insurrectionpoetique !

MÉLODIE DU "TROP TARD"

Dévaler l'escalier des rythmes frénétiques
Nouer les mouchoirs du sang
Pour ancrer le souvenir
Courir dans la pluie rance des crimes quotidiens
Tenter de se saoûler d'enfances retenues

Harponner les taxis comme on pêche une truite
Ou la lourde baleine des rêves indéfendables

Rien n'y fait, le retard crucifie les horloges
"Trop tard"
La mélodie insidieuse noue aux algues nos élans

Trop tard aux rendez-vous que nous fixe la Vie
Ne demeurera d'eux que la rose acérée
D'une désinvolture écartelée

1 commentaire - aucun rétrolien

DIRE QUE L'HUMAIN EST À NAÎTRE

J'ai cheminé lentement
Le long de ma différence
J'ai rencontré les serpents
De vos obscures indécences

Je leur ai tordu le cou
Non sans que quelque venin
Sous ma peau ferme un verrou
À l'ange de mon destin

J'ai vaincu, quoiqu'écorché
Des écueils en perpétuelle
Métamorphose et créé
Plus d'une fois l'étincelle

Magique qui ramènerait
Au vide d'avant les mondes
Au grand silence secret
D'où les rêves se fécondent

Je vais d'image en image
Dire que l'humain est à naître,
Qu'il survivra au carnage
Des illusions du non-être

J'écoute son pas venir
Auparavant ne pourrai
Ni sommeiller ni mourir
Ni me taire tout à fait !

3 commentaires - aucun rétrolien

PAR DELÀ LES MIROIRS BISEAUTÉS

Explorer la somptueuse étendue des possibles,
Regarder par delà les miroirs biseautés
Comme des jeux de cartes où la vie est truquée
Entrer dans l'épaisseur du tissu du visible

Quelle est ma propre essence et le sens de ce cri
Arquebouté contre les fondations du silence
Qui n'ose pas jaillir et garde son torrent ?

Le chemin le plus pur où l'être s'accomplit
Où le feu brûle l'âme et ces tombeaux d'absence
Peuplant le cimetère de nos renoncements

Je vais sur les chemins qui sinuent dans ma tête
En quête d'un oiseau comme un double secret
Qui s'élève au dessus de tous vos théorèmes
J'ai envie de trancher les liens de la non-vie

Comme un coup de rasoir, de dents ou de poker
Trancher tout ce qui m'emprisonne à la surface
Trouver la densité fluide de la vie

La densité se danse au midi de la chair
Y-a-t-il en mon cœur suffisamment d'espace
Pour oublier la fleur et que naisse le fruit ?

aucun commentaire - aucun rétrolien

NE BRUSQUEZ PAS LE FUNAMBULE

Ne brusquez pas le funambule
Ne tentez pas d'avaler ses soleils ;
Purs, ils vous dissolveraient les entrailles
Arc-en-ciels de phosphore dans vos tripes en pagaille

Sa solitude n'est pas pour vous
Elle est criblée de relents d'arsenic
D'acides oracles magnétiques
Et d'un Absolu qui serait votre dédale

Leurs yeux sont mémoire des futurs
Et jonglent avec des rasoirs en miroir
Qui biseautent le réel profané
Et ouvrent dans l'étron des pistes prophétiques

Ne brusquez pas le funambule
C'est à vos cris que sa corde est fixée
La trancher c'est vous amputer du vide
Où autrefois vous aviez crucifié l'eden

5 commentaires - aucun rétrolien

PARADIS MORCELÉS

Fermant les paupières m'apparut
Une constellation d'ardentes cathédrales
Et je devins oiseau dont les ailes emplissaient
Chacune des ramifications de l'espace

Puis j'ouvris lentement les yeux
Et ne vis plus que combats
Soumissions, dominations
Humiliations, impasses

Brumes, chaos, paradis morcelés
Réalités puzzléiformes et dissociées
Fragments solaires entre strates d'enfer
Et tièdes et contraignants atermoiements

Où les mouvements se diluaient
Dans une pénombre visqueuse
L'amour une plaie, une poubelle,un fourre-tout

Où nous entassons nos histoires anciennes
Nos déceptions, nos amertumes
Nos clichés et nos défaites

