insurrectionpoetique !

D'UN BOUT À L'AUTRE DE LA NUIT

Je te parle d'un bout de la nuit
Et toi tu me réponds de l'autre
Notre parole n'est pas nôtre
Elle a franchi le long couloir
De nos douleurs accumulées,
De nos souffrances et de nos cris

Tous les remous de la mémoire
Tentent chaque jour de noyer
L'essentiel qui palpite en nous
Nous cherchons notre identité
Parmi les masques grimaçants
Qui voudraient s'y superposer …
Quand serons nous enfin vivants

Délivrés du sourire malin
Des déchirures ancestrales
Qui dorment au creux de nos reins
Et nous détournent du vital ?

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LES BOUTIQUIERS DU SILENCE

Aux échoppes des commerçants,
On pourrait presque tout trouver :
Quelques émotions pour survivre,
Des idéaux pris dans les livres
Et de la haine à bon marché
- Pour un sourire à contretemps,

Un bout de peau ou des idées- ;
Des âmes de rechange et les fleurs
Odorantes du souvenir,
Des femmes qui lisent l'avenir
Et la panoplie de nos peurs
En éventail colorié …

Regrets et remords sont en solde
Car ils trouvent peu d'acheteurs !
Des rôles, des peaux, des papiers
Tout prêts à être endossés …
Pour un rêve, un lot de douleurs,
Ce n'est pas bien cher payé !

Mais on ne trouve pas d'amour
Aux échoppes des commerçants ;
Parfois, pour une bouchée de pain
- Infini et cages à lapin
Confondus par le tout venant-
Des belles vendent leur corps de velours …

Chacun s'y trompe, mais pas moi !
Ce silence de cathédrale,
Cet espace où bat la lumière
De l'âme unie à la matière
Ne se trouve pas à l'étal
- Ni d'aujourd'hui, ni d'autrefois-

Des boutiquiers du silence
Qui font passer leur camelote
Pour un infini portatif

L'amour est demeuré captif
Du hasard, terrible despote
Et maître absolu des absences

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NOTRE DIGNITÉ PREMIÈRE

Naïfs qui nous imaginions l'enfer
Incandescence et feu sans rémission
Quand il n'était que l'avancée des glaces
Enserrant progressivement nos cœurs

Nous ne pouvions que retarder l'instant
Écarter les mâchoires de l'étau
Trouver entre elles l'espace de vivre
Sans en éradiquer l'âpre menace

L'esprit et les émotions en éveil
Ne suffisent à conjurer son empire
Pourtant, différer notre abnégation
Demeure comme une dignité première

Savoir en observer la trace en soi
Et amputer impitoyablement
Les morceaux d'âme déja contaminés
Désespéré de ne pouvoir pourtant

Aider ceux qui l'accueillent en invité
Impuissant face aux progrès de leur mal
Pour eux conçu comme bénédiction
Reculer certes mais demeurer debout

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DÉTOURNEMENT D'IDENTITÉ

Sous ce fatras de masques et de renoncements
D'utopies avortées, de vies en trompe-l'œil
De mensonges edeniques et d'enfers de façade
De peurs et de paroles, de non-dits fatidiques

Creuser, impitoyablement, creuser toujours
Pour qu'en pleine lumière surgisse le Réel
Paraisse le vivant. Où est la Vie ici ?
Las de ces clones humains où tout est prévisible

Ce n'est qu'en découvrant les coulisses de l'être
Sa part ensevelie, dissimulée, secrète
Que se révèle à nous la puissance du souffle
L'Homme n'est qu'un détournement d'identité

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CHERCHANT L'ANGULEUX, LE RÉTIF

De la géométrie parfaite
Initiale de l'univers
Pourquoi donc nous acharner à
Distordre toute perspective ?

Comme redoutant l'harmonie
Et alimentant la douleur
Vorace, jamais rassasiée
Qui nous poigne depuis l'enfance

Cherchant l'anguleux, le rétif
Plus que la douceur de la courbe
Le vide plus que la plénitude
L'incertain plus que le concret

Jetant nos dernières forces
Dans des combats perdus d'avance
Nous recherchons l'illimité
Mais nous complaisons dans l'inane

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LES ÉPIS FAUCHÉS DE NOS SACRES

Le sang coagulé des rêves
Alourdit la marche ; l'attente
Du feu nous est intolérable

Les épis fauchés de nos sacres
Comment pourrions-nous nous résoudre
À les brûler sans compassion ?

