insurrectionpoetique !

AFFREUX, SALE ET MÉCHANT ...

Surtout, n'allez pas croire que c'est la pauvreté

Qui m'aie rendu méchant

Bien avant ça déjà, j'étais un sale type

J'irai même jusqu'à dire une abomination

 

Avant d'être SDF, j'étais maître du Monde

J'ai signé de mon nom quelques beaux génocides

J'ai dû laisser tomber … c'était trop de boulot !

Des remords ? Et puis quoi ? Juste un peu de fatigue …

 

Je n'étais pas encore prêt pour le quotidien

- certes, la vie des médiocres m'a toujours faciné

Mais quand même … de là à en devenir un !-

Je me suis engagé comme calibreur d'étoiles

 

Proportions, équilibre, harmonie de l'ensemble

Il fallait raboter parfois de ci, de là

Mais c'était déjà moins d'responsabilités

Bien sûr, de temps à autre on jouait au poker

 

Le sort de telle ou telle planète secondaire

Ca fit un peu jaser et l'on me reprocha

D'avoir mis de côté dans l'anti-univers

Quelques copies conformes d'accortes galaxies

 

Bon, c'était interdit, mais le pouvoir ça grise

Ils m'ont viré, ces ânes ! Avec quelques copains

On eut l'idée de vendre des mondes parallèles

ça marchait plutôt bien. Les services de contrôle

 

Interdimensionnels ont jugé illégal

Notre petit business. Aussi, pour éviter

Toute réincarnation hâtive, je crus bon

De m'éclipser un peu, le temps que ça se tasse

 

Voilà, c'est mon histoire … Vous ne me croyez pas ?

Bien entendu, je bois … mais quel est le rapport ?

Impertinents ! Vous avez vraiment de la chance

Que je ne sois plus rien qu'un vieillard édenté ! 

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PAREILS AUX RATS, AUX CAFARDS ...

Pareils aux rats, aux cafards

Nous nous reproduisons à vitesse infinie

À peine avez-vous le temps

De tuer un poète que cent autres surgissent

 

Les cinq premières dizaines

Seront consensuels. Rien à craindre d'eux

Ils chanteront les oiseaux

Les fleurs, les paysages ou même la poésie

 

Les quarante suivants seront

Munis de pauvres rimes et d'images en lambeaux

Leurs puérils anônements

Ne sauront ébranler vos nobles piédestaux

 

Des dix qui demeureront

Un seul, peut-être deux marqueront de leur sceau

Ceux qui croiseront leur route

Votre supplice est que vous ignoriez lequel

 

Un mois ou peut-être un siècle

Succédant  à sa mort un révolutionnaire

Vous visera en plein cœur

Tirant à bout portant ses rimes et sa colère

 

S'il vous venait à l'esprit

De brûler sur la place publique tous les poètes

Une génération nouvelle

Aurait déjà surgi avant la première flamme

 

Qui sait quelque trouble-fête

Pourrait même exhumer les mots de vos victimes

Et leur pouvoir abrasif

Demeurer vif malgré le temps et la poussière

 

Je suis seul et cependant

Je vous dis que vous êtes cernés par mes mots

Votre pouvoir est limité

Le mien porte en germe toutes les cosmogonies ! 

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LE RIRE DU VOLEUR DE FOUDRE

Si longtemps j'ai craint que mon rire

N'entre en un coma prolongé

Dont plus rien ne saurait l'extraire

 

Le règne de la cruauté

Et de ses anguleux mystères

Nourrit nos stratégies du pire

 

Et lorsqu'aveuglé titubant

Muré à la beauté du monde

J'asphyxiais mes immensités

 

Je versais des larmes infécondes

Sur les espérances avortées

Et quittais la voie du vivant

 

Mes lèvres étaient papillons morts

Cloués sur les portes des granges

Muette la vive cascade

 

Et garroté s'effondrait l'ange

Dans la brèche des barricades

Qu'un vent de soumission dévore

 

Et aspiré par le vortex

Je présageais tendresse éteinte

Le déracinement du feu

 