Alors plus rien, désert et vide
Aspiration au silence intérieur
À cette paix que le présent ne saurait nous procurer
Que par des artifices de mémoire

Et l'on s'attache, se détache, se fracasse
Sans y attacher plus d'importance que cela
Avec un soupçon de lassitude

Mais au delà de la conscience, de l'inconscience et de la mort
Des lambeaux de peur et de fièvre
Des lambeaux de rêves aussi
Accrochés au pli de nos lèvres

Comme des plaques de cuivre à l'arrière des genoux
Pour nous empêcher de plier, de supplier
De nous soumettre, de nous annihiler
Mais dieu qu'un peu de vie vraie, intense et paradisiaque
Reposerait notre conscience !

aucun commentaire - aucun rétrolien

INCERTAIN, FÉBRILE, ILLICITE

On voudrait effacer nos traits
Dans l'enlisement quotidien
Nous priver de notre visage
Sans même nous laisser en échange

L'absolution des martyrs
Nous vider de notre substance
Apics, rides, aspérités
Durement, chèrement conquises

À l'image d'un monde où le Rien
Bruisse plus que mille crécelles
Vacarme assourdissant et vain
Pour couvrir les voix essentielles

Ce néant autosatisfait
Dont gavent nos âmes égarées
Ceux-là même qui définissent
Ce que doit ou ne doit pas être

L'omnipotente réalité
Au nom de laquelle on condamne
Nos élans, nos fièvres et nos chants
Par un implacable mépris

Comme si inexister était
Par décret inscrit dans nos gênes
J'affiche mon visage illicite
Et dans mes yeux brûle la foudre

Vivre est un péril que je prends
Je dénie tout droit d'existence
À vos forteresses malades
Dans leurs failles, dans leurs fissures

J'inscris la marque de mon cri
De manière indélébile
Quand vos slogans dont vous cherchez
À faire des règles de vie

Se seront érodés, usés
Mon cri à l'envers des miroirs
Dont vous cherchez à abolir
Tout reflet d'une vie multiple

Mon cri demeurera gravé
Incertain, fébrile, illicite
Mais tout aussi ineffaçable
Que la morsure de nos rêves

4 commentaires - aucun rétrolien

TROUBLES CHARMES DE L'AMNÉSIE

Il faut affronter sa mémoire
Comme mer en furie mouvante
Et dont les roches projetées
Vers nous blessent nos illusions

Il faut comprendre ses messages
À tant de choses inutiles
Entrecroisées déterminant
Notre avenir … mais l'amnésie

Parfois nous est si nécessaire
Pour freiner la suffocation
Des souvenirs inachevés
Pourrissant dans l'entre-deux-mondes

Et l'énergie qui tourne en rond
Se dévorant, serpent lové
Sans pouvoir exprimer sa force
La jumeler à la lumière

Demeurer vivant est parfois
Si exténuant sacerdoce
Mais le cœur battant nous y pousse
Irrévocablement … Tant pis !

aucun commentaire - aucun rétrolien

BRAS DE FER AVEC LE NÉANT

Pareil au lierre, j'ai enroulé mon souffle
À l'axe de la vie en plénitude
J'ai dévié, mille fois j'ai chuté
La douleur ne fut jamais simulée

Mais désarticulé, éparpillé
J'ai recomposé l'ensemble de mon être
Et repris l'ascension interrompue
Le vent tranchant ne m'a pas épargné

La glace a labouré mes certitudes
La poussière a crucifié mon regard
Et la tentation de me renier
A empoigné mon âme à pleines griffes

Mais le bras de fer avec le néant
Inéluctablement recommençait
Et jouissant d'un provisoire triomphe
L'élévation de nouveau s'affirmait

Comme le seul choix possible pour conquérir
La dignité de ma nature humaine
Il n'est pas un pouce de mon visage
Pour lequel je n'ai fiévreusement lutté

Chaque angle, chaque ride en est la trace
Tant de joyaux que savent reconnaître
Ceux qui fuyant les lumières factices
S'identifièrent au feu qui les brûlait

aucun commentaire - aucun rétrolien

ÉMIGRÉ CLANDESTIN

Depuis plus de trente ans, j'essaie de m'intégrer
Émigré clandestin d'une étoile filante
Et pourtant, je demeure à jamais l'étranger
Qui brûle pour autrui de flammes trop ardentes

