insurrectionpoetique !

ESPACES ARCHANGÉLIQUES

Si chaque être humain sur terre

Donnait démesurément

L'amour dont il est capable

Aux êtres qui lui sont chers

 

Sans jamais revendiquer

Vouloir sauver la planète

Et accessoirement l'Homme

Naitraient dans nos chaos suaves

 

Des espaces archangéliques

Préservés de la morsure

Infâmante du déni

Dans l'ample respiration

 

Des arc-en-ciels reconquis

Des paradis en gésine

Des enfances féfondées

Dans les champs de la parole`

 

Nous  construirions le vertige

De nos danses prophétiques

Des libertés en mouvance

Des bonheurs en expansion

 

Mais ceux qui jusqu'à présent

S"étaient prétendus nos maîtres

Guidaient nos pensées, nos pas

Presqu'insoupçonnablement

 

Nous déclareront la guerre

Et voudront scinder nos cris

Nous inventer de nouvelles

Tentantes culpabilités

 

Et certains s'y vautreront

Avides d'être dominés

Par de fausses transcendances…

Nous les perdrons en chemin

 

Mais il suffit qu'il demeure

Suffisament d'entre nous

Debout et ne pliant pas

Pour que le pouvoir recule

 

Et pour endiguer le flot

Des grands manipulateurs

Prétendant sauver le monde

Mais insultant ces miroirs

 

Où ne peut se refléter

Que celui, que celle-là

Qui se bat pour conserver

La vérité d'un visage

 

Fidélité au vivant

Sans jamais sacraliser

Cette force qui nous pousse

Vers le partage et le don 

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UNE ONDE PAISIBLE ET DOUCE

Une onde paisible et douce
Parcourant mon ossature
S'incurvant au creux des muscles
Une voix d'outre-miroir

Ne pas chercher à comprendre
Le serpent de la chaleur
Sinuant dans mon épiderme
Juste te regarder être

Tu es là, cela suffit
Donne moi encore une fois
Les joyaux étincellants
De ton rire et de tes yeux

Somptueux trésors que j'amasse
Dans mon âme à double fond
Lorsque le froid me terrasse
J'en visite les merveilles

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LES MAINS DU CIEL

Les mains du Ciel au centre du foyer
En leurs doigts gourds le tisonnier du Temps
Remue en moi le feu qui te ressemble

Je te regarde par delà mon passé
Et je te vois par delà ton présent
Sur les prés de mes lèvres, la lune tremble

C'est le cheval de ton âme fougueuse
Cascade de sabots et de crinière
Sur mon sang nu, en quête d'absolu

Et ton symbole en mes pierres poreuses
Inscrit la foudre d'où naîtra la lumière
Je te regarde aux croisées des venues

                         29 novembre 1984 (21 ans)

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LES CORPS NOYÉS DES RENDEZ-VOUS MANQUÉS

Tout ce ragoût de vieilles impasses
Et d'amourettes surannées
Qui vous remontent à la surface …
Sonne le glas des condamnés
Quand le silence aux âmes lasses
Est la seule réponse accordée

Tous ces désirs enfouis, masqués,
Ces rêves pour lesquels nos larmes
Ont dans un autrefois coulé
Ravivent le venin de leurs charmes
Et nos cœurs désarticulés
Agitent en vain leurs alarmes

Les corps noyés des rendez vous
Manqués, rencontres inachevées
Une pierre d'ombre à leur cou
Ressurgissent, en rêve, du passé
Quand de telles laves nous secouent
Que l'âme est puzzle éparpillé

La lassitude nous dévie
Des géométries imparables
De l'amour, ce hérault impie
Qui crie dans nos chairs périssables …
Fermez les rideaux de la nuit,

Éteignez lampes et mystères
Le courage m'a délaissé
Tant d'obscur, si peu de lumière
Dans l'équation de la beauté
Déchiré par trop d'éphémère
Je ne cherche plus que la paix

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NOTRE DAME DES ÉCORCHURES

Notre Dame des Écorchures
Ne nous envoyez plus vos anges !
Nous n'apprenons plus des blessures
Leurs leçons nous trouvent étanches

Nos oreilles ont trop entendu
Nos yeux trop vu, nos cœurs battu
Pour de démoniaques manèges
Qui ont tourné nos âmes en neige

Notre Dame des Écorchures
Nos genoux s'écorchent aux parvis
De vos églises et à vos murs
Nos lamentations sont sans fruits

Et vos musiques nous épuisent,
Orgues maladifs et pompeux
Annonciateurs d'apocalypse
Laissez nous respirer un peu !

