insurrectionpoetique !

INÉBRANLABLES CLARTÉS


J’ai suivi la trajectoire
De pluies noires sur ton visage
Qui eussent dissous plus d’une
Mais rien, à peine une trace …

En toi la féconde force
D’une vie inaliénable    
D’un appétit de lumière
A converti en photons

Illuminant le cloaque
Des plus poisseux marécages
D’inébranlables clartés
Où les cœurs sombrent et s’enlisent

À cet instant mon  amour
De toi qui électrisait
Mon cœur, ma raison, mon âme
Coula, coula dans mon sang

Mes atomes sa puissance
Je n’éprouvais plus d’amour
Car devenu l’Amour même
Identifié à mon être
J’étais chacune de ses vagues

J’investis à tout jamais
La tendresse irréversible
De ton corps, de ton regard
Enracinés dans ma chair

                                                     12 avril 2008

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TROIS POÈMES INÉDITS D'ANDRÉ-LOUIS ALIAMET

Par absence de diffusion conséquente, la poésie actuelle est totalement méconnue de ceux-là même qui seraient en mesure de l'apprécier. Par delà les maitres avérés (encore ceux-ci ne sont-ils le plus souvent connus que des assidus de poésie), loin des champions de la poésie de laboratoire, à mille lieues cependant du vers mirlitonesque, on  nous dissimule des merveilles. Pour découvrir ces petits maîtres de la langue, il faut fouiner, fouiller, écumer les librairies et, il faut le dire, faire un sérieux tri. André-Louis Aliamet est un poète d'importance. La preuve en trois courts poèmes inédits.

 

 

L'heure trop brève pour mûrir jamais,

forêt obscure sous d'obscures floraisons, 

entre deux miroirs multiplie nos vices,

les reçoit comme de fraîches cicatrices,

 

quand un collier de larmes pour Salomé,

donné pour leurre à ses anges-démons,

change en spectre un sourire sans âge

sous les arabesques d'un nouveau langage,

 

la dentelle de sa danse virant sur place

comme une aile creuse tout l'espace.

                                                           .                           .

                                                                         .

 

Lieux d'être et de non-être, lieux

où tout se brise se berce, déliée des nuages

lieux où nos rêves vont s'usant

frôlant l'herbe dans sa magie de lucioles :

 

sans s'essouffler un jour rapide étend ses ailes,

mon corps s'y déploie, leur vol me dirige,

chaque fenêtre s'ouvre aux limites de l'air.

 

                                                       .                      .

                                                                  .

 

Ville pleine d'oiseaux, sinueuse

sur ses pentes, draps qu'on étend

comme un fleuve déplie ses voiles,

films à l'affiche, bazars, réclames,

corps placardés sous l'œil des néons,

 

combien de matricules

inscrits sous vos traits ?

Sommes-nous chaîne de visages

entre deux murs adverses, propageant

des cris le long des façades ?

 

Inclinée vers l'ouest

la ville ferme ses volets.

Les lampes sont soufflées, au dos

des miroirs on rafraîchit ses ombres :

 

leurs reflets sont nos spectres 

                                                     

 

 

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LE SCEAU D'ANCIENNES SOUMISSIONS

Parvenir essouflés, le ventre vide

Dans un espace espéré libre

Quoique pressenti dangereux

 

Avoir désossé les grillages

Et semé derrière soi des souvenirs poisseux

Se savoir hors des contraintes connues

Décisionnaire de son propre destin

 

Et ne pas parvenir à s'en réjouir

Porter imprimé dans le cœur

Le sceau d'anciennes soumissions

 

Loin des suavités carcérales

C'est hors du cercle des manipulés chroniques

Que nous réalisons la pesanteur

Des libertés dont nous avions rêvé

 

Quand chaque choix nous arrache des larmes

De souffrance et de solitude

Tout grain semé nous écartèle

 

Tout pas, point d'interrogation

Sur le sol où le pied posera son assise

Mondes en jachère, terra incognita

Dont il nous faut inventer les contours

 

Et loin des servitudes volontaires

Juste le cœur et les entrailles

Comme outils de navigation

 

Nous savons alors à quel point

Nos prisons intérieures étaient cocons douillets

Mais par entêtement et dignité

Nous ne retournerons pas en arrière

 

La vie prend plus d'ampleur et d'âpreté

Tout devient instable, incertain

Dès lors qu'affranchis du joug

 

Nous nous hissons hors de la cage 

La liberté est sacerdoce et sacrifice

Profession de foi et non jeu d'enfant

J'ignore si elle est à portée de tous 

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SPECTATEURS DE NOS PROPRES REBELLIONS

Les ennemis désignés par avance

Miroirs aux alouettes et chausse-trappes

Épouvantails qui piègent la raison

Désapprenant à lire entre les mots

 

