insurrectionpoetique !

LE DRAPEAU NOIR TATOUÉ SUR NOS PEAUX

La crécelle des mots tourne sous vos visages

Et de leurs dissonances arbitraires je nais

Encore tout encombré de glaire et de crachat

D'une main malhabile j'empaume les étoiles

 

La joliesse, le cocon des phrases confortables

Qui laissent inchangé ce tourbillon d'entrailles

Qui, plus que la pensée aseptique, tient lieu

De conscience supérieure à nos corps fatigués

 

Laissons cela à la télé-réalité

Ces pop-corns, ces paillettes, ces sordides parades

Souillent le drapeau noir tatoué sur nos peaux

Poésies viscérales qui tirent à bout portant

 

Des mots où s'articulent des pulsions utopiques …

Et puisque la chanson prétend être poème

Pourquoi hésitons-nous à nous dire musiciens  ?

Nous inventons les sons écorchés du futur 

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ART POÉTIQUE

Ajouter un peu de vie à la vie
Et donner la lumière qu'on a reçu du monde
Lumière chaude et caressante

A travers laquelle l'être se féconde
Ou cette flamme sombre et glaçante
Qui harcèle en nos cœurs les soleils sans répit

Dire la plaie et dire l'ouverture,
Semer l’ordre dans les remugles du chaos
Et le désordre dans nos rigidités

Tisser le souffle à l’envers de nos mots
Et de la confusion tirer
D'ardentes mélodies. Haut vivier de blessures

Quand l’ange en armes descend dans nos esprits
Donner la chance à nos solitudes opprimées
D'être signes de transcendance …

Voilà pourquoi jeter sur le papier
Nos larmes, nos sources, nos silences
Pour que l’angle du jour et la courbe des nuits
Tracent la géométrie de salubres indécences     

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LES MARCHÉS NOIRS DE LA RIME

Les marchands de métaphores

Ne vendent plus à crédit

Aux poètes indigents

 

Depuis que d'autres marchés

Plus porteurs se sont ouverts

À leurs boulimies voraces

 

Publicitaires florissants

Recherchant un packaging

Séduisant pour fins du monde

Avides de paraboles

Et d'images d'exception

 

L'alexandrin, les phrasés,

Les paraboles font vendre

Et consommer à tout vat

 

Et les révolutionnaires

Sont en recherche constante

De mots comme des coups de fouet

 

De phrases hautement symboliques

De slogans incandescents …

Financés dans bien des cas

 

Par ceux-là des oppresseurs

Désirant changer la donne …

Qu'importe, puisqu'ils paient cash !

 

Dès lors, il ne reste plus

Aux poètes qu'à écumer

- Et ce, à l'insu de tous-

 

Les marchés noirs de la rime

Les abattoirs clandestins

Des métaphores avariées

 

Qu'à chercher dans les montagnes

Des mines inexploitées …

Rude labeur auquel plus d'un

 

S'épuise sans bénéfices !

Reste, bien sûr, l'inspiration,

L'imagination : ces vertus

 

Sont par trop aléatoires

Cependant pour que l'on fonde

Sur elles le socle d'une œuvre

 

Aussi, la plupart dédaignent

Cette voie jugée sans issue

D'un simple haussement d'épaules … 

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LES TRIBUS NOMADES DES MOTS

J'avoue ne m'être reconnu

Dans aucun des visages que l'on me proposait

Chacun m'apparut blasphématoire, hérétique

En regard des destins amples à l'orée du vent

 

Et j'ai désassemblé le monde

Qu'on donnait en partage à mes faims carnassières

Pour tenter de créer un autre paysage

Où ma démesure même aurait sa raison d'être

 

Et je creusais sous le réel

De mes mains affamées de mortelles tendresses

Un boyau de chair vive en direction du sang

Qui balafrait mes rêves, excavait mes désirs

 