Trébuchant au seuil du mystère
L'instant de la révélation
Recule sans cesse et pourtant

Nous sentons la proximité
De sa lancinante émergence
Au cour des ombres imprévisibles

L'aile de l'ange nous effleure
Mais presque imperceptiblement
Et sa furtivité nous brise

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CETTE FAIM DE CHOSES IMMENSES

Tout devrait être facile
Et les articulations
Entre les mondes être souples

Mais à force d'entasser
Vides sur vides en nous
Nous finissons par n'avoir
Plus de place pour l'essence

Pour le noyau indécent
De nos pulsions vitales
Qui réclament leur pâture
Sans jamais être assouvies
Par les rêves à bon marché

Notre volonté s'égare
Vers ce que l'on nous apprend
À vouloir, qui ne possède
Pas l'élégance des astres

À peine ouvrons-nous les bras
Les tendons-nous vers le ciel
Que déjà tout se complique
Et la faim qui noue le ventre

Cette faim de choses immenses
D'amplitude de la vision
D'existence en plénitude
Sans limites et sans frontières

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L'ÉPÉE DROITE ET LE CŒUR LÉGER

La vigie de la dunette
Annonce "Vie" à tribord
Et je ne vois
Qu'un conglomérat de néants
Maladroitement coloriés

Archipel de "vérités"
Génétiquement modifiables
Ombres sans poids
Solitudes interchangeables
Prolifération du Rien

Qui a fait nos utopies
Perméables à l'inane
Aux déserts froids
Aux innocences inhabitées
À la désagrégation ?

Préserver l'inaccessible
Dans l'errance au quotidien
Rester vivant
Lutter exsangue d'idéaux
L'épée droite et le cœur léger …

Tant de temps dans la poussière
Dans la boue des grands chemins
De reniements
Mais l'œil toujours
Comme un volcan
Aux laves d'outre-déchirure

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ARCHITECTE DE L'IMPOSSIBLE

Crayonnant des immensités
Prémaquettes de l'Infini
Architecte de l'impossible
Je vais, la rage au creux des reins

Lésé de la compréhension
D'un monde d'extases mollassonnes
De nirvanas préformatés
Je vais, plus vaste que mon songe

Monde qui fermente au dedans
Comme une marée volcanique
Et dont les scories seules effraient
Comment le placer sur la scène ?

Cauchemar de ne pouvoir vivre
Dans l'intensité de ce cri
Qui monte et ne peut s'exprimer
Et qui contient tant d'edens

Alors que faire, sinon durer
Espérant l'irréalisable :
Le déploiement du soi majeur
Sans la permanente contrainte
De ce vain devoir de tiédeur ?

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LE CRACHAT CONCRET DE LA PEAU

Abandonnez vos autismes grégaires
Car le réel ne se limite pas
À vos géométries ni à vos comptes en banque
Ni au crachat concret de votre peau !

Liberté et révolte ne sont pas
Des jingles pour puzzles publicitaires
Les barbares vous guettent aux frontières des mots …
Ne croyez pas vos mémoires étanches !

Nous déclarons la guerre sémantique
Aux géoliers de notre identité
Ne vous y trompez pas ; elle sera sans merci
Car notre cri est transparent brasier

Nous jetterons tous nos rêves avortés
Dans le creuset d'une terre hérétique
D'où renaîtront, immenses, leurs spasmes interdits
Et plus rien ne nous pourra limiter !

