insurrectionpoetique !

J'AI SI FAIM D'UNE ISSUE ...

L'accès à la vie vraie ? Douloureux, impossible
Tant d'heures et de semaines, de mois hors du vivant
Qui connaît de cela la racine profonde
Je voudrais simplement qu'il me dise pourquoi

Qu'il ne craigne de me surprendre ou me blesser
J'ai si faim d'une issue à l'eau des simulacres
Où est la vie ? Un mort m'indique le chemin

Culs de sac, fausses pistes, paresses misérables
Cerné par le non-être, les non-actes, le rien
Informe pâte grise modelée à l'envi
Et que faute de mieux nous appelons la vie

Tant d'heures et tant de jours, tant de mois passés
sans
À vomir de manger aux gamelles du vide
À crier de jamais n'en être rassassié

Si le vivant, dit-on, se paie d'un prix de chair
Qu'on fixe le tarif, je paie rubis sur l'ongle
Tout plutôt que ce tiède ramassis de ténèbres
Et son fade remugle de tendresses écorchées !

La mort attend ? Déjà ? Qu'elle patiente à la porte !
Je voudrais juste n'avoir pas tant marché pour rien
Je ne veux que la vie libre, pleine et vibrante
Connaître sa saveur avant que de partir

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SI LOIN DU TRAIN PERDU ...

Si les wagons des trains de nos affects
Ne mènent nulle part et tournent sur eux mêmes
Et si la nourriture y est infecte
N'est-ce donc qu'en raison des noirceurs que l'on sème


Dont la moisson étouffe nos désirs ?
Erreurs, angoisses dont nos miroirs sont fertiles
Mais par le soupirail des avenirs
Nous regardons d'ardents paysages nubiles

Qu'ils s'éloignent et se vident nos mémoires
Du contenu d'espoir et d'élans en jachère
Sans pardon, on se bat dans les couloirs
Rage de n'avoir pas reconnu la lumière

Haine de soi et combat et combat
Contre l'autre, reflet cinglant, intolérable
De nous être égarés, amour en croix
Si loin du train perdu puissamment désirable

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LES PLEINS ET LES DÉLIÉS DE LA MÉLANCOLIE

Chuter dans la lumière ou chuter dans l'abîme
La chute et la douleur sont toujours associées
Et pour atteindre le noyau des paradis
Il nous faut traverser l'enfer et renoncer

Savoir si le chaos traversé est la phase
Terminale où nous a conduit la lassitude
Où le creuset dont nous jaillirons rénovés
Décapés des scories de nos douleurs anciennes

Et aptes peut-être à accéder au bonheur
Il est trop tôt ou trop tard pour le définir
En attendant nos cœurs dessinent lentement
Les pleins et les déliés de la mélancolie

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DU SANG DANS NOS CARTABLES

Cracheur de feu, des lumières avortées
Où va le monde en sa robe de marbre
Quand le soleil est le poignard des arbres
Et lorsque l'ombre est un cri dévasté ?

Il n'y a rien ici à résilier
Les contrats avec l'ange sont caduques
Et nous aimons que la mort nous éduque
Quand elle revêt les habits du passé

Nous n'avons rien dans nos mots ni nos mains
Qui puisse être qualifié d'admirable
Et nous portons du sang dans nos cartables
Vers les fontaines jalonnant le chemin

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LA PLUIE A IMITÉ NOTRE VISAGE

Laisser couler la pierre des regrets
Au plus profond des sourires factices
Laisser couler les enfances ratées
Les vies bancales et les miroirs défaits …

La pluie a imité notre visage
L'eau est toujours au centre à notre insu
Liquide, sans consistance réelle,
Mais nous expatriant de nos secrets

Que faire des paradis décalcifiés
Où nous avions cru bon construire nos âmes ?
Toujours au bord du silence sans jamais
Nous résoudre à y plonger tout à fait

Nos mains pétrissent et ne saisissent rien
Qu'icônes fluides, évanescentes
Qu'opposer au Rien quand nous n'avons plus
Le sens du Mystère pour nous préserver ?

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RESSUSCITÉS POUR UNE FOIS ENCORE ?