Un jour, mes peuples grandiront

Sous l'ossature même des paradis concrets

Sous votre peau, sous vos pensées, en extension

Sous la chair desquamée de vos univers morts

 

Les tribus nomades de mots

Décodent, déverrouillent les brouillards hermétiques 

Où nous sommes enclos sans le moindre recours

 

Elles feront croître en silence

La déraison des fleuves, la sagesse des arbres

Et les fleurs incendiaires de nos métamorphoses

D'où jaillira le feu de nos identités 

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ARTISAN DES FIÈVRES BLANCHES

Quelquefois la mort écrit

À l'intérieur de mes peurs

Et d'autres fois c'est mon rire

Qui vient grapher les nuages

 

Je n'en suis en quelque sorte

Qu'un médiateur éclairé ;

Dans la salle de montage

Je démultiplie les angles

 

Je retranche de leurs rêves

Toute graphie superflue

Ne garder que l'essentiel

En condensant leurs oracles

 

Retoucheur de l'infini

Humble artisan de leurs fièvres

Dans les ruines du silence

Chercher le trésor caché 

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LA CHEVAUCHÉE DE L'ARC-EN-CIEL

Choisissez un arc-en-ciel

Un charnu, melliflu même

Et bondissez sur son dos

 

Surtout, n'evisagez pas

De tranquille chevauchée

Mais rodéo catharsique

Où vos peurs seront présentes

 

Et constelleront d'épongles

-pointes saturées de poison-

Le visage de vos joies

 

Pour désarçonner votre âme

L'arc-en-ciel ne ménagera

Rien de l'arsenal des ruses

À portée de ses couleurs

 

Peut-être chuterez-vous

Sans espoir de rédemption

Dans la chair des solitudes

 

Vous réincarnerez-vous

Dans une vie en patchwork

Faite de bric et de broc

Reliefs d'ombres périmées

 

Au fond de vous vous savez

Pourtant que ce rodéo

Demeure l'ultime chance

 

Qu'il vous reste d'échapper

À la terrifiante emprise

À l'omniprésence obscène

Des mangeurs de destinées 

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ORPHELINES DE MILLE EXILS

Les mains de l'horticulteur

Et celles du boulanger

Les mains du compositeur

Et celles de l'horloger

 

J'aime voir à l'œuvre ces mains

Sculptant la glaise du Temps

En horizons, en festins

Bâtisseuses du vivant

 

Mains puissantes ou crevassées

Articulant la matière

Dans lesquelles l'acte et l'idée

Émergent d'un même cratère

 

Forgerons des avenirs

Paumes vivificatrices

Qui laissent en souvenir

Le chant de leurs édifices

 

Fondatrices du certain

Du solide identifiable

Que le pas vérifie. Mains

Infiniment fréquentables

 

Qu'à côté d'elles mes doigts

Voltigeant sur le papier

Qui brassent tristesses et joies

Semblent de peu d'utilité

 

Orphelines de mille exils

Mains d'enfant, mains de palabres

De cabanes dans les abres

Indispensables et futiles 

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L'OR INVISIBLE DES PAROLES ESSENTIELLES

Des mots qui dans le langage ordinaire

-Que l'on pétrit à petits bras le corps-

Seraient dénués de signification

Et qui pourtant étrangement vous touchent

 

Des mots halés dans le fil des rivières

Cailloux auxquels nulle valeur ne s'attache

Mais qui résument toutes nos possessions,

Tous nos domaines, toutes nos espérances

 

Comme les pièces d'un puzzle, ils s'unissent

Selon un ordre indicible et précis

Et par leur seule juxtaposition

Arrachent de vous un mal insoutenable

 

Inutile, reste vital que demeure

La poésie dans la courbe et dans l'angle

Prête à briser les vitres du dédale

Que nous nous élancions vers nos soleils

 

Que d'audacieux alchimistes élaborent

L'or invisible des paroles essentielles

Qui atteindront le centre inconcevable

D'une émotion affranchie de ses masques 

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CONTREBANDIERS DE L'ÉVEIL

Anagrammes, acrostiches, devinettes et charades :

