insurrectionpoetique !

ÉTRANGES OSSEMENTS

De nos amours il ne reste
Que d'étranges ossements
Mais ces encombrants squelettes
Nul acide ne les dissout

Je les jette dans la rivière
Honorablement lestés
Par une voie inconnue
Ils reviennent dès le matin

Je les brise et les dévore
Ils s'évadent de ma bouche
Reconstitués à l'identique
Dès lors il me faut reconstruire

Sur un terreau de meurtrissures
Tâche ingrate et aléatoire
Que l'échec si souvent couronne
Les ossements s'accumulent

Avec les désillusions
Et le cœur se met à battre
Un peu moins fort, un peu moins
Qu'entravent les amours mortes

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COLONNE VERTÉBRALE DES RÊVES

Colonne vertébrale des rêves
Axe d'un possible univers
Ton ombre danse en moi sans trève
Et les écuyers de l'éther

Vers ta grâce immense soulèvent
Les chevaux blancs de la lumière
Pour te conduire jusqu'à la sève
Coulant dans l'arbre des sépher

Sombres nuages de tes doutes
Dont je voudrais, d'un coup d'aiguille,
Faire jaillir les miracles en pluie

Vois, même les yeux du soleil cillent
Face à tes ardents paradis
Où mon âme veut se perdre toute

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MA RUCHE D'ÉTOILES SAUVAGES

Ma ruche d'étoiles sauvages
Au miel d'ardente communion
Quand soulignerons-nous ensemble
L'inanité des marécages ?

Un lien de foudre et d'horizon
Unit l'ombre des murmures amples
Au silence de nos prénoms

Les poches emplies de météores
Et de soleils décomposés
Que je sèmerai dans la terre

Et d'où naîtra l'aube des corps,
J'ouvre dans ton chant incanté
Un espace né de la pierre ;

Une maison surgit des miroirs …
La chambre où nos corps enlacés
Éparpilleront les plaies obscures

Est là, à gauche de la mémoire
Et je sens monter l'escalier
Jusqu'aux prémices de l'azur

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CHANT DU CALME SÉISME

O mon évanescente, ô mon calme séisme
Tu bagues l'océan d'un anneau de vertige
Et d'un geste marie le banal et l'immense
Sorcière inconsummable aux flammes amnésiques

Quel brasier saura dire l'incantation de toi
Quelle écume ourlera les plis de ton silence ?
Je te veux nue en moi, décervellant l'espace
Outrepassant les mots dans ta fugacité

Oscille l'ostensoir dans la moue des miroirs
Prêtresse guerrière menant fœtus en armes
Vers l'accomplissement de leurs incantations
Quelle invocation te transmuera matière ?

J'irai comme à la source aux éclats de silex
Boire l'ombre à l'évangile de nos corps confondus
J'irai à la rencontre du vouloir jaillissant
Et je tairai tes masques en mes chaudes mains d'homme

Mon vampire, mon ange, ma peau sera ton sacre
Et tu couronneras l'ivresse du présent
De tes doigts en voltige aux lumineux atomes
J'aspire à ta tendresse écorchée, tyrannique

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UNE DANSE DE FUNAMBULE

À t'imaginer sous la douche
Livrée aux caresses de l'eau
Monte le désir de ta peau
D'y boire des étoiles farouches
Ta nudité contre ma bouche
Et mon orgueil en ton étau

Nulle offense dans ce tableau
De ta chair libre et désarmée
Dans l'ivresse de se lover
Dans ta tendresse sans veto
Porté par l'aile de mes mots
Vers ton ultime vérité

Miracle d'une pulsion
Charnellement émerveillée
Par ton rire en moi éveillée
Que tes yeux d'ange polisson
Font monter, semblable aux marées
À ton mystère entrebaillé
Je veux apposer mon poinçon

Tu me parles et ton corps anime
Une danse de funambule
Où rebelle sans matricule
Je te ferai l'amour en mime
Sans ne jamais rompre la bulle
Dans laquelle nue je te dessine
Dans laquelle nue je te devine
Ma lumineuse tarentule

