insurrectionpoetique !

ENTRE L'ÊTRE ET LE NON-ÊTRE

Entre l'être et le non-être, nous oublions de choisir ;
Nous disons que "c'est la vie", quand nous expérimentons
Précisément son contraire

Etre, combat de chaque instant dans la jungle de nos peurs,
Qui nous laissera dans l'âme quelques plaies, peu de répit,
Mais l'ivresse d'être libre

Non-être, refus de l'agir, du geste, de la parole ;
Demeurer au bord du monde, assis en lisière des choses …
Surtout, ne rien regretter

Et nous voici dans le flou, sans oser nous prononcer ;
Devenir ou s'absenter du grand vacarme du monde
Dans la fadeur de nos jours

Tantôt nous allons vers l'être
Mais bifurquons en chemin,
Par angoisse de nous même dans toutes ses dimensions,
Et le non-être nous rattrappe

Celui ci n'est pas choisi, la crainte l'enrobe de glace
Et le non choix nous dissout

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COMME UN NAUFRAGE AU RALENTI

Il n'y a plus suffisamment
En moi de salive et de larmes
Salive pour articuler
Les mots qui forment la parole
Larmes afin de conjurer
Tout les désirs à jamais tus

Des océans se forment en moi
Et demandent à déferler
Passant l'écluse de mes yeux
Qui vacillent de vos absences
Et leur brusque éclat vous fait peur
Et vous rejetez cette force

Et l'océan me noie, me broie
Et brise mes digues intérieures
De ne me mêler à vos eaux
Je meurs et coule lentement

Comme un naufrage au ralenti
Que vous ne pouvez percevoir
Mais qui m'arrache à chaque instant
Des cris qui restent dans mon cœur
Une douleur intolérable
Que vous ne pourriez supporter

Et vous n'avez à me donner
Que les paroles de vos bouches
Qu'avez-vous de mieux à offrir
Que le labyrinthe des mots
Où je m'efface, où je me perds
Pour ne pas pouvoir vous connaître ?

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TRISTESSE DES CHEVALIERS

Tristesse des chevaliers souffrant de n'être pas
Reconnus comme princes, seigneurs, êtres humains,
Vergers éblouissants aux fruits de lumière pure ;

Écorchés par le feu incessant des combats
- Dragon après dragon- laissant des traces au sein
De leur âme meurtrie qui aspire à l'azur ,

Leurs blasons ne sont que les soleils qui en eux
Croissent au milieu des tempêtes et des ouragans
Et nul signe ne demeure de leur accomplissement !

Jamais ils ne se sont crus les égaux des dieux ,
Mais ils leur ont volé le feu d'être vivant,
Vivant quoiqu'il advienne, terriblement vivants !

Ils se sont tenus droits dans les remous du monde,
A la proue, défiant ce monstre redoutable
Et triste, qui vous mange : la médiocrité ;

Pour vous sont des mendiants ces âmes vagabondes !
Qui lutte pour être vrai en garde un grain de sable
Qui grippe la machine et la fait dérailler

Car l'authenticité se paie d'un prix de chair …
Qui s'est tenu debout en gardera les traces,
En rien ne semblera le chevalier qu'il est

Mais la dignité d'âme ne saurait plus se taire,
Mais la dignité d'humain prendra son espace
Quans l'homme comprendra ce qu'en son essence il est !

Demain, pas dans mille ans, là est notre survie
L'expérience de l'homme mènera vers l'humain
Ou la race bipède en consummant ses rêves

Retournera au cœur de l'éternelle nuit,
Néant originel d'où l'ensemble des destins
A jailli. Il devient urgent qu'il s'élève !!!

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LA LÉZARDE

J'aime les beautés tristes et lézardées
Dans lesquelles la vie a, entre deux pages,
Placé le signet d'une ride

Portant le poids de leurs métamorphoses
Azur égratigné au fond des yeux défaits
Et qui patiemment reprennent
Le fil dévidé du voyage

En leurs yeux pourtant une issue
Vers l'émerveillement, la rage, la lumière
Malgré la trace de l'éclair, des blessures, des renoncements

Comme si l'écorchure avait
Par quelque étrange alchimie
Issu du poison l'essence de l'être

Rien n'est lisse, tout est rugueux
Mais c'est dans le mystère de ces aspirités
Qu'est sans doute la clé de nos aspirations

Le rideau n'est qu'entrebaillé
Sur des vérités essentielles
Et l'âme lézardée s'inonde d'un sourire
Avant de repartir, désinvolte et glacée