Tant l'Ennemi croit nos poèmes

Si enclos dans l'amour des roses

Mièvre décantation de la splendeur du monde

Qu'il nous croit étrangers à la ruse, à la feinte

 

Nous pouvons le duper avec des jeux d'enfants

Élever nos bannières et  proférer nos chants

Scander nos cris de guerre et notre amour du vif

Sans jamais qu'ils éprouvent le plus petit soupçon

 

Le poète autrefois fraya

Dans les contre-allées du pouvoir

Et sut édifier sezs contre-pouvoirs

On savait alors sesmots dangereux

 

Ils pouvaient faire et défaire les royaumes

Etre l'étincelle des révolutions

Mettant le feu à l'ire populaire

Presque avec désinvolture

 

Il n'était pas rare qu'alors

Une métaphore se paie d'un prix de sang

 

Ici chacun les croit inoffensifs

Et peu de choses suffisent

Pour duper les pouvoirs et le monde marchand

 

Contrebandiers de l'éveil

Qui dans quelques cœurs font germer

De petits soleils en fraude

Qui demain se déploieront 

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QUE POUVEZ-VOUS CONTRE NOS MOTS ?

L'élégance de nos mots seule

Les préserve de la censure

Alors vous pouvez entamer

La ritournelle castratrice

 

Disant "ce ne sont que des mots" ...

Pourtant, votre rage tranquille

À tenter d'en ensevelir

Les significations cachées

 

Dénonce votre désarroi

À ne pas découvrir l'écart

De langage qui nous condamne

- Vous savez, mais ne pouvez rien

 

Que faire croître l'indifférence

À leur égard, à leur encontre

Sans en extraire ce noyau

Dont pourront s'élever mille arbres-

 

Parce que nos mots sont les mèches

D'idées à haute combustion

Parce que nos mots sont les semences

D'insurrections paradisiaques

 

Une vitesse exponentielle

De croissance de la conscience

Une explosion spectaculaire

Une brusque flambée d'utopie

Suffiraient au bannissement

 

Mais lente est leur maturation

Quand à leur pouvoir corrosif

Il fait corps avec vos cellules

Qu'ils contaminent peu à peu

 

Virus propagés sans éclats

Modifiant à chaque avancée

La nature même du terrain ...

Que pouvez-vous contre nos mots ? 

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ICI, DANS CES MOTS INSTABLES ...

Et si ma vie toute entière

Son poids, son utilité

Résidait précisément

Dans ces poèmes inutiles

Cascadés en flux sonores ?

 

Ce rien hors de la matière

Ces phrases désencrassées

Du plumage rutilant

Des mensonges imbéciles

Cette rage à contre-mort ?

 

Ces soleils inmonnayables

Dont chaque rayon balaie

Les stock-options du néant

L'économie souterraine

D'utopies en gestation ?

 

Ici, dans ces mots instables

Non dans la cohue des faits

Vérifiables et cohérents

D'un vers freinant la gangrène

D'obscènes aliénations ?

 

Qui me dira dans mille ans

Quel acte d'amour ou quelle

Insurrection sont les fruits

D'une métaphore semée

Dans une conscience inconnue ?

 

Et quel rêve exacerbant

L'émergence vers l'éveil 

Inversa le cours des nuits

Et délivra l'opprimé

Qui s'y était reconnu ? 

