insurrectionpoetique !

LA CHASSE AUX POÈTES

Y'en a même des qui croient qu'on est des braconniers

Y parait qu'on tuerait des espèces interdites …

Hé, dites donc les  baltringues, on est pas des bleubites

On connaît l'règlement, y faudrait vous calmer !

 

Faudrait voir à cesser de nous prendre pour des cons

Bon, bien sûr, je dis pas que quelquefois, peut-être …

Hier, on est allés à la chasse aux poètes

Faut pas croire, ça giboie, et en toutes saisons

 

Ceux qui volent à douze pieds, c'est pas d'la petite bière

C'est du gibier, mon gars, qu'on prend plaisir à voir

Les ailes déployées pour cinq minutes de gloire

Entre nous, on les surnomme "les beaux de l'air"

 

Y'a aussi les visqueux, les gluants, qui se traînent

Leur seule nourriture : des vers de mirliton

Autant tirer dans une bass"cour sur les dindons

C'est pas des vrais chasseurs ceusses-là qui dégainent

 

Et puis les tous osseux … Gaffe, c'est les plus vifs !

Ca fait bien d'en avoir à son tableau de chasse

T'en a un en trophée, tout de suite ça te classe

Certains, apprivoisés, chantent des hiéroglyphes

 

Pas à dire, on maintient un putain d'équilibre

Sinon y'en aurait trop à hanter les sous-bois

On fait ça pour le sport, on ne les mange pas

Leur chair est triste hélas et j'ai lu tous leurs livres ! 

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UN TRUC VRAIMENT DÉGUEULASSE !

Plus que le rap et que le rock'n'roll

Tant inhumée, exhumée, inhumée

Que la resurrection est devenue 

Quasiment une seconde nature

 

Les fossoyeurs lui font un prix de gros

Et les actes de décès se succèdent

S'archivant en pyramides, en cubes,

En sphères, en cylindres, en dodécaèdres

 

À peine fêtez-vous ses funérailles

Éjouis de voir descendre dans la terre

Son corps délictueux, marqué d'infâmie

Que l'apôtre des lignes droites exècre

 

Qu'elle se tient déjà dans votre dos

Pose à l'envers de votre cœur battant

Sa main d'une terrifiante douceur

Fait circuler sa sève dans les sangs

 

Sa tête, pareille à celle des lombrics

Ou de l'hydre monstrueuse des mythes

Repoussera si vous la tranchez net

Un tel refus de mourir déconcerte

 

Aussi sa tombe n'est-elle jamais fleurie

- Sinon par de fort pédants histrions-

À quoi bon vraiment quand elle revivra demain

Commémorer celle qu'elle fut hier ?

 

Comme la mauvaise herbe, elle repousse

Sur le terrain le moins approprié

Le moins propice à son élévation

Et ça trifouille dans le fond des consciences

 

ça se permet d'insulter les nantis

ça prépare les révolutions futures

Et ça pollue l'esprit de nos enfants …

La poésie, c'est vraiment dégueulasse ! 

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ANTIFASCISTES D'OPÉRETTE

Il est possible -confortable imposture !-
De s'autoproclamer anti-fasciste
Stigmatiser d'un infâmant "nazi !"
Le moindre petit pantin d'opérette

On peut aller beaucoup plus loin encore :
Vociférer contre l'Inquisition
S'opposer farouchement aux Croisades
Actes aussi vains et non moins ridicules

Les derniers anti-fascistes authentiques
Sont pour une bonne part grabataires
Les ultimes nazis vivants incontinents
Hantent nos cauchemars en temps de paix

Affirmons-le nettement : aucun des
Démocrates aux pulsions liberticides
Qui sollicitent nos cœurs et nos voix
Ne possède cette rigueur dans l'immonde

Et l'excès dans l'injure répercutée
Par l'écho médiatique les justifie
Nos fantasmes projetés font accroire
Que leur péril est, comme eux, obsolète

Et pourtant tous les indices nous disent
Que les nazis ont remporté la guerre
En imposant l'idée abominable
Que l'homme était une valeur marchande

Professée à un stade artisanal
L'idée semblait à la plupart odieuse
Elle nous est devenue pain quotidien
Intégrée à nos rouages mentaux

Nul n'ose encore la porter au degré
D'absolu dans l'horreur de l'hitlérisme
Mais tout cela n'est qu'une question de temps
Des chercheurs œuvrent sur les mots, les concepts

Grâce auxquels nous les tolérerions sans
Démangeaisons de conscience excessives
Mais êtes-vous naïfs au point de croire
Que l'ogre pédophile et les réseaux

Du même nom soient de souche identique ?
Entre le fou solitaire dévasté
Par une vaine et incessante lutte
Contre l'incube qui pourrit ses entrailles

Et celui-là qui froidement marchande
La vie et l'équilibre d'un enfant
N'y voit qu'objet d'échanges monétaires
Vous ne concevez pas la différence ?

