insurrectionpoetique !

ARCHITECTE DE L'IMPOSSIBLE

Crayonnant des immensités
Prémaquettes de l'Infini
Architecte de l'impossible
Je vais, la rage au creux des reins

Lésé de la compréhension
D'un monde d'extases mollassonnes
De nirvanas préformatés
Je vais, plus vaste que mon songe

Monde qui fermente au dedans
Comme une marée volcanique
Et dont les scories seules effraient
Comment le placer sur la scène ?

Cauchemar de ne pouvoir vivre
Dans l'intensité de ce cri
Qui monte et ne peut s'exprimer
Et qui contient tant d'edens

Alors que faire, sinon durer
Espérant l'irréalisable :
Le déploiement du soi majeur
Sans la permanente contrainte
De ce vain devoir de tiédeur ?

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LE CRACHAT CONCRET DE LA PEAU

Abandonnez vos autismes grégaires
Car le réel ne se limite pas
À vos géométries ni à vos comptes en banque
Ni au crachat concret de votre peau !

Liberté et révolte ne sont pas
Des jingles pour puzzles publicitaires
Les barbares vous guettent aux frontières des mots …
Ne croyez pas vos mémoires étanches !

Nous déclarons la guerre sémantique
Aux géoliers de notre identité
Ne vous y trompez pas ; elle sera sans merci
Car notre cri est transparent brasier

Nous jetterons tous nos rêves avortés
Dans le creuset d'une terre hérétique
D'où renaîtront, immenses, leurs spasmes interdits
Et plus rien ne nous pourra limiter !

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LA GRÈVE ILLIMITÉE DES RÊVES

Nous avons fait la grève illimitée des rêves
La grève illimitée des idéaux
Nous n'avons rien obtenu en échange
Que ce rôle où nous sommes à l'étroit

Nous avons renoncé à être purs et droits
Sentir sur nos âmes le souffle de l'ange
Et prisonniers du désert de nos peaux
Nous attendons l'improbable relève

Qui tombant dans la nuit froide des certitudes
Renoncement de toute identité
Nous laissera repartir vers l'élan
Vers l'accomplissement des utopies

Las de ces faux vergers et de leurs âpres fruits
N'étanchant pas notre soif-océan
De partager, de vivre et de donner
Nous aspirons à la béatitude

Une béatitude concrète et agissante
Fil transcendant dans le chas des miroirs
Qui tisse une nouvelle réalité
Où règne notre impatience de connaître

Nous voulons retrouver le feu sacré de l'être
L'incandescence de notre vérité
Et dérouler le fil de notre histoire
Sur la trame d'âmes droites et vibrantes

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DES YEUX DE PORCELAINE

À force de les contraindre à regarder l'horreur
Pour ne pas en oublier le visage
Mes yeux sont devenus porcelaines vivantes
Brisées, recousues, recollées

Mais la Beauté à en réunir les fragments
Ne put suffire, imparfaits, décalés
Scrutant plus loin, plus vrai, sous des angles inédits
Trop plein de ce que l'on taisait

Je percevais une part de la vérité
Que nul ne voulait comprendre et aimer
Dissimuler ce que mon cœur sentait
Épreuve dont je ne ne sortais pas

Toujours vainqueur et qui me séparait du monde
Regards décomposés, recomposés
Je vous cherchais sans cesse dans le monde des hommes
Quelle fête lorsque je vous trouvais

Vous constituiez ma tribu secrète
Et j'y appartenais quoiqu'il advienne
Mais si disséminée pourtant que je tremblais
De ne plus jamais pouvoir dire

Avec vous seuls le dialogue était possible
De cœur à cœur ; lorsque je vous perdais
Je perdais un peu de la vigueur douloureuse
Qui me tenait, me tient vivant et pur

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IVRE DE VIVRE EN ENTIER

Étonné d'être debout
Malgré massacres, naufrages
La cendre des espérances
Teintant nos lèvres d'absence

Marchant constellé de plaies
Mais absorbant les miracles
Par les pores de ma peau
J'oscille mais je tiens bon

Si las mais capable encore
D'éprouver plus que tout autre
L'ivresse de vivre en entier
Déployé pour peu de temps

Étendre vers le haut mes rêves
Comme les arbres leurs branches
Simplement mais pleinement
Incarné dans la matière

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MODIFICATION DES MIROIRS

Il y eut des pas et des paroles
Des actes et des trahisons
Et des ondulations charnelles
Rien de tout cela n'a de sens

Un jeu - règles changeant sans cesse,
Modification des miroirs-
Dont le refus de le jouer
N'est qu'une autre forme perverse

Sporadiquement des issues
Des sas s'ouvrent pour laisser passage
Vers un espace situé hors
Du Jeu, la grâce inouie de l'instant

Mais la crainte nous envahit
Et nous retournons vers nos chaînes
L'enchaînement des mécanismes
Où la conscience nous déserte

Et nous nous prenons à penser
Au sérieux indéracinable
De ce Jeu auquel nous jouons
Sans jamais nous avouer Joueurs

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LA RAGE

La rage, l'acharnement de demeurer vivant ;
Vivre pour vous n'est que fonctions anatomiques
Soigneusement agencées en savantes mécaniques,
Sentir circuler l'air et respirer le sang …

Mais on peut être mort et marcher dans la ville,
Quand la viande continue à gérer la mouvance …
Vous ne la sentez pas en vos âmes cette absence ?
Elle crie, elle hurle sa souffrance d'exil !

