualité du sol, rien ne
présageait cela. Mais le sol était absolument
pacifique et avait tout le temps. Les hommes
commençaient à peine à en égratigner le voile. Terre
d'oignons bondissants, tu es débonnaire. Toi-même tu
es un oignon bondissant. Tous les actes et toutes les
pensées sont tes rides qui disparaîtront aux premiers
frémissements de ton dos. Un dos si rond que tu
brosses sans cesse.

Je voyais des hommes et des femmes et ils avaient leur
destin dans le dos. Même de face ils étaient de dos.
Ils s'éloignaient très vite, je ne voyais que leurs
dents dans la nuit rapide, n'entendais que leurs
ongles et le feulement courbe de leurs pensées. Alors
le marbre restait impavide et désert. C'est pour cela
que j'aimais la pierre. La pierre est une femme
porteuse d'hommes bredouilles. C'est aussi son charme
à l'homme, cette permanente défaite. Mais il n'y a
qu'une mère pour voir ça. La grande bonté fait que
toutes les mères sont borgnes. Elles ont gardé un oeil
à l'intérieur et l'autre acquiesce tout le temps.

C'est donc dans les environs de Tunis que je quittai
les routes et les travaux publics. Je savais que je
n'entendrais plus aucun chant, que je ne verrais plus
aucun feu, ne prendrais plus aucune décision qui ne me
brûleraient complètement.

Terre d'anges, pays de membres rougis à la chaux, ici
la nature a un goût intrinsèquement violent. La
douceur, c'est après, c'est dedans. Rien ne prête à
une consommation solitaire qui soit satisfaisante, il
faut être au moins nombreux.

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FORTERESSES IMPRENABLES





Les mots mêmes desquels nous paraphions nos odes
Les creusets de nos réalités utopiques
Sont devenus mots d'ordre, indécents chants de guerre
Des marchands d'oraisons. Vendre l'homme au rabais

En clamant Liberté, Vérité, Transcendance
Remettre "au format" le dépassement de soi
Et repeindre la cage aux couleurs de l'azur …
Il n'est jusqu'à nos rêves et nos rires qui ne soient

Modifiés et samplés en hymnes robotiques
Dont la substance, en salle des idéaux perdus -
Chambre froide des morts confits dans leur absence
Panoplies de révolutionnaires soldées-,

N'est plus qu'exosquelette évidé de sa moëlle …
Prenez nos vieux visages de pâte à modeler
Nos codes, nos images lyriques, nos sermons ;
Notre imagination en inventera d'autres !

Dans les forteresses imprenables de nos cerveaux
Se tapissent les bêtes farouches de nos exils
Éjaculant dans l'ombre la semence des mondes …
Un rêve dans l'agonie des falsifications

Sitôt mille surgissent dont vous ignorez tout
Nous renaîtrons ailleurs avec d'autres regards
Concepts immaculés, denses, incorrompus
Armée de flambeaux contre vos feux synthétiques

Les formes qu'alors prendront nos mélopées en marche
Déferleront, brisant écluses et verroux
Vous n'aurez pas vu d'où, vous ne saurez comment
Mais nous aurons déjà contaminé vos cœurs

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QUELQUES PETITS PROBLÈMES ...

Croyez-le, j'ai un faible pour les gens de votre
espèce, ces révolutionnaires confits de certitudes,
nappés d'un coulis de saine colère.
Mais … comment vous dire … Nous aussi, nous avons nos
petits problèmes …

Nous traversons actuellement une grave pénurie de
parenthèses et de points d'exclamation, ce qui rend
intrinsèquement toute rebellion un peu stable
impossible, ou du moins extrêmement complexe. Vous
comprendrez en l'occurrence qu'en de telles
circonstances, exiger une chose aussi incongrue que la
liberté de la presse se révélerait d'une grave
inconséquence.

En outre, sachez que notre président a subi une
mutation que nous sommes quelques uns à croire
irréversible. Son état présent se situe entre le
pitbull, la girafe, le perroquet à crête rouge,
l'alligator et la punaise des nbois. Et croyez bien,
monsieur, qu'il ne s'agit nullement d'une métaphore.
Vous avez ma parole, cela devrait suffire, toute
tentative de vérification pouvant s'avérer, comment
dire, dangereuse?