Vois les oiseaux qui bruyamment s'égayent

Tourbillon qui nous masque les racines

Du Mal que nous sommes sensés combattre

L'homme qui se tait est davantage à craindre

 

Que celui qui sous la brume des mots

Cache les ombres qui font danser la sienne

Dans les replis amers des certitudes

L'harlequin capte nos révoltes tandis

 

Que le démon dans notre dos manœuvre

Froid et précis sème ses maléfices

Spectateurs de nos propres rebellions

Nous ne sentons plus sa présence en nous 

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PERSISTANT EN FILIGRANE





Nos alibis pour nous justifier de vivre
Sont si minces, oh oui, si minces
La cloison qui sépare notre souffle du givre
Est si mince, oh oui, si mince

Et le glas des douleurs en nous souvent résonne
Amours mortes et confetti
J'attends cet instant où le réveil enfin sonne
Me délivre de la nuit

Ni drame ni élan rien qu'un gruau malsain
Et qui colmate nos rêves
Ce manque d'épaisseur, intensité du rien
Sans que notre cœur s'élève

Faim, oui faim, pulsion de vie encore, malgré
Persistant en filigrane
Perpétuellement inassouvie, contrée
Asphyxiée par l'inane

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LE VRAI VISAGE DE L'ENNEMI

L'acidulé, le doucereux

Aux cataclysmes nuancés

Et aux névralgies subreptices

Sapent bien plus nos fondations

 

Par leur lent travail d'érosion

Que les grands combats inutiles

Et par imperceptibles accrocs

Déchirent l'étoffe de nos rêves

 

Mais nous ne souhaitons affronter

Que des titans mythologiques

Dignes de nos fièvres guerrières

À tel point que nous déguisons

 

Des nains de jardin en géants

Pour satisfaire nos exigences

Que nous ne percevons jamais

Le vrai visage de l'Ennemi

 

Nous sommes encore à croire

Que le pouvoir et qui en porte

Et le masque et les attributs

Constituent l'unique péril

 

Quand le véritable danger

Réside dans la multitude

Qu'attire et fascine le pouvoir

Ses représentations foutraques

 

Qui hisse sur des piédestals

De pauvres pantins solitaires

Qui sans ces bras tentaculaires

Qui le portent ne seraient rien

 

Et à peine avons-nous le temps

De voir et d'atteindre l'Ennemi

Qu'il a déjà notre visage

Glissement du sens et des signes 

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LE CIEL À PLEINES LÈVRES

Un morceau de ténèbres est fiché dans mes reins

Comme une écharde noire, une balle perdue

Je ressens sa présence même au cœur du bonheur

Il me laisse cependant jouir d'une paix relative

 

Mais à l'heure des grands cyclones émotionnels

Quand la honte et le doute et l'ordure s'interposent

Entre mes désirs, mes faims et mon âme instable

Elle remue, comme l'aiguille de l'horloge des morts

 

Elle joue des moindres failles de mon sang, de mes songes

Bascule dans mes veines tout le poids des absences

Et de ce bain de nuit, ni brisé ni intact

Je ressors chaque fois en éveil, en combat

 

Quand une part décline, telle autre se renforce

Un autre moi nait de ce chaos de viscères

Étreint à bras le corps de ferventes utopies

Et porte les miroirs au point d'incandescence

 

Je ne suis dupe ni du bleu  ni de l'obscur

Ni des forces de vie, ni des pulsions de mort

Et dans leurs flux contraires puise une identité

Comme des poupées russes elles s'interpénètrent

 

Un morceau de ténèbres est fiché dans mes reins

Mais j'aspire le ciel toujours à pleines lèvres

Après avoir séjourné dans les souterrains

J'esquisse un avenir dans les plis du silence 

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LE DRAPEAU NOIR TATOUÉ SUR NOS PEAUX

La crécelle des mots tourne sous vos visages

Et de leurs dissonances arbitraires je nais

Encore tout encombré de glaire et de crachat

D'une main malhabile j'empaume les étoiles

 

La joliesse, le cocon des phrases confortables

Qui laissent inchangé ce tourbillon d'entrailles

Qui, plus que la pensée aseptique, tient lieu

De conscience supérieure à nos corps fatigués

 

Laissons cela à la télé-réalité

Ces pop-corns, ces paillettes, ces sordides parades

Souillent le drapeau noir tatoué sur nos peaux

Poésies viscérales qui tirent à bout portant

 

Des mots où s'articulent des pulsions utopiques …

Et puisque la chanson prétend être poème

Pourquoi hésitons-nous à nous dire musiciens  ?