Etre vivant, s'étendre dans toutes les dimensions,
Que l'on sent volcaniques en nous, prêtes à surgir …
Ce n'est pas une langue morte que le désir …
Et nous le prouverons, oui nous le prouverons !

Où donc avez-vous mis votre capacité
D'amour, d'étonnement et d'émerveillement,
Et pourquoi différer l'expression de son chant ?
Pourquoi tasser en soi l'élan de vérité ?

Notre vérité propre demeurant par essence
Intransmissible, sinon par le don de soi même,
Quittez à présent vos poussiéreux théorèmes,
Osez le paradis d'une nouvelle naissance !

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EXPATRIÉS DE LA CHANCE

On a envie de hurler que cette vie n'est pas la sienne
Qu'on l'a trouvée par hasard et qu'on s'en est revêtu
Comme d'une panoplie mais inexplicablement
Nous restons dans le silence. Pas déranger les voisins

On a envie de hurler "moi pauvre grain de poussière
Quelle est la façon concrète, quel est l'acte si petit
Si microscopique fût-il
Qui puisse être élaboré

Entrepris face aux massacres,
L'oxygène qu'on nous spollie
En dépeuplant les forêts ? "
Mais nous demeurons muets

Expatriés de la chance
Exilés dans le néant
Nos poings restent dans nos poches
Et nos rêves au bord du vide

Qui saura quelles choses immenses
Nous pourrions si ce cri-là
Ne demeurait stérile en nous
Si nous rendions fertiles

Les terres de ces aspirations
Auxquelles nous avons renoncé
Par manque de temps et de force ?
Personne ! Notre miroir peut-être …

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DÉSERTER L'EXIGENCE

Nos rêves ne laissent pas de traces dans les miroirs
Ils modèlent l'idée que l'on se fait de soi
Et dédient notre image à sa hauteur première

Ce n'est qu'en se mêlant au monde qu'ils peuvent naître
Pourtant cette émergence les corrompt dès le seuil
Quel combat pour en sauvegarder un reflet !

Les obstacles multipliés à leur croissance
N'imposent que dédain aux zélateurs du vide
Heureux de ne point être avec quelque talent

Tenir debout ses rêves malgré les cicatrices
Qu'on laissé sur la peau tant de mutilations
Refusant le bonheur simple de l'amnésie

Savoir qu'être équarri serait plus confortable
-N'être qu'enveloppe de peau interchangeable-
Mais pourtant ne pouvoir déserter l'exigence

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LE PERPÉTUEL ARRACHEMENT DE VIVRE

Les ombres sont mises à sécher
Elles resserviront ; l'obscur
Finit toujours par resservir

La lumière ? Ah, la lumière !
Chaque jour à inventer
Et chaque jour s'effaçant

La ressusciter, partant
D'un simple grain, souffle à peine
Que l'orage désagrège

L'effort si peu gratifiant
- Pour un rayon, que de plaies ! -
Et pourtant si nécessaire

Vif le désir de laisser
Ses bagages à la consigne
De prendre le premier miroir
Traverser le feu des songes
Et devenir translucide …

Mais un rire, une tendresse
Il n'en faut pas davantage
Pour nous ancrer dans la chair
Et désirer plus que tout
Le perpétuel arrachement de vivre

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LA PROCHAIN TRAIN VERS L'ÊTRE

En creux de ce dédale en kaléidoscope
Où nous tournons autour de l'axe des défaites
Sans percevoir le sens ni la saveur du monde

S'étoile cette vie ardente, indéchiffrable
Qui se déploie par de secrètes connexions
Dans notre identité, qui densifie son chant

Lorsque le feu nous ouvre aux possibles vertiges
Hors du vide compact où croupissent nos âmes

Quand nous prenons conscience de ces instants où vivre
Nous ramène aux extases archaïques, oubliées
Où fusionnant avec le noyau du cosmos

Nous découvrons le cœur battant de l'univers
La lumière d'avant les mondes devient nôtre
Nous participons de son essence dans l'acte

Puis nous retournons dans la densité factice
Craignant que la grâce jamais plus ne nous empoigne
Pour nous élever vers le centre du réel

La soif de ces moments-là épuise nos rêves
Mais chaque fois la vague finit par revenir,
Nous porte vers ses déchirants enchantements

Nous ne pouvons plus nommer "vivre" ce silence
Ni renoncer au divin écartèlement
Mais avides guettons le prochain train vers l'Etre

