TRISTAN CABRAL ! (2)
Poète vital et charnel, engagé dans tous les combats, Tristan Cabral est au slam ce que Léo Ferré est à Pascal Obispo. J'eus la chance de le rencontrer, de l'inviter. Le plaisir inoui de le compter parmi les membres de Insurrection Poétique ! et celui, non moins puissant, de le présenter sous peu à la Médiathèque d'Antibes (voir plus haut). Voici deux textes, extraits du "Passeur de silence" (La Découverte) qui résonnent en moi comme une myriade de coups de tonnerre :
LE SOMNAMBULE
je garde sous la peau mon costume de mort
avec à l'intérieur le long poignard de l'aube
j'entre dans un bal triste sous des lampes fanées
et je laisse sur l'eau des blessures insensées
je suis à bout de peau je fais métier d'absence
je descends dans le corps des oiseaux somnambules
j'éteins les ombres blanches sur le miroir des morts
et les couleurs ne tiennent plus sur les visages
je vous des chambres pâles dans une maison de vagues
je regarde un enfant qui ne sait rien de moi
et j'attends pour tomber qu'il m'appelle par mon nom
aux seuils des portes je vois des bracelets d'oiseaux
je vois dans les bûchers des émeutes de miroirs
et le même visage à toutes les fenêtres
DANS LA NUIT SURVIVANTE
j'apprends très lentement à vivre à ciel ouvert
j'enterre la face humaine sous des gangrènes d'or
et j'ai abandonné des tessons de soleil
dans la chair oubliée des hommes inutiles
dans la nuit survivante les hommes sont contagieux
il y a des fusils plus lourds que les épaules
j'ai vu tomber la neige grise des phalènes
et le corps maternel excisé sous les arbres
mais quand l'écorce enfin aura pitié de l'arbre
quand les oiseaux aveugles chanteront malgré tout
les vagues arriveront jusqu'aux maisons ardentes
alors nous irons seuls dans nos vêtements de pierre
nues sous leur peau les femmes allumeront l'aurore
et j'irai parmi vous comme un crime qui revient
Tristan Cabral
Par PASCAL PERROT insurrectionpoetique, Vendredi 12 Octobre 2007 à 15:09 GMT+2 dans HOMMAGE AUX VIVANTS ! (article, RSS)