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L'AMOUR HOLOGRAMME

Dans cet immeuble de guingois
Où mon âme se sent renaître
Je sens ta présence éclater
En bourgeons d'un printemps céleste

Une forêt bat dans ma tête
Du bruissement des feuilles d'être
Mais tu n'es pas dans mes pensées ;
Tu es là, dressée devant moi

Je vis dans la grâce de ton
Hologramme superposé
À la moindre respiration
De l'univers et de ses lois

Je porte ton image en moi
Soleil kaléidoscopé
En milliers d'astres et de ponts
Vers le cristal de ton prénom

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ROUAGES DU RIRE DE MORT

J'entends tes cris déchirer
Le frêle tissu du couple
Rouages du rire de mort
Secouant l'échine du monde

Tais toi ! Simplement écoutes
La souple rumeur de la vie
Dissimulée par le fracas …
Elle fait un si joli bruit

Parfois, quand elle se déplace
Dans les ruisseaux du non-dit
Et du non-envisageable
-Miracles esquissés à peine-

Moins bruissante qu'une feuille
Posée sur l'aile d'un ange
Subtile et inébranlable
Articulation du souffle

Mais tu n'entends rien, noyée
Dans l'écume et le vacarme
Et l'essentiel nous déserte
En salves d'obscurité

Pourtant, je perçois encore
De très loin comme un murmure
Rien d'autre que le rejoindre,
Le saisir à bras le corps

Soif de la pâle rumeur
Faim du son que tu recouvres
Avant que ne s'en efface
En moi l'impalpable essence

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SOLEIL DE CIGUE

Soleil de cigue, magnétique orange
Dont la sève douce en moi se décante
Soi-même, le sais-tu, est crique lointaine
Et nos cœurs fatiguent dans la nuit des mots

Je suis, le sais-tu, orage sucré
Semant dans tes lèvres illuminations
Et faisant gagner les dés de la chance
À deux, nous pourrons atteindre la crique

Notes dissociées d'une symphonie
Tels les hommes entre eux, et leurs sons s'avortent,
Faute de pouvoir s'unir en osmose
Cris ignorant la station verticale

Ma petite vague, neige solitaire,
Je suis le tumulte vivificateur
Bois les cataclysmes de ta renaissance
Ils affleurent en moi à même la peau

Humant l'absolu, je sens l'être en moi
Au fumet charnu et revigorant ;
Il cherche une issue vers la grande étoile …
Laisse-moi guider tes pas dans l'obscur !

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FRAGMENTS D'UN PUZZLE ÉNIGMATIQUE

Toutes les pièces réunies
De ton puzzle énigmatique
Forment-elles un amour entier ?

L'androgyne reconstitué
Des vieux grimoires alchimiques
A-t-il un écho dans le fruit
De nos troubles entremêlés ?

Forer la nuit pour y trouver
Le butin, même embryonnaire
De la réponse à ces questions ;
Ta peau, issue et solution
Des dilemmes de la matière ;
Ton corps, brasier arquebouté,
Comme un antidote aux poisons

Ton visage, tes mains, ton sexe
Ton sourire érigé en moi
Et le fleuve de l'indicible

Qui emporte au lointain nos villes,
Vers des inconnus moins étroits
Où l'amour très lentement tresse
De merveilleux imprévisibles

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NATHALIA

Ce jour là, vous portiez une veste de jean
Et une jupe blanche ;
Peut-être étiez vous la plus belle ,
Peut-être ne l'étiez vous pas
Cela a si peu d'importance …

Car dès cet instant, je ne vis que vous ;
Dans ce café au bord du Nil,
On avait branché des lignes électriques
Sur les plus lointaines comètes …
Leurs ouragans de particules
S'entourbillonnaient dans mon âme
Et bouleversaient l'ordonnance
Trop sage de mes molécules

Comment exprimer ce vertige ?
Dire "je vous aime depuis toujours"
A celle que l'on connaît à peine ?
Depuis l'aube des millénaires
Ou cinq minutes, quelle importance ?