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DENSE, IRRIGUÉE, VITALE

Écrire sur la beauté des chaluts nonchalants
Embrassant tendrement les lèvres de la Seine
Les méandres du vent sur le souffle du fleuve
Ou ces architectures qui sculptent la lumière

Je le puis, vous n'en doutez pas

Déployer cette paix qui succède à la chair
Enspiralée, lovée aux atomes de l'Autre
L'amour affranchi de la Parole et du Dire
Se décantant au cœur de silences complices

Est de l'ordre des possibles

Magnifier le regard - lorsque l'enfant s'y rêve,
Y croît et s'accomplit- d'un père ou d'une mère
Et ces morceaux de ciel qu'on déguste entre amis
Ces familles de cœur qui naissent en un instant

Une option envisageable

La tache certes est plus complexe en vérité
Que l'apparence ne le laisse deviner
La douceur s'accommode mal de la miévrerie
Et la mince frontière peut vite être franchie

Mais ce n'est pas pour cela

Que ma poésie fraie dans des contrées barbares
Qu'elle exhibe ce que l'on voudrait ignorer
Qu'elle creuse la douleur, la rebellion de l'être
Les noires suppurations de l'esprit et du corps

Qu'elle repense la rudesse

Sans jamais renier le frêle ou le fragile …
Le Moi s'enfuyant par des portes dérobées
Maquillé, exhibant ses travestissements
Il est facile d'ainsi échapper au péril

Se taire en s'ornant de mots

C'est ma peau que je dis, ma vie ne s'envisage
Pas hors-texte, le vers hors du vibrant, du sensible
Étroitement soudés, quasi indissociables
` Qui parle de la fleur ne se révèle pas

Baillonne ses écorchures

La chair colle à mes mots qui d'elle se nourrissent
Je dirai la beauté plus tard et autrement
Sans tricher, sans trahir, sans truquer l'émotion
Sans l'épandre non plus, obscène et sirupeuse

Dense, irriguée et vitale

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LA CHAIR FIÉVREUSE DU POÈME

Nouer à des verbes rugueux
Des métaphores en apic
Vers d'inavouables émotions

Descendre vers des fleuves de boue
Laissant leurs empreintes visqueuses
Sur l'âme la plus imperméable

Installer dans des mots instables
Dans des phrases inconfortables
Notre fièvre d'être vivants

Et de cette chute en apnée
Dans des ténèbres infréquentables
Faire surgir l'or et le diamant

Maculés de terre et de sang
De chair et de mucosités
Glaire de souffrances inconvenantes

Naître, et de nos sales douleurs
Dans l'alambic de l'écriture
Extraire le visage de l'ange

Ce n'est qu'après avoir baisé
La bouche putride des enfers
Que la poésie peut prétendre

Etre, quand chaque lettre posée
Sur le papier porte le sceau
De nos voyages outre-silence

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RÊCHES ÉCORCES

Tu voudrais des mots de soie
Les miens sont rugueux, presqu'infréquentables
Ils ont traîné dans des bas-fonds
Que tu peinerais à imaginer

Mais aussi dans des joies intenses
Si vives que leur simple approche
Suffirait à te consumer l'esprit
Si seulement tu l'osais

Mes mots sont des funambules
Dansant dépenaillés sur un fil en lambeaux
Entre deux gouffres profonds et pestilentiels

Ils sont un peu sauvages, rebelles à la caresse
Et à la discipline
Volonté, courage et patience
Sont vertus essentielles pour les apprivoiser

Mais passée l'apparence de leurs rêches écorces
De leur impitoyable soif d'immensité
Ils nourrissent l'esprit, le corps, l'âme peut-être
Et rendent aux rêves leur éclat perdu

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AU VERSO DES SOLITUDES

Des pas constellent ma peau
Des mondes marchent en moi
C'est leur trace qui s'inscrit
Au verso des solitudes

Des mots coulent dans mes veines
Subrepticement dessinent
Des géographies nouvelles
À l'intérieur de mon souffle

Des poèmes infâmants naissent
Au repli de mes entrailles
L'échographie du silence
En révélerait les formes

Mais par delà ce que dit
Ou tente de dire l'ombre
Qui s'exprime par ma bouche
Que de souffles inachevés

Que de songes inexprimables
Enfouis, à jamais célés
Dans ces cryptes où mort et vie
Harmonieusement s'assemblent

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