Nous inventons les sons écorchés du futur 

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ART POÉTIQUE

Ajouter un peu de vie à la vie
Et donner la lumière qu'on a reçu du monde
Lumière chaude et caressante

A travers laquelle l'être se féconde
Ou cette flamme sombre et glaçante
Qui harcèle en nos cœurs les soleils sans répit

Dire la plaie et dire l'ouverture,
Semer l’ordre dans les remugles du chaos
Et le désordre dans nos rigidités

Tisser le souffle à l’envers de nos mots
Et de la confusion tirer
D'ardentes mélodies. Haut vivier de blessures

Quand l’ange en armes descend dans nos esprits
Donner la chance à nos solitudes opprimées
D'être signes de transcendance …

Voilà pourquoi jeter sur le papier
Nos larmes, nos sources, nos silences
Pour que l’angle du jour et la courbe des nuits
Tracent la géométrie de salubres indécences     

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ENTRE L'ÊTRE ET LE NON-ÊTRE

Entre l'être et le non-être, nous oublions de choisir ;
Nous disons que "c'est la vie", quand nous expérimentons
Précisément son contraire

Etre, combat de chaque instant dans la jungle de nos peurs,
Qui nous laissera dans l'âme quelques plaies, peu de répit,
Mais l'ivresse d'être libre

Non-être, refus de l'agir, du geste, de la parole ;
Demeurer au bord du monde, assis en lisière des choses …
Surtout, ne rien regretter

Et nous voici dans le flou, sans oser nous prononcer ;
Devenir ou s'absenter du grand vacarme du monde
Dans la fadeur de nos jours

Tantôt nous allons vers l'être
Mais bifurquons en chemin,
Par angoisse de nous même dans toutes ses dimensions,
Et le non-être nous rattrappe

Celui ci n'est pas choisi, la crainte l'enrobe de glace
Et le non choix nous dissout

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TOUT EST JEU

Ne perds jamais de vue que tout est jeu
Et que t'en affliger serait un nouveau jeu
Auquel nul n'est certain de perdre ou de gagner

Le non-agir est aussi une action
Qui peut te projeter dans les ténèbres
Aussi choisis le jeu qui appartient

Au moment, car tu sais que quelque conséquence
Qu'il pût en advenir sur l'échiquier cosmique,
Ce n'est jamais qu'un rire qui perce la matière

Même la mort est un jeu ; regarde comme elle joue
Au chat, à la souris, parmi tes labyrinthes,
Te défiant de venir un jour à sa rencontre …

Est-ce le Bien ? Le Mal ? Magnifique ou sordide ?
C'est à toi d'en juger, car les mots même mentent ;
Ils sont un jeu de plus aux règles aléatoires

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LA MÉMOIRE OCÉANE

La mémoire océane
Déverse sa rumeur dans mon corps fatigué,
Titubant, affamé d'étoiles déjà mortes
Emportées par l'écume

Aucune blessure n'est exempte de sel ;
Mains déchirées, lambeaux de peau
Traînant, queues de comètes, voiles de mariée
Sur le sable des défaites, répétant leurs reflux

Et pourtant, continuant à marcher
Encore, toujours, n'y croyant plus
Mais guidé par l'écho d'une voix très lointaine
Au fonds de mon silence, dont déjà je ne sais

Si elle vit ou habite des cités dévastées
Il y a si longtemps que la mémoire en vain
Chercherait à atteindre ce temps

Je vais, cherchant l'amour, comme on quête l'eau d'un puits
Parce que même le néant en moi est desséché
Et qu'en eût-on perdu l'espérance de boire,
Il n'y a rien d'autre à faire qu'aller à sa rencontre
Je vais
                  
 

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LES LABYRINTHES ENCHANTÉS DU SILENCE

Les oiseaux de la pluie tambourinent aux vitres
Tu es là, dans la nuit, les ailes repliées
Je ne peux pas dormir ; mes rêves font trop de bruit
J'écoute battre ton cœur contre le mien lové
En cascade, en torrent et le mystère invite
D'étranges épousailles à tes lèvres de fruit

J'observe les entrelacs de ton sang dans tes veines,
Les chevaux galopants de tes rêves étrangers
J'observe ta mémoire tournée sur elle même

J'accomplis mon chemin sous ta peau enlacée
A ce néant fertile où germe mon poème
Pierre de la maison obscure de ton règne
Ton obscure innocence dans le cours des histoires
Glisse la suavité dangereuse d'aimer

Je n'ai pas peur, je suis debout face à ta vague
J'observe tes vaisseaux dans la nuit dériver
Aux mains de ton sommeil glissant comme une bague
Mon émerveillement, je te regarde boire

A ces sources inconnues aux hasards des couloirs
Des labyrinthes hantés, enchantés du silence ;
Dis, que regardes tu, si proche et si lointaine ?
Ta peau, comme un sourire, veille sur ma présence,
Je regarde le courant des songes qui t'entraîne

Et ton corps nimbé d'une lumière de mémoire         

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