insurrectionpoetique !

UNE ÉTOILE DANSE

Une étoile danse au bout de nos rêves ;
Tant de route à faire pour qu'elle s'élève
A ce ciel qu'est le plus haut de nous !

Détours de la plaie et des déchirures,
Horizons fermés comme des morsures,
Tant de route à faire, et rien au bout !

Rien que cette étoile éclairant la nuit,
Rien que la beauté rejaillie du puits,
Rien que ce soleil au bout de nos cœurs,

Cette plénitude qui nous envahit,
La pure lumière qui perce nos cris,
Comme une étincelle au fond des douleurs !

                        12 mai 1986   (22 ans)

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CONTE DE FÉES À REBOURS

Il y a longtemps déjà
Mais pour moi, c'est encore l'aujourd'hui, l'immédiat ;
Le grelot de tes pas
Egrené dans le vent et l'oiseau de tes bras
Qui couronne le toit

Je ne sais plus déjà
Si cette vie ressemble à un conte de fée
Ou un crochet au foie
Je ne sais plus mentir - mais savais-je cela
Avant de trouver ?-

Je suis prêt à partir
A déserter les choses où n'est pas ta hauteur ;
La douleur du désir
Et l'ivresse absolue de ne pas revenir
Rouvre les portes de mon cœur !

Mais non ! Les gants du froid
Continuent à frapper au hasard de mon corps
Il était autrefois …
Et comme je voudrais que ce "longtemps déjà"
Soit aujourd'hui encore !
                   (23 ans)

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LES MAINS DU CIEL

Les mains du Ciel au centre du foyer
En leurs doigts gourds le tisonnier du Temps
Remue en moi le feu qui te ressemble

Je te regarde par delà mon passé
Et je te vois par delà ton présent
Sur les prés de mes lèvres, la lune tremble

C'est le cheval de ton âme fougueuse
Cascade de sabots et de crinière
Sur mon sang nu, en quête d'absolu

Et ton symbole en mes pierres poreuses
Inscrit la foudre d'où naîtra la lumière
Je te regarde aux croisées des venues

                         29 novembre 1984 (21 ans)

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LE TAMBOUR DU VENT

Écoutes le tambour du vent
Dans le corridor des étoiles
Comme un rêve qui met les voiles
Vers les plus loins pays du Temps

Écoutes le tambour du vent
Qui bat sur la terre endormie
Le chant des choses infinies
D'où pleuvent des gouttes de sang

Écoutes le tambour du vent
Qui pousse l'aigle vers les cîmes
Et descend plus bas que l'Abîme
Pour monter plus haut que le Temps (18 ans)

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LE CANEVAS DES LETTRES MORTES

J'étais passé par ton miroir
Plein de la faim d'être vivant
Ton aiguille coud mon destin
À l'étoffe de la mémoire
Sous la toison d'or de l'instant

Ciboire où les mirages naissent
Ton chant offrait un archipel
Traversant l'eau de la caresse
Sous l'accomplissement du ciel

Debout, au centre de l'espace,
Le cœur blême et les bras tendus
Vers ta plus haute certitude
Tant d'infranchissables impasses
Formaient l'énigme de ta venue

Voici les mirages défaits
Creusant étangs de larmes noires
Dans l'oracle de ma solitude
Où s'ouvrent des déserts de craie
Couvrant les eaux de notre histoire

27 février 1985 (21 ANS)

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MA FIÈVRE

 
Ma fièvre, c'était de t'espérer,
Sans que jamais ton pas vint troubler le silence,
Sur la terre poignardée de mon incandescence,
Ma fièvre c'était te deviner !

Ma fièvre, c'était de te savoir
Sans que ton doux visage eût paru aux fenêtres,
C'était nourrir mes illusions de "peut-être"
Et de t'inscrire en ma mémoire !

Ma fièvre, c'était de t'écrire,
Corps d'oiseaux prisonniers des cages de ma tête,
Ces lettres impossibles qu'écrivent les poètes
Clos dans l'envie de les écrire !