Mais une aube d'amour non feinte

Traçant son cercle dans mes yeux

Ouvrait des litanies complexes

 

Mais un poème en brasero

Une joie arcenciellant l'ami

Une douceur à peine esquissée

 

Mais une poignante utopie

Enserrant mon cœur dévasté

Mais un silence qui tenait chaud

 

Secouait les draps amidonnés

Des fatigues et du désespoir

Éveillant prêt à en découdre

 

Mon rire de voleur de foudre

En saccades jaculatoires

Il explosait dans les nuées    

 

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MARCHÉS NOIRS

Officiellement non côtée en bourse
Elle est l'enjeu d'enchères illicites acharnées

Elle s'échange au marché noir

Entre maîtres du carcan

 

Parfois elle est l'objet de paris clandestins

- En combien de temps sera-t-elle

Assimilée, digérée

Exsangue d'aspérités ?-

 

Les plus nobles, les plus rebelles

-Splendides et rares spécimens-

Font croître la fièvre des nantis

Leur chute draine les convoitises

 

Dans les dictatures identifiées telles

On la prend, on la possède, on la brise

Comme les gueux en temps de guerre

Sans prendre de gants - sinon cloutés-

 

Mais dans les démocraties avancées

On la marchande à prix coûtant

La revend avec bénéfice

La dédommage d'un euro symbolique

 

Avec d'autant plus de désinvolture

Que leurs propriétaires souvent`

En ignorent la vraie valeur

Et la bradent à prix sacrifié

 

Vous l'appellerez dignité

Âme, conscience, peu m'importe

Il suffira de nous entendre

Sur ce que ce que cemot signifie :

 

Ce qui en nous refuse de plier, de ployer

De descendre plus bas que nous

Axe de la volonté et de la création

Du dépassement de soi

 

Hors des cadres marchands

Et des psycho-rigidités mystiques

Oui, c'est de cela dont je parle`

Cet élan non domestiqué

 

Refusez de vendre ! Tenez bon !

Ou ne vendez qu'une faible parcelle

Faites-le, je vous en supplie

Avant que l'humain ne disparaisse de l'homme ! 

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MA DERNIÈRE MÉMOIRE

Océan rugissant de fleurs écartelées
Où sommeille un diamant de pur élan de vivre
Je scrute le soleil de ton corps divorcé
Toute une éternité de confessions à suivre
Jusques au bout des nuits d'un mystère écorché

Je risque en me rivant aux courbes de ton cri
Ma dernière mémoire, porteuse d'avenir …
Qu'importe ! Rien n'existe hormis l'ocre incendie
De ton rire d'enfant qui enclôt mes désirs
Dans l'orbe de ta peau où se restreint ma nuit

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DÉSERTION DE LA TRANSPARENCE

À quel instant avons-nous
Déserté la transparence
Pour joindre l'opacité
Au puzzle de nos miroirs ?

Bifurqué jusqu'à masquer
La fluidité des pas
Des spectres de la mémoire
Dans un présent élastique ?

Nous étions-nous penchés
Trop bas pour boire à la source
Que nous demeurions cachés
En retrait de l'essentiel ?

En quelle terre ensemencer
Notre stratégie du manque ?
Ailleurs, des vaisseaux s'apprêtent
À l'odyssée intérieure

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LES PLEINS ET LES DÉLIÉS DE LA MÉLANCOLIE

Chuter dans la lumière ou chuter dans l'abîme
La chute et la douleur sont toujours associées
Et pour atteindre le noyau des paradis
Il nous faut traverser l'enfer et renoncer

Savoir si le chaos traversé est la phase
Terminale où nous a conduit la lassitude
Où le creuset dont nous jaillirons rénovés
Décapés des scories de nos douleurs anciennes

Et aptes peut-être à accéder au bonheur
Il est trop tôt ou trop tard pour le définir
En attendant nos cœurs dessinent lentement
Les pleins et les déliés de la mélancolie

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MA MÈRE

Ma mère
Tu m'appris à être vivant
Tantôt en t'écoutant, tantôt en te fuyant
Et de ton énergie en crue
Je me suis nourri et je me suis érodé

Sans obstacles ni discernement
Elle projette sur toutes choses son écume
Hisse ou noie, sculpte ou me brise
Et d'elle j'ai tiré la semence du verbe

Ma mère
Tu m'appris à être vivant
Mais comment pouvais-tu m'apprendre à être heureux
Quand le bonheur était chez toi
Une énergie discontinue, heurtée ?

