insurrectionpoetique !

TROIS POÈMES INÉDITS D'ANDRÉ-LOUIS ALIAMET

Par absence de diffusion conséquente, la poésie actuelle est totalement méconnue de ceux-là même qui seraient en mesure de l'apprécier. Par delà les maitres avérés (encore ceux-ci ne sont-ils le plus souvent connus que des assidus de poésie), loin des champions de la poésie de laboratoire, à mille lieues cependant du vers mirlitonesque, on  nous dissimule des merveilles. Pour découvrir ces petits maîtres de la langue, il faut fouiner, fouiller, écumer les librairies et, il faut le dire, faire un sérieux tri. André-Louis Aliamet est un poète d'importance. La preuve en trois courts poèmes inédits.

 

 

L'heure trop brève pour mûrir jamais,

forêt obscure sous d'obscures floraisons, 

entre deux miroirs multiplie nos vices,

les reçoit comme de fraîches cicatrices,

 

quand un collier de larmes pour Salomé,

donné pour leurre à ses anges-démons,

change en spectre un sourire sans âge

sous les arabesques d'un nouveau langage,

 

la dentelle de sa danse virant sur place

comme une aile creuse tout l'espace.

                                                           .                           .

                                                                         .

 

Lieux d'être et de non-être, lieux

où tout se brise se berce, déliée des nuages

lieux où nos rêves vont s'usant

frôlant l'herbe dans sa magie de lucioles :

 

sans s'essouffler un jour rapide étend ses ailes,

mon corps s'y déploie, leur vol me dirige,

chaque fenêtre s'ouvre aux limites de l'air.

 

                                                       .                      .

                                                                  .

 

Ville pleine d'oiseaux, sinueuse

sur ses pentes, draps qu'on étend

comme un fleuve déplie ses voiles,

films à l'affiche, bazars, réclames,

corps placardés sous l'œil des néons,

 

combien de matricules

inscrits sous vos traits ?

Sommes-nous chaîne de visages

entre deux murs adverses, propageant

des cris le long des façades ?

 

Inclinée vers l'ouest

la ville ferme ses volets.

Les lampes sont soufflées, au dos

des miroirs on rafraîchit ses ombres :

 

leurs reflets sont nos spectres 

                                                     

 

 

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LES POÈMES INCANDESCENTS DE LA LOUVE

By Jove ! Il  y a quelques temps, je pris conscience d'un oubli considérable : de tous les membres d'Insurrection Poétique ! un seul (ou plutôt une seule puisqu'il s'agit d'une femme) n'avait encore jamais fait l'objet d'une publication sur mon blog. Une impardonnable lacune, puisqu'il ne s'agit de rien de moins que la flamboyante Nina Louve, ange dodécaphénique dont chaque poème me semble une incandescente prière chamanique à fleur de peau. Oubli que je m'emploie ci-dessous à réparer, à travers deux textes de cette poétesse québécoise, que je ne désespère pas de rencontrer un jour en chair et en os.

 

Mise à quia


J’ai abusé de l’abuseur
En martelant son nom dans ma poitrine
Tous les contre-pas sous le vent
Font glisser les mots de chagrin
Comme sur une pelure de peau usée par le leurre

Voilà le saut de page
La marge effritée
La poète prise au piège de son propre volcan
La descente est rapide, vers et rimes
Se comparent en fichiers joints, font les fiers à la brasse
Sèchent assemblés sur une plage blanche
Le censeur passe vers mi-dit, avant que la trêve
Ne serine sa promesse de prouesses

Mise à quia
Le mutisme se fait héros pour la prose
Ligne par ligne une pointe d’exclamation suffoque
Les virgules sortent de leurs gonds
Pas d’excuse semblable ne vaut la grande embuscade
De la muse muselée

 

Friser les Racines

Tu sais que quand
Tu souffles sur la braise
Tu allumes et attises le feu

Alors
Pourquoi
Souffles-tu sur mon cou
Sur mon ventre
Dans mes yeux

Pour taire nos volcans intérieurs
Pour friser nos racines
Pour partir en outre
Hors amer