L'image délavée d'un idéal
Qui autrefois nous paraissait si proche
Et l'éclat acéré de nos amours suicide
Avec le peu qui reste nous luttons

Mais faim toujours et jamais rassassiée !
Mais faim qui nous étiole et nous consumme
Jusqu'au vertige, jusqu'à la sombre chute
Maigres reliefs pour tenir dans la lutte

Quels alimiments pour l'esprit lacéré
Pour nous donner la force du combat ?
Tant à mener, si peu de pesanteur
Pour retarder l'écœurement de soi

À l'ordinaire impuissance qu'opposer ?
Même le feu du poème ne suffit
Plus à réchauffer notre âme malade
Où était le cri seul demeure un râle

Ressuscités pour une fois encore
Mais dans quel but et pour quelle mission ?
Même les anges sont fatigués de l'Homme
Où bien trop peu d'humanité demeure …

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ÉTRANGES OSSEMENTS






De nos amours il ne reste
Que d'étranges ossements
Mais ces encombrants squelettes
Nul acide ne les dissout

Je les jette dans la rivière
Honorablement lestés
Par une voie inconnue
Ils reviennent dès le matin

Je les brise et les dévore
Ils s'évadent de ma bouche
Reconstitués à l'identique
Dès lors il me faut reconstruire

Sur un terreau de meurtrissures
Tâche ingrate et aléatoire
Que l'échec si souvent couronne
Les ossements s'accumulent

Avec les désillusions
Et le cœur se met à battre
Un peu moins fort, un peu moins
Qu'entravent les amours mortes

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DÉSIRS CONTRE DÉSERTS

Désirs contre déserts, naïfs que nous étions
De croire que le néant n'avait nulle consistance
Et notre densité car c'est en ses prisons
Qu'aujourd'hui nous marchons malgré notre innocence

Le Rien fait mijoter nos âmes en ses chaudrons
Avec une méphitique et sereine patiente
Et lorsqu'ivres de vie pas pas à pas nous luttons
Le dernier mot toujours est celui du silence

Nos cœurs furent taillés dans le roc de l'absolu
Mais le vide et l'absence peu à peu nous érodent
Et brisent nos élans sur le non-advenu
Sur l'ensemble confus de signes et de codes

Dans le non-être et le non-existant
Pour nous faire chuter dans leur sombre transparence
Naïfs que nous étions de croire que du néant
Nous triompherions par notre droite innocence !!!

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ARCHANGES ÉGARÉS

Losers, archanges égarés
Qui se cognent dans le noir
À d'immenses solitudes

Qui se cognent les uns aux autres
Ne se reconnaissent pas
S'aveuglent d'indifférence

Et ces bourreaux maladroits
Qui cisaillent sans jamais
Se décider à trancher

Les remugles de l'absence
Laissent en nous des purulences
Irréversibles et nous damnent

Et tout au bout se balancent
À la corde des pendus
Nos espérances défaites

Mais au delà de l'échec
Existe encore peut-être
Une paix à rechercher

Une harmonie sans partage
Qui rassemble les morceaux
Du visage de nos joies

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SANGLES DE CENDRE DU SOIR

Bien que "classé" dans la catégorie "ça va mieux, merci …", ce texte est en quelque sorte "hors rubrique". Certes, la tonalité générale en est relativement sombre, mais la forme adoptée est celle d'un jeu, d'un exercice de style et je me suis beaucoup amusé à l'écrire. Il s'agit en l'occurrence de jongler avec la sonorité du "sss" déclinée sous toutes ses formes.


Des ambitions affaissées
Des fossés qui nous séparent
De nos rêves désossés
Qui s'enracinent ou s'égarent
Des gares sans train c'est
Le silence de la mémoire
Le sas ouvert du passé
Ou le sens de notre histoire

Quand par le milieu sciés
Nos âmes s'arquent sans gloire
Démesurément courbées
Sangles de cendre du soir
Aux sortilèges nouées
Cécité d'un sang avare
Qui s'abstiendrait de couler
Dans le songe ; cœur hagard

Sous la nuit, cisaillant dard
Nous singeons la vie, vrillés
Par les sarments du brouillard
À des idéaux sevrés
De leur sève, sans cette part
De mensonge qui nous guidait
Vers les oiseaux du hasard
Yeux ensevelis, figés
À l'envers … s'il est trop tard
Que l'on me dise où aller
Qu'un asile provisoire
Accueille mon souffle ensablé

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L'ARCHIVAGE DES BLESSURES

Est-il encore des lumières inédites
À tirer de nos rêves désaccordés ?
Destin qui n'apparaît que par esquisses
Qui s'éclipsera sans laisser de traces