Vous remontiez le cours du Nil Dans une tasse de café
Où se lisait la solitude,
La soif de vivre à pleine lave
Dans ce monde silencieux et vain
Où tournent des anges masqués

Et la marée monta en vous,
Emplie d'une écume solaire …
Et nos étoiles se trouvèrent
Dans l'océan des galaxies …

Nos cris, nos chants se répondaient,
S'appelaient du fond des incertitudes ;
Nos patries se reconnaissaient
Dans la soif de tuer le vide …

Le temps en était distordu.
Etait-ce une heure ? Un jour ? Un siècle ?
Quelques minutes égrénées ?
Impossible de le savoir !

Les chemins que nous empruntions
Dans la magie de nos ivresses
Se moquaient de cet imposteur ;
Dès lors, je sus que c'était Vous,
Pour vous que je voudrai me conquérir,
Devenir mes rêves et le monde

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DANS LE MIROIR DE NOS JEUX CELLULAIRES

Le squelette du vent oscillait sur sa base
Et tu me regardais, miroitante et troublée,
Dans le scintillement exultant des extases
Où je dois, un siècle prochain, te retrouver

Dans la page écorchée des anémones mortes
Demeure le secret des substances voilées ;
L'athanor distillant le sel de notre escorte
A jeté nos soupirs sous l'arche des années

La rencontre a semé ses vergers dans nos sangs
Et nos gestes ont cloné les légendes solaires
Lola, dans le miroir de nos jeux cellulaires
Se trouve le trésor que t'a volé le temps

Espaces en volutes, dense fumée d'étoiles
Si loin il a fallu creuser dans ton miracle
Si loin il a fallu défricher dans ta moëlle
Pour y dénicher de nos étreintes l'oracle

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PLUS VITE QUE LA LUMIÈRE ET LE SON

Plus vite que la lumière et le son
Te retrouver, quelle que soit la distance ;
Goûter la lave sucrée de tes lèvres,
Me faxer dans le flux de tes atomes

Et des silex armoriés de nos ventres
Ressusciter des feux immémoriaux,
Des vaisseaux lilliputiens de mes doigts
Parcourir l'immensité de ta peau
Pour voir de l'autre côté de ton âme

Nue dans la phosphorescence des rêves
Chorégraphiant l'espace des notes
Tes gestes sont fruits de ma renaissance
Prodiges de matière enchantée

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CHANT DE L'AMOUR RÉDEMPTÉ

Nous déchiquetions de nos dents
Le silence et la solitude
Tant et tant et tant d'archipels
Où la boussole désaxée de nos cœurs
Nous avait égaré dans les massacres

Pistes sanglantes des vautours
Pour qui les émotions humaines
Étaient leviers parfaits des manipulations ;

Et lorsqu'en un lieu incertain
L'arbre de la rencontre déploya ses feuillages
Nous étions sur le seuil, armés
Au bout des bras tendus vers l'autre
Le bouclier des tendresses écorchées

Océan de lames d'acier
Remugles nauséeux de l'injure
Éructations de nos angoisses
Dé tournoyant formé de labyrinthes

Dépeçage de l'autre où se reflétait
En miroir l'âpre écho des batailles perdues …
Mais l'écume arbitraire de nos déchirements
Était sous-tendue d'un souffle d'amour !

Il était écrit que les crêtes
Des vagues devaient imploser
Pour livrer le passage à des noces extatiques
Dansant jusqu'au vertige de la terre promise

Je t'ai abandonnée, mais tu es revenue
Flux de marée d'un arc-en-ciel incompressible ;
Voulant m'anesthésier de ton amputation,
J'étais vide et flottant dans le néant des choses

Et lorsque tu fus là, dans ta ressurection
Et lorsque tu fus là, au centre de ta gloire
Je compris que le puzzle était reconstitué
Que je n'étais entier qu'avec tes yeux en moi

Je suis trop vieux déjà pour renoncer encore
Mais mon cœur n'a pas désappris
À reconstituer le feu
Aux flammes longues et douces qui sans blesser réchauffe,
Annulant la fatigue et l'écartèlement

Blottis toi comme un enfant dans mon grand fleuve animal
Accepte la protection de mes esprits totem
Soyons l'un pour l'autre le signe
Tant attendu de l'accomplissement
Toi, ma tendresse inébranlable !