Ma fièvre : pouvoir te rejoindre
Quand je sais que le flux de la marée t'emporte
Au loin et que les vagues refermeront ta porte
Quand à tes lèvres viendra la nouvelle aube poindre !

Ma fièvre, c'était de t'espérer,
Sans que jamais ton pas vint troubler le silence,
Sur la terre poignardée de mon incandescence,
Ma fièvre c'était te deviner ! (21 ans)



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L'ENVERS DES MIROIRS

Je n'ai jamais aimé que l'envers des miroirs,
Les routes abandonnées et les chemins perdus ;
Aussi, du plus lointain que souffle la mémoire ,
J'avais conçu l'amour comme un grand fleuve en crue
Plus vaste que les soulèvements de l'Histoire …

Il viendrait du plus loin de la nature humaine ,
Un monstre fabuleux, un céleste animal ;
Elle le portait sur l'aile des semaines …
Elle serait licorne, sphynge, griffon, narval,
Ce flamboiement brisant la mesure et la chaîne

Quelle femme ouvrirait cette révélation ?
Qui pourrait porter ce tumulte en son miroir ?
Etre l'équilibriste au fil de ma passion
Et m'amener plus loin aux rives du regard
Par la simple puissance issue de son prénom ?

Et moi, homme de chair en son manteau d'abîme
Que pourrais je donner à la femme-incendie,
Réinventant la clé, le mystère et la cîme ?
A chaque instant vécu dans son ciel infini
Comme multiplié en ma saison intime ?

Je n'ai jamais aimé que l'envers des miroirs,
Les routes abandonnées et les chemins perdus ;
Aussi, du plus lointain que souffle la mémoire ,
J'avais conçu l'amour comme un grand fleuve en crue
Plus vaste que les soulèvements de l'Histoire …
(22 ans)

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L'ÉVADÉE

Belle évadée des chants de prisonniers
Quand dans la nuit on les a fusillés ;
Toi qui buvais nos âmes à pleine étoile,
Toi qui riais dans la lumière des choses,
Toi qui criais dans la noirceur des choses,
Toi qui pleurais de peur qu'on te dévoile !

As tu dormi parmi les souterrains ?
As tu livré tes aveux au bourreau
Depuis ce jour où, entrant dans mon rêve,
Tu fis renaître l'arbre de ses copeaux ?

Tu m'as tendu et le cœur et la main
Pour aller voir si le soleil se lève
Dans d'autres âmes et dans d'autres destins ;

Moi, j'avais peur de trop te reconnaître,
Tu criais si profond cette révolte
Et mon cœur nu, blessé et fatigué …
Je n'avais plus confiance en la récolte
Du beau semé, et j'hésitais à naître
En la si vaste et prompte liberté !

Alors tu es partie dans les visages,
Tu as rejoint les chants des prisonniers
Que dans la nuit on avait fusillés,
Et moi, depuis, je porte plus que mon âge !

28 septembre 1987 (24 ans)

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UNE CHAMBRE, UN DÉSIR

Une chambre et toi, immense dans l'espace
Délivrant de la roche escarpée de la nuit
L'acte d'ensevelir la poésie des hommes …

Oui, ton corps ondulant est l'exil que je nomme
Et l'île que je souffre de n'atteindre. La vie
Qui me fuit, il n'y a que des mots dans leur glace

Une chambre nouvelle où mon ardeur s'embrase
Le triangle où convergent les lignes d'un œil divin
Ouvrant sa paupière sarcastique et désirée

Ah qu'à telle roche d'ombre sous tes hanches essaimée
S'eût aimer mesurer la chair-anguille afin
De deviner le ciel de tes seins à ta face
16 mars 1985 (22 ans)

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ENGAGEZ-VOUS …

On était quelques uns peinards
Dans un coin de l'éternité
À rien faire de particulier
Lorsque du fin fond d'un trou noir

Vint l'ange du service propagande
Nous tirant d'une nuit profonde
L'avait des tracts à distribuer
Où il nous était dit "naissez !