Quelle chair autour de l'os de nos défaites ?
Apocalypses vaines et minimales
Qu'on peut insérer entre deux silences
Mais dont la sourde redite nous glace

Perpétuellement, conjugués au présent
Des cauchemars dont nous savons l'issue
Pour les avoir endurés autrefois
Mais dont le poids de fatigue est intact

Ce sourire, cette injure, ce baiser
Sont déjà étiquettés et classés
Nous savons le scénario de leur mort
Le morceau de nous qu'ils emporteront

Mais nous ne pouvons pas les éluder
Vidés de nous que nous restera-t-il
Pour témoigner, et témoigner de quoi
Sinon de l'absence et du désarroi ?

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EN QUÊTE D'AUBES VIERGES

Nous avançons guidés par des soleils factices
Sous la pression d'incontrôlables utopies
En quête d'aubes vierges où s'écriraient nos vies

Vivre est un art où chacun de nous est novice
Dans le non-advenu, le flou, l'indéfini
Nous bâtissons un monde à l'envers de nos cris

Qu'en est-il de ces grands élans vers la lumière
Une étoile perdue au jeu du non-retour
Exister : une tâche complexe, impossible

Lorsque la gestion des chaos éphémères
Épuise toutes forces et que même l'Amour
En version Nitendo seul nous est accessible

À ne rien exiger nos désirs se flétrissent
Et nous nous débattons dans un néant sans fin
Allant jusqu'à prétendre que vivre c'est cela

Combien de temps encore avant que la vie puisse
Dans sa vérité nue se substituer au Rien ?
Avant d'élaborer l'au-dessus, l'au-delà ?

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OMBRES EN ARMES

Si les ombres coulaient à pic
Que leur souvenir se dissolve
Alors le dur métier de vivre
Nous apparaîtrait plus léger

Mais nous avons beau les lester
Du poids de nos vies ordinaires
Entraver leurs chevilles du fil
Barbelé des larmes acides

Elles demeurent pesantes et concrètes
Et tout cet arsenal d'images
Pour conquérir à chaque instant
Les territoires du vivant

Rien pour faciliter la tâche
D'avoir à durer, persister
Dans des mouvements dépourvus
De toute signification

L'amour que nous voulions l'allié
Fut notre pire maladie
Rongeant nos os et nos mémoires,
Bâfrant fragments d'identité

Nous trouvions chez nos ennemis
Plus de respect qu'en celles qui
Suscitaient nos élans, nos fièvres ;
Pour qui nous aurions donné tout

De tout cela restent les ombres
Armées, féroces et voraces
Elles ne laisseront rien de nous
Pas même un présent habitable

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LA CONSTRUCTION DES RUINES

La sensation de s'être trompé
De ville, de train et de compartiment
De vie, d'enjeu, de route et de voyage
Et ignorer ce qui pourra
Nous rendre à notre statut d'être humain

Un métronome qui indique
Le rythme de construction des ruines
Est notre seule certitude
Notre seul repère évolutif
Danser plus vite que la destruction des mémoires

Un chant nous frappe de plein fouet
Nous invitant à des soleils trop larges
Que nous ne pouvons pas porter sur nos épaules
Puis disparait dans des nuits provisoires
Sans traces , juste à l'instant où nous tentons d'y croire

Et le train nous amène vers des rives étrangères
Si dénuées de ressemblance
Avec les mondes que nous croyions connaître
Qu'elles nous demeurent à jamais hermétiques
Exilés de l'intérieur à jamais

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RESTE LE PLAISIR DE LA DANSE …

Entre nos mains au bout du compte
Plus rien de dense ne subsiste
Seules quelques images s'incrustent
Au fond de nous comme un limon

Reste le plaisir de la danse
Sur la piste des souvenirs
Et parfois, sur le côté droit,
La douleur des trébuchements

Et si l'écume imprévisible
Ramène vers nous des cadavres
Que nous avions cru mieux lester
C'est que, naviguant dans l'instable,

Nous ne pouvions l'envisager
Croyant poser les fondations
Architecturales du sang
Sur une terre ferme au pas …

La sensation d'avoir vécu
Intensément, sans concessions,
Pour quelques éblouissements
Pour quelques moments de vie vraie

Mais n'avoir pas compris pourquoi
Il ne nous reste entre les mains
Que la cendre bleue d'un sourire
Un signe dont le sens échappe

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