Entre le monstre isolé et traqué
Et des notables terrassés par l'ennui
Pour qui n'a que la valeur de son prix
L'être qu'il prend et souille et avilit

En seule quête d'émotions interdites
Vous ne percevez pas la différence ?
Ce n'est qu'un premier signe -il en est d'autres-
L'idée dans le capital est en germe

Fascistes et nazis sont grabataires
Mais le poison de leurs idées demeure
Je suis anti-fasciste secondaire
Anti-nazi, anti inqusition

Anti-colonialiste, pourtant je ne
Répéterai pas ces mots à l'envi
Une seule et unique fois me suffit
Sur ces terreaux d'idéaux purulents

D'autres arborescences résolument
Nouvelles et inédites se sont
Greffées et les sociétés ont changé
Se refuser de les dire non se taire

Combattre les processus infernaux
En usant de mots surgis du passé
C'est garantir à jamais leur croissance
Se vautrant dans de poisseuses amnésies

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CONFÉRENCE DES DERNIERS GARDIENS DU BON GOÛT

La poésie doit être raffinée, délicate
Ne doit s'attarder que sur les choses jolies
Les processus honteux de nos chairs misérables
Glaire, sang, excréments, doivent en être exclus

La poésie ne doit pas parler d'aujourd'hui
Ni luttes, ni massacres, ni propos dérangeants
Par essence, elle vise à l'intemporalité
Les vociférations, les revendications

Seraient d'inconséquentes provocations verbales
Inouies incontinences agressives et caduques
Doit-elle néanmoins respecter la métrique ?
C'est la grande question. Il nous faut en débattre

La colère, la tristesse, nous les censurerons
La politique ? Allons, quel poète oserait
` Troubler la digestion de ses contemporains
Par des propos oiseux sur le chaos du monde ?

Bien sûr, nous demeurons sincèrement surpris
Que nous, derniers apôtres de la vraie poésie
Nos livres s'empoussièrent dans les bibliothèques
Certains affirment même qu'ils sentent le formol

Que seules des momies dopées à la naphtaline
Peuvent en apprécier toutes les subtilités
Que la beauté du monde se partage dans l'acte
Non à travers des mots mielleux et surannés

Mais les gens sont méchants, vous savez ce que c'est
La télé développe un goût pour la violence
Et le succès n'est pas gage de qualité …
Si on allait tous trois se vider un godet ?

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LE POÈTE EST UNE PUTAIN

Le poète est une putain
Qui ne sait monnayer ses charmes ;
Il a de la joie et des larmes
A revendre, mais il ne vend rien …

- Dis, c'est combien ta camelote ?
-Fais moi rêver, ça suffira,
Un peu d'amour et tu sauras
Mes alexandrins, mes litotes

- Non, mais regardez moi ce drôle !
Du rêve, moi j'ai pas ça en poche,
Je travaille pas de la caboche …
D'abord, où c'est qu'elle est ta piaule ?

- Est c'que tu fais des trucs cochons
Du genre, sécurité, confort,
Jouer à être le plus fort …
Enfin, ce genre de perversions ?

- Je te porte plus loin que la vie,
Je te propose l'aventure
Au soleil des littératures,
Tu ne connaîtras plus l'ennui …

- Et ma petite vie ordinaire,
Mes habitudes, mes p'tites idées ?
Tu crois qu'j'vais tout abandonner
Pour un vagabond de misère ?

Parfois, le poète a si froid
Au grenier glacé de sa tête
Qu'il solde ses vers au kilomètre,
Dix poèmes pour le prix de trois,

Ou les donne ; personne n'en veut !
Qui voudrait changer la tiédeur
Molle de sa vie, grise, sans couleur,
Contre une étoile et un ciel bleu ?

Qui voudrait d'une vie plus grande,
D'une fête de tous les instants,
Plus que du calme lénifiant ?
Et pourtant, il faut qu'il attende,

Le poète sur le trottoir,
Malgré l'hiver de la conscience,
La solitude et l'indécence
Du rêve, de l'âme et de l'espoir

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