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FIÈVRES INTERDITES

Nos larmes en séchant sont devenues calcaires
Et sont autant d'écueils à nos navigations
Est-il encore un phare qui puisse nous guider ?
Nous portons sur le front l'aura des naufragés

L'amour est la colonne vertébrale des rêves
Mais nous ne rencontrons que charniers pourrissants
Avec de neaux moments de fièvres interdites
Mais tant et tant d'ordures autour de ces diamants

Nous sommes las d'abdiquer ; pourtant, que faire d'autre
Quand la dissolution est au bout du voyage ?
La marche suspendue un instant de la mort
Reprend, plus saccadée ; guetter ses avancées
Rassembler les fragments de notre être et partir …

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QUELQUE CHOSE DE DROIT QUI S'UNIRAIT AU SOUFFLE

Marcher, fouiller, fouiner, partager des secrets
Blesser, être blessé, sans avoir rien voulu
Que donner en dépit de ce cœur maladroit
Rater l'examen de passage de l'eden

Et partir essoré, sec de tout désespoir
Rien qu'une simple goutte de fatigue plombant
L'épuisement qu'on tente en vain de secouer
Mais marcher tout de même, mort-vivant titubant

Et puis creuser, trahir, vivre sa déchéance
Et se faire dévorer morceau après morceau
Mais ne pas renoncer tant qu'il demeure encore
Quelque chose de droit qui s'unirait au Souffle

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COEUR NOMADE

L'indispensable déjà nous est dénié
Et l'impensable depuis longtemps nous broie
Et pourtant nous restons sur le pont du navire
Espérant qu'un miracle encore pût sauver

Notre âme fragmentée par le dénigrement
Que faire quand nous n'avons pour armes que paroles
Mots de chair et de sang fustigés d'un dédain
Et que tout acte ne nous mène qu'à nous mêmes

Nous n'avons plus accès qu'à des sources taries
Et le cœur n'est nomade que par nécessité
Avec des moignons d'ailes, nous tentons de voler
Vers cette forteresse qui surplombe la nuit

Nos rebellions ne sont que des chants anonnées
Leur essence est plus loin, il faut creuser encore
Peut-être y trouverons-nous sens à nos élans
Et l'enfantement des lumières avortées

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REVENIR PARMI LES VIVANTS

Certaines douces, d'autres amères
Certaines violentes, acérées
Comme la spirale des torrents
Certaines, au travers d'un eden en ruines
Laissaient entrevoir ce que nous perdions

Changeait parfois le maquillage
Le visage était le même
Comme s'il n'était plus d'autre choix
Qu'errer d'une mélancolie l'autre
De la chute au suave démembrement

Tout complotait à nous mener
Vers l'inexorable implosion
De ce à quoi nous avions cru
Et pas un silence ne rachetait l'autre
Dans ce tas de cendre indifférencié

On s'accoutume même à tout perdre
En une élégante ironie
Pirouette des âmes bmessées
Même si revenir parmi les  vivants
Devient tâche de plus en plus complexe

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UN FURONCLE DE MÉMOIRE

Naviguant avec aisance

Dans les brasiers de l'enfer

Engoncés et maladroits

Quand il s'agit d'arpenter

L'antichambre d'un eden

 

Il s'en faudrait de si peu

Pour basculer dans ce vide

Où nous avions cru trouver

Le reflet d'une origine

Dans un passé révolu

 

Mais le révolu s'attarde

Enlace ses mauvaises herbes

Aux terrasses éblouissantes

Et le dieu de mort encore

 

Exige sacrifices, offrandes

Et le lierre de son souffle

Putride ensorcellement

Comblera  la moindre faille

La plus infime lézarde

 

Si nous n'y prenons pas garde

Sarcler, faucher l'abcès vivace

Des colères et crucifixions       

Dès qu'il amorce sa croissance

 

C'est chaque jour qu'il nous faut

Entreprendre l'œuvre salubre

Le passé est un chiendent

Un furoncle de mémoire 

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LOIN DERRIÈRE LA TEMPÊTE

J'écris d'un territoire abreuvé de tempêtes
Le sol toujours mouvant des amours condamnées ;
A chaque instant, je crains m'ensevelir entier
Dans ces terres sans nom où la douleur inquiète …

Nous sommes proies de chair d'un soleil intérieur,
Et c'est pour ce soleil que l'on nous eût tués.
Pour que chaque rayon ressemble à une épée,
Faisons naître en nos joies l'enfant de la douleur ;

O masques impénétrables posés sur les visages,
Pourrons-nous donc un jour ne plus croire en vos charmes ?
Nous tenir à l'aguet et dégainer nos armes,
Lorsque le mot amour nous éblouit d'images ?