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UN PUR ESPRIT

Tu vois, je suis là, devant toi
Écorché vif, privé de peau
Ainsi que tu le désirais
J'ai mis une muselière
Et coincé mes mâchoires à l'aide d'un étau
Ainsi que tu le désirais

Pour ne plus être tenté de te toucher
Pour ne plus être tenté de prononcer ces mots
De plume et de sang, ces caresses tendres
Qui te sont aboiements et papier émeri

J'ai pris comme tu le désirais
Rendez-vous afin qu'on me tranche
D'un coup sec la moitié de la langue
Afin de ne pouvoir prononcer que
La moitié des mots que je ressens
Comme des pulsations vitales

Ils te gênent, t'embarrassent, te persécutent
Je le comprends, car je suis de nature compréhensive ;
Je me suis même crevé les yeux ainsi que tu le désirais
Pour t'éviter l'offense de mes regards d'amour
De mes larmes ou de mes sous-entendus

Quelques furies hargneuses envers les hommes
S'occuppent de ma verge et de mes testicules
Avec un peu de chance elles m'émasculeront
Et tu n'auras même plus
À entendre parler de mon désir de toi
Comme tu me le demandais

La nuit, je porte le silice
Comme les moines pénitents
Un silice neuronal mais urticant à souhait
Je ne te dis cela qu'à titre d'information

Pour que mes mains ne soient pas tentées de t'étreindre
Je les ai gantées de fil barbelé
Comme tu me le demandais

La nuit, des foreuses viennent creuser mon crâne
Au matin, leurs perforations
Ont dessiné un nom, toujours le même
Je crois bien que c'est le tien
Je te tiens au courant, n'y vois pas une plainte

Il y a longtemps que j'ai appris
À ne plus gémir, hurler ou me tordre
Que lorsque je suis seul - on a sa dignité-
Mais le seul corps que je veuille
À mes côtés est le tien

Tu vois, je suis là, devant toi
Écorché vif, mais presque affable
Sans peau mais souriant quand même
Je travaille beaucoup ces temps-ci
À devenir un pur esprit

Mais tu sais, c'est difficile
Quand on n'est ni fou, ni mystique
Et le plus difficile à accepter vois-tu
C'est que tu remarques rien de tout cela
Et que pour toi, tout est normal !!!

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POUR UNE RÉVOLUTION SPONGIEUSE

Enseignant la suavité
Aux gestes de braises et de lys,
Souterraines élévations
Aux élans bleus de nos mystères

Nous hisserons haut la bannière
De nos rages émerveillées,
De nos indignations ludiques
À l'envers du renoncement

La trame neuve des orages
Au fil des révoltes patientes
Tissée dans nos mutismes hurlants
Créera d'inédites utopies

O ma volcanique soie mauve
Fuyant l'anarchie des démences
Nous dirons la folie consciente
Affranchisseuse de limites

Toujours nous nous évaderons
Des révolutions sans amour
Et bâtirons nos guérillas
En demeures, en fêtes de mots

Nous insérerons les ruptures
Aux pages des livres trop sages
Et déferons les ordres froids
Dans l'omniprésence des miracles

Nous serons vigilants à être
Toujours davantage que nous
Et à semer des grains de sable
Dans l'écartèlement du visible

Nous prouverons qu'un rire peut
Etre un chant révolutionnaire
Et freiner l'avancée du froid
En devenant contre-pouvoir

Rire face à ceux qui se croient
Des dieux nouvellement promus
Unanimement respectés
Tel est le mot d'ordre du jour

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