Vous connaîtrez des expériences
- Et la tendresse ? - C'est en option
Moi j'ai payé l'option tendresse
Et j'ai toujours rien vu venir

Forcément j'ai été tenté
J'ai pris un aller sans retour
L'ange s'est barré avec l'amour
Mes illusions, et tout mon blé

On était quelques érotomanes
À un bar, près du paradis
Quand soudain Jo - c'est le barman-
A dit "Tenez vous mes petits

J'vous ai préparé un cocktail
Vous allez m'en dire des nouvelles
Amour, haine et mélancolie
Bien secouer dans le shaker
Y ajouter un peu de cœur …"
- Et comment ça s'appelle ? La Vie !

- Super, j'ai dit, sers m'en donc un
D'autres aussi ont pris la commande
Mais y'a des fois où j'me demande
Prisonnier d'un corps de gamin
Si j'ai bien fait d'm'en jeter un

Un clochard m'a dit dans l'métro
- Ca t'dirait un ticket gratuit ?
- Donne toujours, que j'lui ai dit
Y m'l'a tendu comme un cadeau

Et me voilà à Névrose Park Je connais par cœur le grand huit,
La barbapapa, les baraques
Foraines zet toute la clique

Par cœur les sucettes au cyanure
De l'amour, les déclarations
De désir, de guerre, de passion
Qu'on a pour trois sous de blessures

Eh l'ange ! Eh joe ! Eh le clochard …
Parfois quand je tourne pas rond
J'invente toutes ces histoires
Et dans la forme et dans le fond

Mais y'a p't'être du vrai là dedans
Alors venez me rechercher
Ou mettez peu plus là d'dans
De tendresse et de vérité

Qui n'en a jamais fait autant
Peut me jeter la première pierre …

19 juillet 1988 (25 ans)

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LES HORDES INSOUMISES

Hordes insoumises qu'en vos tours de salpêtre
A fait flamber l'allumette du cri
Guettez l'animal blanc de ma folie
Qui bondit par dessus le pont des êtres

Hordes de vent, ô peuples d'abandons,
Ma citadelle, poing dressé de l'image,
Quel océan dans l'ombre de la page
Tourne son ancre et manie sa passion

Hordes de cimers dans le monde endormi
Arbres inversés, ô hommes de brûlure
Que les insectes jaillissent des murs
Des murs brisés et que je les supplie

De dévorer la cité de mon cœur
En se parant d'un faîte féminin
Et que je trouve dans le poids d'une main
Le reflet consacré d'une hauteur

23 avril 1985 (22 ans)

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ARTHUR RIMBAUD

Arhur Rimbaud rencontre le Petit Prince
Dans un hall de gare, à St Pétersbourg
Il a derrière l'oreille un cheval écorché
Il a au bout des doigts une petite fille
Qui jette des oiseaux par la fenêtre ouverte

Alors, le Petit Prince rallume son cœur éteint
Comme un vieux réverbère, et tous deux ils s'en vont
Boire de liquides étoiles aux bars de la Folie
Alors surgit l'Amour, qu'il avait attendu

Qui le prend par la main et l'emmène en son cœur
Venu du plus lointain de ce kiosque à musique
Où la mort décida de Verlaine et du reste
Alors, le Petit Prince emmène son mouton paître
Dans les vastes prairies de son âme orpheline

Et va rechercher un à un
Tous les Arthur Rimbaud qui traînent dans les astres
En robe d'amertume, dans le fracas du sang

Et si d'autres vous disent
Qu'Arthur Rimbaud mourut dans le port de Marseille
Que le Petit Prince n'est pas veilleur de nos rêves
Que les armes vendues en terres africaines
Effacent la lumière que recherchait Rimbaud

Surtout n'en croyez rien !
Ce sont là des pièges d'adultes
Qui ont empoisonné les fables
Comme on empoisonnait les source
Pour empêcher l'âme de vivre
29 août 1987 (24 ans)

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