Ma mère
Sais-tu si cette intensité
Est compatible - à quel degré de l'être ?-
Avec la Joie à laquelle
En dépit de, malgré cette force j'aspire ?

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LE TAMBOUR DU VENT

Écoutes le tambour du vent
Dans le corridor des étoiles
Comme un rêve qui met les voiles
Vers les plus loins pays du Temps

Écoutes le tambour du vent
Qui bat sur la terre endormie
Le chant des choses infinies
D'où pleuvent des gouttes de sang

Écoutes le tambour du vent
Qui pousse l'aigle vers les cîmes
Et descend plus bas que l'Abîme
Pour monter plus haut que le Temps (18 ans)

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PLEINEMENT DÉPLOYÉS DANS L'INSTANT

Ils croient vivre quand ils ne font
Qu'étaler leur médiocrité
Car vivre est un élan sacré
Vers la lumière qui ne se crée
Que de constantes vigilances ;
C'est le souffle de l'innocence
Sur l'âpre royauté du don

Vivre est quête dont l'exigence
Tranchante et droite comme l'épée
Des anges enfin dépouillés
Des puériles images fanées
Où leurs ailes ne peuvent s'ouvrir
Arme au combat du Devenir
Perpétuelle incandescence

Fûmes nous vivants aujourd'hui,
Pleinement déployés dans l'instant,
Faisant corps avec le vivant ?
Ou n'avons nous été qu'errants
Parmi les choses ballotés
Comme des instants déternité
Porteurs de fades et tièdes nuits ?

Gagner la flamme sèche et douce
Ou grondante comme un volcan
À nul moment n'être l'absent
Trouver l'essence, le sacrement
Etre en route vers l'absolu
Dans cette chambre, dans cette rue :
Partout, vivre est un sacerdoce

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DU SANG DANS NOS CARTABLES

Cracheur de feu, des lumières avortées
Où va le monde en sa robe de marbre
Quand le soleil est le poignard des arbres
Et lorsque l'ombre est un cri dévasté ?

Il n'y a rien ici à résilier
Les contrats avec l'ange sont caduques
Et nous aimons que la mort nous éduque
Quand elle revêt les habits du passé

Nous n'avons rien dans nos mots ni nos mains
Qui puisse être qualifié d'admirable
Et nous portons du sang dans nos cartables
Vers les fontaines jalonnant le chemin

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LE CANEVAS DES LETTRES MORTES

J'étais passé par ton miroir
Plein de la faim d'être vivant
Ton aiguille coud mon destin
À l'étoffe de la mémoire
Sous la toison d'or de l'instant

Ciboire où les mirages naissent
Ton chant offrait un archipel
Traversant l'eau de la caresse
Sous l'accomplissement du ciel

Debout, au centre de l'espace,
Le cœur blême et les bras tendus
Vers ta plus haute certitude
Tant d'infranchissables impasses
Formaient l'énigme de ta venue

Voici les mirages défaits
Creusant étangs de larmes noires
Dans l'oracle de ma solitude
Où s'ouvrent des déserts de craie
Couvrant les eaux de notre histoire

27 février 1985 (21 ANS)

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L'ADOUBEMENT DES VERTIGES

Tu es le raz de marée
Que je porte au creux de moi,
Cataclysme sidéral
Qui construit l'inconcevable

Mon issue vers la Beauté
Mon crochet au foie, ma rage,
Mon soleil écartelé,
Mon crachat d'étoiles fixes

La maladie, la colère
L'absolu du verbe Aimer
La ronce qui fait chuter
Les chevaliers fonctionnaires