Vous n'êtes pas de plus sans savoir, bien que nous
eussions tenté d'étouffer le phénomène, qu'entre
certains de nos ministères ont éclaté des guérillas
armées. Après s'être combattus avec ferveur - ce qui
engendra de nombreuses victimes, essentiellement
comptées parmi les chargées de communication et les
sous-secrétaires- le Ministère de la Culture et celui
du Budget font désormais front commun contre le
ministère de l'Intérieur, qui lui même a contracté une
alliance contre-nature avec le Ministère de la
Jeunesse et des Sports et celui de la Désintégration
Programmée. À l'heure où je vous parle, ils
s'affrontent à coups de cocktails molotovs et de vieux
uzi rouillés, dans l'enceinte de l'Assemblée. Le
Sénat, n'est, quant à lui, plus qu'un petit tas de
cendres.

Me tuer, vous le savez, ne ferait qu'aggraver
davantage les choses.

Le révolutionnaire fit taire cet incorrigible bavard
de premier ministre d'une balle entre les deux yeux.
Quasi- simultanément, on entendit un bruit de chaînes
rompues. Avant qu'il eût loisir de mesurer la tournure
que prenaient les événements, il entendit un aboiement
un mètre au dessus de sa tête et, tandis qu'un bec
féroce venait crever ses tympans, des dents acérées
dévoraient ce qui jusqu'à cet instant lui avait servi
de tête.

S'attribuant mutuellement la responsabilité des faits,
le Ministère des Affaires Étrangères et celui des
Affaires sociales devinrent spontanément
d'irréductibles ennemis, alors que rien auparavant ne
le laissait présager. Les membres du premier cabinet
s'armèrent de pistolets flashballs et de sévères
matraques, égarées par quelque compagnie de policiers
en goguette. Ceux du second optèrent pour des
machettes, stock officieux non écoulé des précédents
génocides africains.

Aux dernières nouvelles, la guerre dure encore …







 


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DES NOUVELLES D'INSURRECTION POÉTIQUE !




Le mouvement Insurrection Poétique ! prend de
l'ampleur, puisqu'il accueille désormais en son sein
deux nouvelles personnalités d'envergure Marc-Henri
Lamande, poète-interprète bouleversant (voir dans les
liens et le texte ci-dessus) , dont les textes comme
les prestations ne laissent pas indifférent et Cathy
Garcia, poétesse percutante et directrice d'une revue
éminemment stimulante et riche en découvertes
textuelles hors-normes : Nouveaux Délits ( pout l'une
et l'autre, voir également les liens).


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MA VERTIGINEUSE, MON ARBRE-MÉMOIRE

Ma vertigineuse, ma fuligineuse, mon arbre-mémoire
T'attendre la nuit au bout des couloirs qu'en moi ton
chant creuse
Les songes en croissant débordent les fleuves qui
bordent l'espace
Et ton cœur-enfant m'entraîne en sa grâce, m'inonde et
m'abreuve

Rien n'existe plus hors ma chair à nu vêtue de tes
mains
Habit de lumière frangé d'incertain, de lèvres en crue
Que de siècles pour te sentir enfin proche et
consentante
Pour que s'égrène en moi ta valse lente, s'accordent
nos faims

Pour se que se dessine l'ombre de ton "oui" au fond de
tes yeux
Tout ce temps blotti, bien enfoui au creux de nos
incendies

 
 
  
________

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MÉMOIRE VIVE

 
Mon cœur a tant et tant de fois buggé
Lorsqu'introduits quasi par effraction
En lui des logiciels de contrebande
Ont dévasté tant de mémoire vive

Reste cette ironie à peine amère
Toujours teintée d'un zeste de tendresse
Cette distance, cette ligne de fuite
Lassitude émerveillée et ludique

Avec toujours cette envie souvent vaine
Belle illusion si chargée de possibles
Que fusse démenti le désespoir
Et qu'un espace de paix s'ouvre enfin

Bien sûr la fièvre est plus lente à gagner
Et la quête est moins chargée de mystères
Qu'importe s'il m'est permis de picorer
De ci de là quelques instants de grâce

Si par la porte entrebaillée même éphémère
S'offre à mon âme la vision de l'eden
Paradis que j'ai perdu mille fois
Et mille fois retrouvé, rebâti

 
 

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