Mais il n'est d'autre issue vers le bonheur pour nous
Qu'une issue condamnée, un soupirail éteint,
Qui ne peut plus donner la chaleur de l'humain
Et nous nouons nos destins à ces mains qui nous clouent

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RÊVEURS PARALLÈLES



Rêveurs cadavériques, ô rêveurs parallèles
Que l'absence d'amour chaque jour a pâlis,
Qui rêvent l'un de l'autre … et l'ignorent à jamais !

Quand leurs chemins se croisent, à l'envers du soleil,
Ils ne reconnaissant pas les notes de leur cri
Dans l'étranger qui vient et connait leurs secrets !

Figés dans l'apparence et dans leurs idéaux,
Ils ne voient pas que l'Autre est celui qu'ils cherchaient,
Et qu'en prenant le risque d'aller vers l'inconnu,

Le bonheur ancrerait leurs rêves dans leur peau …
Mais non, ils fuient plus loin, vers un autre regret,
Vers qui ne peut comprendre leurs âmes écorchées, nues !

Et dans des galaxies de souffrance s'égarent,
Étoiles parallèles, si proches de s'unir,
Et qui vont leur chemin, comme honteux de la Joie !

Les portes se referment ; verrouillées, les histoires,
S'endorment, exilées de l'être et du devenir,
Dans le rêve des rêveurs parallèles en croix !

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NOTRE DAME DES ÉCORCHURES

Notre Dame des Écorchures
Ne nous envoyez plus vos anges !
Nous n'apprenons plus des blessures
Leurs leçons nous trouvent étanches

Nos oreilles ont trop entendu
Nos yeux trop vu, nos cœurs battu
Pour de démoniaques manèges
Qui ont tourné nos âmes en neige

Notre Dame des Écorchures
Nos genoux s'écorchent aux parvis
De vos églises et à vos murs
Nos lamentations sont sans fruits

Et vos musiques nous épuisent,
Orgues maladifs et pompeux
Annonciateurs d'apocalypse
Laissez nous respirer un peu !

Notre Dame des Écorchures
Nous sommes accablés de vos dons,
Las de porter leur poids d'ordure ;
Nous nous annihilons, rampons

Nos cicatrices ont trop saigné
Cessez donc de nourrir nos peurs
Nous sommes tellement fatigués
De l'offrande de vos douleurs

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OUVRIR LA PORTE

Silhouettes ambigues dont on ignore encore
Si elles apportent la vie ou la mort
Pour le saisir, il faut risquer son âme
Sans savoir si ce geste la sauve ou la damne

Il faut ouvrir la porte sans savoir qui ou quoi
Surgira derrière le rideau de chair
Que le non-advenu nous élève ou nous broie
D'un pur élan franchissons la frontière

Et parfois vient la tentation de s'asseoir
Rêve perdu dans une chambre noire
Et de vider de soi l'ardente lassitude
Un tissu de larmes et de solitude

Mais toujours chercher plus loin jusqu'à quand
Croire résoudre le néant
Par l'amour insensé d'une vie dans laquelle
Nous ne sommes que traces sans séquelles

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QU'IMPORTE !

Qu'importent les ecchymoses

Et les échos douloureux

De planètes égarées

 

Puisqu'aux écorces du vivant

Nous avons mêlé nos sèves

Dans la terre semé nos fruits

 

Puisque nous avons grandi

Mué nos points de départ en

Flèches érigées, verticales

 

Portant souffle de fournaise

D'où naîtront des univers

Et la puissance absolue

 

Du rire détissant l'ordre

Figé de nos quotidiens

Puisque certains de nos mots

 

Portèrent en germe des mondes

Qu'importe que nous ignorions

Le moment de leurs naissances

 

Puisque la fatigue n'a su

Ruiner toutes nos moissons

Qu'importe que nos émotions

 

Ne soient pas sorties indemnes

Des tourbillons fréquentés

Puisque ce qu'il en demeure

 

A acquis en densité

Résiste immodérément

À la pression des oracles 

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LES FONDATIONS DE NOS CRIS

Puisque le cœur bat encore
Il est possible qu'il serve
Et que l'essor appartienne
Encore à l'ordre des choix

Mais la nuit aux dents de marbre
Qui ronge grignote érode
Les fondations de nos cris …
Accélérer ! Mais vers où ?

Découvrir un point focal
Vers lequel drainer nos gestes
Nos paroles de misère
Avant que nous soyions pris

Dans les mailles du néant
Dédales jonchés de lames
Le tranchant des amours mortes
À l'imparable agonie

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