L'adoubement des vertiges
Où nul ne va sans effroi,
L'extase qui crucifie
L'épouse fatale des ombres

La somptueuse évadée
De la prison de mes mots,
Rebelle à tous les miracles
Qu'on ne peut tout à fait dire

La magicienne impie ;
Tu es l'orage insoluble
Et la question qu'au scalpel
Me pose l'immensité

L'infranchissable tabou,
Le trésor invérifiable,
La légende sans dédain …
Et je m'use de t'atteindre

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MAIS LA TÉNÈBRE EST DÉSIRABLE ...

La douceur nous anesthésie
Et la douleur nous assomme
Et l'on voudrait bien faire un somme
Mais tout repos est tabou, interdit

Je n'ai trouvé ma vérité
Dans la joie ni dans la souffrance
Dans chacun de ces deux états
Seul un fragment du puzzle humain

Un aspect, une vue du monde
Un diaporama de l'éternité
Où manque le cliché décisif
Qui donnerait son sens aux autres

Et comme un funambule entre ces deux montagnes
Je danse sur le fil de la vie
Avec la crainte de chuter …
Mais la Ténèbre est désirable

Elle est là, comme une putain,
Avec ses charmes à bon marché
Elle nous vante son néant
Qui est à notre propre vide
Comme une améthyste aux galets

Nous jetons des dés dans l'espace
Pour conjurer ses maléfices
Mais la peur de perdre à ce jeu
De hasard qu'est notre existence

N'est jamais si puissante que la peur de gagner ;
Nos frustrations s'érigent en dogmes,
Nos impasses en propositions
Et nos limitations en lois

Dans ce corps, cet esprit entre souffrance et joie,
Nous cherchons l'équilibre et la porte d'entrée
Vers un monde plus vaste où la peur s'abolit
Mais dont il nous manque la clé

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COMPLAINTE DU JEUNE OCÉAN

Je ne suis qu'un jeune océan
Et personne ne m'a appris
A me servir de mon écume,
Me dissimuler dans la brume,
Lancer ma vague comme un cri,
Lancer ma vague comme un chant !

Les sables ne me connaissent pas
Et pourtant, en signe d'amour
Et de soumission, je leur donne
Des diamants de sel qu'à personne
Je n'ai montrés jusqu'à ce jour ;
Mais elles ne s'abandonnent pas

A mon fervent déchirement,
Me rejetant si violemment
Que mes marées font profil bas
Et se retirent plus loin, là bas ;
Les rochers mangés tendrement
De toutes leurs pierres me crient "va t'en !"

Je ne suis pas répertorié
Sur vos cartes géographiques ;
Je suis violente parenthèse,
Je suis à peine une hypothèse …
Ne cherchez pas dans vos lexiques,
Je n'y suis pas non plus noté !

Certains disent "tu n'es pas la mer,
Tu n'es qu'un être humain de plus"
Mais ceux qui me connaissent bien
Savent qu'au beau milieu de rien,
Je suis tempête, volcan, nimbus,
Épée de tranchante lumière !

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ENTRE L'ELLIPSE ET L'ÉLAN

Petite fille obscène qui m'a chauffé à blanc
Veux tu que j'entre en scène et qu'entre tes deux
flancs
J'appose le sceau humide de mes lèvres voraces
Que sur ton corps languide ma bouche se déplace

Que nous fussions quelque chose
Entre amis et amants
Sans fusion, sans mensonge
Dans le songe de l'instant

Que nous fussions quelque chose
Entre l'ellipse et l'élan
Entre l'ortie et la rose
L'obscur et le transcendant ?

Tu ne fais que tenter le rêve de mes mains
Et me réinventer pour te servir d'écrin
Entre lascivité et quête de pureté
Ne sais-tu que ta rédemption reste à créer ?

Et si j'étais ton épice
Aux frontières du sacré
Par delà les barbelés
De l'obscénité du vice ?