Notre Dame des Écorchures
Nous sommes accablés de vos dons,
Las de porter leur poids d'ordure ;
Nous nous annihilons, rampons

Nos cicatrices ont trop saigné
Cessez donc de nourrir nos peurs
Nous sommes tellement fatigués
De l'offrande de vos douleurs

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SI TU HABITAIS UNE AUTRE PLANÈTE...

Si tu habitais une autre planète    
J'émigrerais sans hésiter
Sans jamais regretter la Terre

Si pour une étreinte de toi
Des prisons surgissaient du sol
Et m'enfermaient à tout jamais

Leurs barreaux acides et glacés
Ne me feraient pas renier
L'éclat de la félicité

Si tu étais désincarnée
Et qu'il faille pour te rejoindre
Soulever les murs de la mort

J'affronterais, hanté de toi,
La camarde et ses serviteurs
Pour habiter dans ton royaume

Mon souffle te ressusciterait
Et la bannière écarlate de mon sang
Battrait sous la peau de tes rêves

Tu es venue, je ne t'attendais pas
Mais vois, le feu est déjà prêt
Pour réchauffer tes solitudes

Tu peux te nourrir de mon corps
Car je veux que tout en moi
Puisse te procurer joie et paix

Tu inverses les courants
Efface les défaites
Et m'éveille triomphant

Mais je n'ai pas assez de mots
Pour tisser l'ombre de ton chant
Au centre de mon épiderme

Tu me brusques et bouleverses en moi
Jusqu'à l'ordre de mes cellules
Tu es venue et étends dans l'espace
De ma vie ton inouie liberté
Et je renais de t'avoir rencontrée

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HOMME, CATHÉDRALE INACHEVÉE

Homme, cathédrale inachevée
Dont les vitraux sont obscurcis
Par le goudron de la raison

Astreignant notre identité
À demeurer dans la prison
De ses rêves inaccomplis

L'hymne à l'être, aux orgues du cœur
N'est que trop rarement joué
Le désir est fresque pâlie

Grandit l'arbre de nos erreurs
Qui pousse ses branches dans la nuit
Mais dont nul fruit de liberté

Ne pourra jamais être issu
Sève stérile qui coule dans
Ce que nous appellons réel

Le fil d'Ariane est si ténu
Qui nous relie à l'éternel
De la lumière de notre chant …

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SPECTRES SANS ILLUSIONS

Combien de mots devrons-nous d'ici
La fin des mensonges rayer
De notre vocabulaire ?

Combien d'étoiles devrons-nous d'ici
La fin de nos mandats sur terre
De notre ciel effacer ?

Chaque jour rognant sur nos ambitions
Cette dégradante érosion
De l'amplitude première

Nous a mués en spectres sans illusions
En quête d'une rédemption
Exilés de la lumière

Nous ne sommes plus dignes des reflets
Qui cascadent dans nos miroirs
De tenir nos rêves à bout

De bras et d'âme, à peine, et le regret
De ce que nous avions pu croire
Avant que la vie ne dénoue

En nous ses serpents aux anneaux voraces
Les efforts de notre mémoire
Pour que le goût du bonheur

Reviennent à nos lèvres où les destins s'enlacent
Usent le fil de notre histoire
Et fragmentent notre cœur

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OUVRIR LA PORTE

Silhouettes ambigues dont on ignore encore
Si elles apportent la vie ou la mort
Pour le saisir, il faut risquer son âme
Sans savoir si ce geste la sauve ou la damne

Il faut ouvrir la porte sans savoir qui ou quoi
Surgira derrière le rideau de chair
Que le non-advenu nous élève ou nous broie
D'un pur élan franchissons la frontière

Et parfois vient la tentation de s'asseoir
Rêve perdu dans une chambre noire
Et de vider de soi l'ardente lassitude
Un tissu de larmes et de solitude

Mais toujours chercher plus loin jusqu'à quand
Croire résoudre le néant
Par l'amour insensé d'une vie dans laquelle
Nous ne sommes que traces sans séquelles

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AU DELÀ DE L'ANIMAL

L'animal est toujours plus ou moins satisfait
Mais le divin en nous réclame nourriture
Affamé, s'épuisant dans de mièvres miracles
Ce moi qui ne peut pas abdiquer tout à fait

Avide d'absolu et de dépassement
S'acharnant à ourdir un impossible règne
Où la Beauté n'est plus demeure secondaire
Où chaque instant de vie est riche de présence

S'abstraire en la cellule d'une illusion dernière
Que le scalpel viendra déchirer tôt ou tard
Aurai-je encore le temps de déchiffrer ces signes
Que j'ai si mal compris et qui m'ont égaré ?