Mon cœur est un palais aux nombreuses merveilles
Et s'y aventurer demande du courage …
Car comment supporter la lumière des soleils
Que l'expérience m'a appris à mettre en cage

Nous sommes peu nombreux sur la terre des hommes ;
Trouver ceux de ma race est la quête constante
Le signe brûle en eux plus fort et les consumme
Ils s'élancent et retombent dans la nuit décevante

Et ces élans brisés les obligent à se taire
Mais leur allure encore les trahit, les dénonce …
Ce n'est pas notre peau, mais c'est notre lumière
Au bord de laquelle l'Autre se récuse et renonce

7 commentaires - aucun rétrolien

SANS GRÂCE ET SANS RÉDEMPTION

Nous traînons de bien sales miroirs
Derrière nous comme des chiens galeux
Nul n'aimerait scruter au fond des yeux
Les ombres qu'on y croise certains soirs

Nous n'exigeons le pardon ni la grâce
Pour nos défaites et pour nos trahisons
Nous espérons que quelquefois nos dons
Aient pu sculpter des soleils sans impasse

Nos crimes furent accomplis en conscience
Il nous fallait au travers d'eux passer
Pour accéder à la vie majuscule
À cet axe de notre identité
Sans lequel nous n'étions qu'évanescence
Autour duquel nos songes s'articulent

La damnation naquit de notre éveil
À cette réalité amplifiée
Brassant nos sens en vagues embrasées
Braises de sang sur la plaie du soleil

Et de l'enfer comme du paradis
Nous eûmes les prémices, l'avant-goût
Nous avons dévoré jusqu'au dégoût
Jusqu'à l'extrême la lumière et la nuit

Nous ne demandons pas que l'on comprenne
La trajectoire insensée de nos vies
Ni que l'on s'apitoie sur notre chute
Mais que le souvenir de notre lutte
Dont l'objectif est à vos yeux défi
Laisse à vos lèvres sa saveur souveraine

aucun commentaire - aucun rétrolien

INNOCENCES INHABITÉES

La vigie, de la dunette,
Annonce "vie" à tribord
Et je ne vois
Qu'un conglomérat de néants
Maladroitement coloriés

Archipel de "vérités"
Génétiquement modifiables
Ombres sans poids
Solitudes interchangeables
Prolifération du Rien

Qui a fait nos utopies
Perméables à l'inane
Aux déserts froids
Aux innocences inhabitées
À la désagrégation ?

Préserver l'inaccessible
Sans l'errance au quotidien
Rester vivant
Lutter, exsangue d'idéaux
L'épée droite et le cœur léger …

Tant de tant dans la poussière
Dans la boue des grands chemins
De reniements
Mais l'œil toujours comme un volcan
Aux laves d'outre-déchirure

1 commentaire - aucun rétrolien

ET SI TOUT ÉTAIT À REFAIRE …

Nous avançons, hantés de la seule certitude
D'avoir été mutilés
Et nous ne trouverons ni répit ni repos
Tant que nous ne saurons de quoi

Nous faisons l'inventaire dans notre solitude
De nos gestes, de nos pensées
De notre anatomie et de nos idéaux
Ce qui manque, nous y avons droit !

Pourquoi demeurons-nous immobiles et cloués
Dans l'unique survivance ?
Lassitude d'agir et de dire et de faire
Conscience de leur nécessité

Tout avant nous fut dit, rien ne fut écouté
Doit-on garder le silence
Ou reformer les mots dans leur incandescence ?
Doit-on définir ou douter ?

S'il nous faut chaque fois redonner l'essentiel
Sous des formes inédites
Quand aurons-nous le temps d'explorer au delà,
Où nul ne s'est aventuré ?

Notre pensée doit aller plus vite que le réel
Mais notre esprit se délite
Boxeurs sans expérience fatigués des coups bas
Qui, sur le ring, un peu sonnés

Ne parviennent pas toujours à se maintenir droits
Vacillants dans le néant
Donnant l'insuffisance de leurs ultimes forces
Dans leurs mouvements d'écorchés

Etre à l'écoute du temps qui est, qui nous échoit
Nous laisse la plume en sang
S'il faut le regard fier, s'il faut bomber le torse
Pour qu'on puisse nous écouter

Alors nous servons à rien, ou pas grand chose
Et vains sont nos anathèmes
Et pourtant, nous faisons tout ce que nous pouvons
Mais sans doute n'est-ce pas assez

Que la vie, le vivant et leurs métamorphoses
Franchissent les murs du poème
Pour courir, pour danser dans la ville, illusion ?
Ou ultime nécessité ?