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CONFORTABLES NÉANTS

Vivant au ralenti dans le brouillon, l'esquisse
De ce que pourrait être une vie véritable
Nous nous aménageons des néants confortables
Où tout choix, tout amour, tout penser est silice
Dont le feu trop brûlant déchirerait l'image
Que nous avions bâtie de paresses complices

Quelle dérive du cœur en nous identifie
Le glas des rêves à une marche triomphale
Dont l'escalier nous mène à de sombres états
Où le couperet tranche nos secrètes envies
En morceaux de fades pestilences létales

Nous ne voulions rien d'autre qu'être un peu plus que rien
Et ce vœu même n'aura pu être exaucé
Nous sommes en deça de nos réalités
Même si nos néants se parent de parfums
Différents leurs saveurs une fois effacées
Ne laissent entre les lèvres que de plus âpres faims

La terre vierge inexplorée de la splendeur
Le déploiement de l'âme en son élan premier
Sont des défis que nous n'oserons relever
Dans un monde truqué, tronqué, sans profondeur
Comme si amputés de notre densité
Nous titubions heureux vers l'ombre des douleurs

Comme si la tentation n'induisait pas le doute
Et se satisfaisait dans l'absence d'écho
Comme si son état seul apaisait notre peau
Hors du vertige des atomes en déroute
Comme si le mystère ne naissait pas du chaos
Dont nous différons et la naissance et l'écoute

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MUTANTS PRÉCURSEURS ÉCORCHÉS

Après que l'on eût démonté
Pour qu'elles tiennent moins de place
Dans une valise anonyme
Les émotions glanées en route

On veut préserver des regards
La précieuse cargaison
Lestant nos bras et nos mémoires
Mais lorsqu'on les veut remonter
Il manque toujours une pièce

Les éléments jetés en vrac
Se refusent à coincider
S'unir en un tout acceptable
Un peu hybrides, un peu bancals

Mais ce qui surprend davantage
C'est que lorsque nous exposons
Ces fragments disparates comme
S'ils étaient uniques pulsions

Nul ne perçoit la différence
Et une question nous lancine :
Et si c'était finalement
Cette vaste supercherie

Cette union disharmonieuse
Cette désarticulation
Permanente et privée de sens
Que les autres appelaient la Vie ?

Et si c'était notre désir
De cohésion, de cohérence
Notre désespéré désir
D'unir logiquement les pièces

Entre elles qui signait notre exil ?
Si le monde n'espérait rien d'autre
Qu'un chaos approximatif
Et que la vie le faisait fuir ?

Alors serions-nous dans l'erreur
En recherchant cet équilibre
Cette paix intense et vivace
Ou serions-nous uniques à ne

Pas vouloir trahir l'univers
Martyrs d'une fidélité
Mutants précurseurs écorchés ?
Question dont nous n'aurons sans doute

Dans cette enveloppe de chair
Que l'esquisse d'une réponse
Mais nous n'avons pas d'autre choix
Que devenir ce que nous sommes

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TROP DE TERRE, TROP DE MER, TROP DE FERVEUR DE VIVRE

On ne peut avancer sans laisser en chemin
Des morceaux de son âme et le vide a mangé
D'elle plus que sa part en moi et cependant
Elle est si vaste encore qu'elle vous terrifie

Nul ne peut prétendre à l'aisément circonscrire
À la classer dans une case définie
Elle s'arqueboute encore contre la mort de l'être
Ses chants polyphoniques entre horreur et beauté

Déconcertent l'oreille et laissent troublé l'ange
Et le démon qui cohabitent, se superposent
Se confondent parfois en chaque frère humain
Ils chevauchent enfer et paradis à la fois

J'étais une planète, demeure un continent
Oh non ! Je ne fus pas moins fragmenté que vous
Et cette ampleur est accueillante et sans mépris
Mais son existence même vous apparaît défi

Je tais ce que je peux, il y en a toujours trop
Trop de terre, trop de mer, trop de ferveur de vivre
Pour vous accoutumer à mes eldorados
Que faire de ces soleils que mon cœur porte en croix ?

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LE MASQUE NÉCESSAIRE

Apprendre à revêtir une forme acceptable
Tout en n'hésitant pas au moment adéquat
À poser son âme et son sexe sur la table
Miser toute sa vie sur la cendre d'un pas
Qui retentit du fond de la nuit modulable
Où tant se sont perdus, d'où peu se sont enfuis
Apprendre à exister dans cela qui n'est pas
Survivre à ce Grand Rien qui déploie, qui déplie
Les draps rêches et froids d'une vie raisonnable

De grands arbres ont poussé à l'envers de ma tête
Ne les montrer que dans l'élégance des mots
Faire passer le profond pour musique de fait
Et les étoiles qui vous ont criblé la peau
Et qui absorbent votre destin à la source
Pour ornement futile. Vérités sous boisseau
Attendre qui ne fuit le fleuve qui vous pousse
Vers l'irascible mer et l'écume au couteau

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