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LA GRÈVE ILLIMITÉE DES RÊVES

Nous avons fait la grève illimitée des rêves
La grève illimitée des idéaux
Nous n'avons rien obtenu en échange
Que ce rôle où nous sommes à l'étroit

Nous avons renoncé à être purs et droits
Sentir sur nos âmes le souffle de l'ange
Et prisonniers du désert de nos peaux
Nous attendons l'improbable relève

Qui tombant dans la nuit froide des certitudes
Renoncement de toute identité
Nous laissera repartir vers l'élan
Vers l'accomplissement des utopies

Las de ces faux vergers et de leurs âpres fruits
N'étanchant pas notre soif-océan
De partager, de vivre et de donner
Nous aspirons à la béatitude

Une béatitude concrète et agissante
Fil transcendant dans le chas des miroirs
Qui tisse une nouvelle réalité
Où règne notre impatience de connaître

Nous voulons retrouver le feu sacré de l'être
L'incandescence de notre vérité
Et dérouler le fil de notre histoire
Sur la trame d'âmes droites et vibrantes

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DES YEUX DE PORCELAINE

À force de les contraindre à regarder l'horreur
Pour ne pas en oublier le visage
Mes yeux sont devenus porcelaines vivantes
Brisées, recousues, recollées

Mais la Beauté à en réunir les fragments
Ne put suffire, imparfaits, décalés
Scrutant plus loin, plus vrai, sous des angles inédits
Trop plein de ce que l'on taisait

Je percevais une part de la vérité
Que nul ne voulait comprendre et aimer
Dissimuler ce que mon cœur sentait
Épreuve dont je ne ne sortais pas

Toujours vainqueur et qui me séparait du monde
Regards décomposés, recomposés
Je vous cherchais sans cesse dans le monde des hommes
Quelle fête lorsque je vous trouvais

Vous constituiez ma tribu secrète
Et j'y appartenais quoiqu'il advienne
Mais si disséminée pourtant que je tremblais
De ne plus jamais pouvoir dire

Avec vous seuls le dialogue était possible
De cœur à cœur ; lorsque je vous perdais
Je perdais un peu de la vigueur douloureuse
Qui me tenait, me tient vivant et pur

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IVRE DE VIVRE EN ENTIER

Étonné d'être debout
Malgré massacres, naufrages
La cendre des espérances
Teintant nos lèvres d'absence

Marchant constellé de plaies
Mais absorbant les miracles
Par les pores de ma peau
J'oscille mais je tiens bon

Si las mais capable encore
D'éprouver plus que tout autre
L'ivresse de vivre en entier
Déployé pour peu de temps

Étendre vers le haut mes rêves
Comme les arbres leurs branches
Simplement mais pleinement
Incarné dans la matière

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MODIFICATION DES MIROIRS

Il y eut des pas et des paroles
Des actes et des trahisons
Et des ondulations charnelles
Rien de tout cela n'a de sens

Un jeu - règles changeant sans cesse,
Modification des miroirs-
Dont le refus de le jouer
N'est qu'une autre forme perverse

Sporadiquement des issues
Des sas s'ouvrent pour laisser passage
Vers un espace situé hors
Du Jeu, la grâce inouie de l'instant

Mais la crainte nous envahit
Et nous retournons vers nos chaînes
L'enchaînement des mécanismes
Où la conscience nous déserte

Et nous nous prenons à penser
Au sérieux indéracinable
De ce Jeu auquel nous jouons
Sans jamais nous avouer Joueurs

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LA RAGE

La rage, l'acharnement de demeurer vivant ;
Vivre pour vous n'est que fonctions anatomiques
Soigneusement agencées en savantes mécaniques,
Sentir circuler l'air et respirer le sang …

Mais on peut être mort et marcher dans la ville,
Quand la viande continue à gérer la mouvance …
Vous ne la sentez pas en vos âmes cette absence ?
Elle crie, elle hurle sa souffrance d'exil !

Etre vivant, s'étendre dans toutes les dimensions,
Que l'on sent volcaniques en nous, prêtes à surgir …
Ce n'est pas une langue morte que le désir …
Et nous le prouverons, oui nous le prouverons !

Où donc avez-vous mis votre capacité
D'amour, d'étonnement et d'émerveillement,
Et pourquoi différer l'expression de son chant ?
Pourquoi tasser en soi l'élan de vérité ?

Notre vérité propre demeurant par essence
Intransmissible, sinon par le don de soi même,
Quittez à présent vos poussiéreux théorèmes,
Osez le paradis d'une nouvelle naissance !

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