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PHILÉMON LE GUYADER

Philémon Le Guyader : une tête de gamin facétieux, et des yeux profonds, qui voient loin. Un poète nomade errant au fil des routes dans un camion aménagé. Mais surtout un poète vrai, qui brasse à travers ses textes les aléas de notre quotidien pour mieux nous cueillir au détour d'une phrase, d'une métaphore acérée comme une lame de rasoir. Rencontré dans un festival, cet être humain peu ordinaire a rejoint l'aventure Insurrection Poétique, à laquelle je compte bien, en cet an de grâce 2008, donner toute son ampleur.

 

 

-- Hackney down --
 
             je revois les rues
             monotones
             de Londres
             et la jalousie
             de ton homme
             mon ami
             Les péniches sont étroites
             à Camden
             et les tissus odorants
             je les piétine
             et le sourire humide
             de ton cul
             Aux quartiers des noirs
             Nous sommes
             allés
             chercher tes béquilles
             une fois trouvées
             il a fallu
             s'asseoir
             et
             subir
             ce chauffage d'un temps ancien
                       Tout se ressemble
                       Là-bas
                       dans cette
                       ville
                       de Londres
              comme les rats
              sous la terre
              en plein jour
              comme ce plafond
              qui recouvre les rues
              où je marche
              Hackney down
              pavés sombres
              et pourtant
 
 
                                     P L G
      
            
                -- 17 heures 27-28 --
 
 
                    Nous
                    stop
                    silence
                    profond
                    regard
                    la brune
                    belle
                    longues jambes
                    belles
                    comme sa fumée
                    ses mains
                    de la ville
                    son dos
                    fin
                    ses cheveux
                    fins
                    stop
                    profond
                    silence
                    regards
                    elle nous quitte 
 
 
                                          P L G
 
 
 
                     -- Miltown Malbay --
 
 
                          il pleut la mer
 
 
                                           P L G
 
 
 
 
                         -- Novembre --
 
                      le tramway a ses ailes
                      du dimanche
 
 
                                            P L G
 
 
 
 

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QU'IMPORTE !

Qu'importent les ecchymoses

Et les échos douloureux

De planètes égarées

 

Puisqu'aux écorces du vivant

Nous avons mêlé nos sèves

Dans la terre semé nos fruits

 

Puisque nous avons grandi

Mué nos points de départ en

Flèches érigées, verticales

 

Portant souffle de fournaise

D'où naîtront des univers

Et la puissance absolue

 

Du rire détissant l'ordre

Figé de nos quotidiens

Puisque certains de nos mots

 

Portèrent en germe des mondes

Qu'importe que nous ignorions

Le moment de leurs naissances

 

Puisque la fatigue n'a su

Ruiner toutes nos moissons

Qu'importe que nos émotions

 

Ne soient pas sorties indemnes

Des tourbillons fréquentés

Puisque ce qu'il en demeure

 

A acquis en densité

Résiste immodérément

À la pression des oracles 

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LES FONDATIONS DE NOS CRIS

Puisque le cœur bat encore
Il est possible qu'il serve
Et que l'essor appartienne
Encore à l'ordre des choix

Mais la nuit aux dents de marbre
Qui ronge grignote érode
Les fondations de nos cris …
Accélérer ! Mais vers où ?

Découvrir un point focal
Vers lequel drainer nos gestes
Nos paroles de misère
Avant que nous soyions pris

Dans les mailles du néant
Dédales jonchés de lames
Le tranchant des amours mortes
À l'imparable agonie

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SEMIS D'ÉTOILES

Si rares sont les semis d'étoiles
Si vite poussent les blés de la nuit
Si difficile la plongée
Dans les gouffres de la lumière

Que nous ne pénétrons qu'avec
Circonspection dans nos rêves
Tant nous redoutons qu'ils ne soient
Enspiralés à la douleur

Et lorsques en vains moulinets
Nous dilapidons nos élans
Il ne demeure que l'attente
Dans l'usante immobilité

Plus rien qui soulève la vague
Le vent s'est éteint et la chair
Des miracles s'est desséchée
Du bout des lèvres nous tentons

De formuler un nom dont nous
Avons oublié les syllabes
Langue imprononçable des hoies
Que nous étions proches d'atteindre

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MA VIOLENTE FÉMINITÉ

Qu'y puis-je si mon avenir
A forme de tes lèvres closes,
Si, criblée de jardins, s'effondre
L'image d'une autre que toi ?

Si nulle n'a pu franchir ce cap
Où ta houle saline dresse
Un écran d'ondes magnétiques ?
Si ton silence me contient ?

Qu'y puis-je si loin des cités
Où ton rire impose sa loi
Je me sens faible et fatigué
Et si les courbes de ton corps

Définissent les frontières
De l'univers en son entier ?
Qu'y puis-je si je suis vaincu
Ma violente féminité ?

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