1 commentaire - aucun rétrolien

EN FUSION AVEC LE FEU DES CHOSES

À chaque mouvement, un soleil est broyé
Combien de tours de roue, combien de grincements
Avant d'entrer au cœur d'un seul instant de grâce ?

Il nait d'un inconnu qui vous offre vos rêves
Particules dérisoires d'un néant humain ;
D'un ami qui sourit, d'une femme qui s'ouvre

Et vous donne pour miroir le chant d'un arc-en-ciel
Ou de rien, simplement d'être là dans l'instant
En accord en fusion avec le feu des choses

Combien de tours de roue avant ces moments-là
De jours et de nuits vides de sens et de miracles
À guetter sans patience l'unité des visibles ?

Combien de concessions au dieu médiocrité ?
Rouages crénelés de la mesquinerie
Tournant sur notre peau, la constellant d'absence Absence à ce rêve qui construit l'identité
De ce qu'il vaut en l'homme la peine de sauver

Combien de tours de roue pour un instant de grâce ?
Étranger à l'ardeur des classifications,
Échappant au déni d'âpres matérialistes
Comme à l'ordre nouveau d'évaporés mystiques

Il se dresse, fier et droit, acéré et nos vies
Dérangées dans le cours de leur banalité
S'affolent, veulent en voir apprivoiser le vertige

Au lieu de le laisser venir, comme un enfant
Qui invite à danser en nous sa royauté
Et nous dit de tenter de vivre au diapason
Et que nous n'avons plus le droit de ne pas être

aucun commentaire - aucun rétrolien

DANS L'ARÈNE DES SENTIMENTS HUMAINS

Un zeste de mélancolie pour croire
Qu'on ressemble encore à un être humain
Et l'ironie comme un bouclier de fortune
Pour descendre dans l'arène des sentiments humains

En sachant qu'on va mourir et renaître
Renaître et mourir en boucle inlassable
Mais que toujours, au bout du compte, on est vaincus
Par la fée grimaçante qui peuple nos miroirs

Trains perdus et sas trop tôt refermés
Impasses élevées à la puissance dix
Équations, émotions aux inconnues multiples
L'algèbre de l'amour est peuplée de fantômes

Des blocs de glace en nos cœurs qui dérivent
Font monter la marée des souvenirs
Jusqu'aux demeures blêmes où nous nous réfugions
Et submergent l'essence absolue de notre être

Amputés et solubles dans l'alcool
Nous continuons à marcher droit devant
Nous n'avons pas atteint la lassitude extrême
Et face à l'ouragan, nous sommes toujours debout

Guettant le défi que la mort nous lance
Guerriers du néant et de l'infini
Bravant l'immensité : perpétuelle quête
Jusqu'au défi ultime qui nous crucifiera

1 commentaire - aucun rétrolien

TROP FRILEUX POUR ÊTRE VRAIMENT VIVANTS …

S'accrocher à des mantras dérisoires
Cœur ébréché et miroirs en attente
De présenter un reflet acceptable

Ensevelis sous de vaines esquisses
-Mensonges qui nous tiennent hors du risque-
De faux edens, artefacts monnayables

Quand c'est dans le péril de ses entrailles
En misant notre souffle et notre peau
Qu'il nous sera possible d'entrevoir

Un fragment de l'Essentiel peut-être
Trop frileux pour être vraiment vivants
Dans la plus haute acceptation du mot

Dans un monde d'émotions falsifiées
La vie que nous nous acharnons à vivre
Est un affront au regard des étoiles

Si tu ne vois que l'ensemble des mots
Et non le sang dont les lettres transpirent
Va, camarade, ta voie n'est pas la mienne

aucun commentaire - aucun rétrolien

Page précédente | 1 2 3 4 5 6 7 8 | Page suivante

Créer un blog sur MaBulle. | C.G.U. - Copyright | Signaler un abusContacter l'auteurVisiter le blog parrain http://margot.mabulle.comVoir des blogs de la thématique: Lecture, poésie et littérature érotique