Planter en toi mon silence
Après avoir savouré
Ton étoile et ton essence
En arc-en-ciel mouillé

Petite fille obscène, j'ai envie de t'étreindre
Sais-tu, mon corps ne ment, car je ne sais pas feindre
Et toi, n'attises-tu mon désir que par jeu
Ou ton corps vibre-t-il à l'aune de tes yeux ?

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AU DIAPASON DE NOS GOUFFRES

Se contraindre à oublier
Ces images et ces silences
Qui firent ce que nous sommes

Ou se dissoudre à jamais
Dans le souvenir brûlant
Des miracles inachevés

Dépecés comme à l'étal
De nos sentiments humains
Tentant de vivrer encore

Au diapason de nos gouffres
De l'inassouvissement
Perpétuel et sans appel

De la beauté écorchée
Dont la nudité effraie,
Des cosmogonies intimes

Nous avons besoin du chant
Que l'on tente d'effacer
De nos mémoires ancestrales

Cet indescriptible chant
Dont une note suffit
À se définir vivant

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DÉESSE SOMBRE DES RUINES

Je ne puis imaginer
Que tu sois le point final
De cette si longue quête

Qu'il me faille si souvent
Me frayer dans ton enfer
Un chemin jusqu'à la grâce

Et de ne pouvoir t'aimer
Qu'en occultant tes saccages
Déesse sombre des ruines

Eden entre parenthèses
Les charnières de l'horreur
Fermant les portes du ciel

Amnésique du passé
Oubliant le futur proche
Ne prendre que le présent

Pourtant j'ignore pourquoi
De ta ténébreuse orbite
M'enfuir est si difficile

Ni pourquoi lorsque mon souffle
Et mon élan me conduisent
Vers des lumières plus clémentes

J'en suis sitôt arraché
Et me retrouve plongé
Dans ton bouillonnant magma

Je m'acharne à perdre en toi
Le peu de vie qu'il me reste
Le peu de foi en l'amour

Ce qui m'éloigne de toi ?
Tout et pourtant je reviens
Boire aux sources empoisonnées

À la lumière succède
Comme inéluctablement
Le supplice et la douleur

La suavité qui succède
Aux crucifixions est-elle
Indissociable d'elles ?

Je ne sais et j'ai si peur
De ne pouvoir être aimé
Que de toi qui me détruis

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LA PLUIE A IMITÉ NOTRE VISAGE

Laisser couler la pierre des regrets
Au plus profond des sourires factices
Laisser couler les enfances ratées
Les vies bancales et les miroirs défaits …

La pluie a imité notre visage
L'eau est toujours au centre à notre insu
Liquide, sans consistance réelle,
Mais nous expatriant de nos secrets

Que faire des paradis décalcifiés
Où nous avions cru bon construire nos âmes ?
Toujours au bord du silence sans jamais
Nous résoudre à y plonger tout à fait

Nos mains pétrissent et ne saisissent rien
Qu'icônes fluides, évanescentes
Qu'opposer au Rien quand nous n'avons plus
Le sens du Mystère pour nous préserver ?

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SOCIÉTÉ DE CONSUMATION

Lorsque le pouvoir dire et le pouvoir aimer
Lorsque le pouvoir être et le pouvoir donner
Le pouvoir rêver et le pouvoir devenir
S'effondrent ne demeure que le pouvoir d'achat

Mot terrible qui tait la liberté d'offrir
Qui sinue par des voies torves dans l'inconscient
"Vous aussi, vous pouvez humilier et soumettre
Connaître la puissance exercée sur autrui

Et pour cela abaissez-vous sans plus attendre
Car vous pourrez de même avilir et plier !"
Que de promesses dans ce petit mot décharné

Sec comme l'aboiement d'un boursicoteur en transes
Comme le fouet sur le dos d'un animal dompté …
"Moutons, vous deviendrez de féroces pitbulls !"

Et sinue le troupeau en écume compacte
Fasciné, se muant en putrides héros
Enfin dotés de super-pouvoirs financiers
Grâce auxquels ils s'en iront dépouiller leurs frères

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