Je mords tes non-énergies
Dévore tes saboteurs
Par les pieds, par l’entête
Jusqu’à défriper les échines
Jusqu’à qu’à l’où est-ce
Parce ce que tant toi

In petto
Je te souffle des vents discrets
Venus de pays aux mirages improvisés
Volés sur tes lèvres, un vers, un son, une image
Qui courtisent tes inédits fougueux

Tu es milles mots dans ma soif
Moult poésies dans chacune de mes fins
Tu es trois décennies d’histoire
L’avant, l’après et le maintenant
Le parfait parcourt Carpe Diem

 

Beaucoup de pures merveilles à découvrir d'urgence sur l'un de ses deux blogs :

 

http://louvainlaneuve.blogspot.com/

 

http://teouteki.blogspot.com/ 

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PHILÉMON LE GUYADER

Philémon Le Guyader : une tête de gamin facétieux, et des yeux profonds, qui voient loin. Un poète nomade errant au fil des routes dans un camion aménagé. Mais surtout un poète vrai, qui brasse à travers ses textes les aléas de notre quotidien pour mieux nous cueillir au détour d'une phrase, d'une métaphore acérée comme une lame de rasoir. Rencontré dans un festival, cet être humain peu ordinaire a rejoint l'aventure Insurrection Poétique, à laquelle je compte bien, en cet an de grâce 2008, donner toute son ampleur.

 

 

-- Hackney down --
 
             je revois les rues
             monotones
             de Londres
             et la jalousie
             de ton homme
             mon ami
             Les péniches sont étroites
             à Camden
             et les tissus odorants
             je les piétine
             et le sourire humide
             de ton cul
             Aux quartiers des noirs
             Nous sommes
             allés
             chercher tes béquilles
             une fois trouvées
             il a fallu
             s'asseoir
             et
             subir
             ce chauffage d'un temps ancien
                       Tout se ressemble
                       Là-bas
                       dans cette
                       ville
                       de Londres
              comme les rats
              sous la terre
              en plein jour
              comme ce plafond
              qui recouvre les rues
              où je marche
              Hackney down
              pavés sombres
              et pourtant
 
 
                                     P L G
      
            
                -- 17 heures 27-28 --
 
 
                    Nous
                    stop
                    silence
                    profond
                    regard
                    la brune
                    belle
                    longues jambes
                    belles
                    comme sa fumée
                    ses mains
                    de la ville
                    son dos
                    fin
                    ses cheveux
                    fins
                    stop
                    profond
                    silence
                    regards
                    elle nous quitte 
 
 
                                          P L G
 
 
 
                     -- Miltown Malbay --
 
 
                          il pleut la mer
 
 
                                           P L G
 
 
 
 
                         -- Novembre --
 
                      le tramway a ses ailes
                      du dimanche
 
 
                                            P L G
 
 
 
 

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OTTO GANZ (2)

 

Une fausse écriture sèche traversée d'éclats baroques. Une plume lyrique qui sait se faire extrêmement précise et pointue. Otto Ganz c'est tout cela et bien d'autres choses encore … Qu'il écrive poèmes ou romans, le style de ce jeune écrivain belge demeure inoubliable. En voici un nouvel exemple avec ce poème inédit, qui part en guerre contre les disséqueurs de la rime. Vous trouverez d'autres textes sur 

 http://amatheu.canalblog.com/

 

 

Note didactique
à l’usage de ceux qui nous apprennent à entendre les mots

Pour Cassiel, qu’il se souvienne…


Il se peut que le poème
soit la transmutation
d’une rencontre
entre l’âme et la parole

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*
Il se peut que le poème
soit source de hasard
sans innocence
préméditée

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une inconnue
logique
mise au service de la pensée

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une des issues
de cette curiosité sans objet
ni curieux

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit fait de l’incompréhension
des mécanismes du monde
par le discours

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une ombre portée
au sol en mesure
du gradué dans l’invisible

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*
Il se peut que le poème
soit dénué de sensiblerie
devant la sonorité
des images

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit un souffle glissant
à la margelle
des mots

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une subsistance des temps
où dire organisait les douves
contre nos peurs

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit à rechercher toujours
où personne n’a regardé
avant

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit cet éclairage de la liberté
tant comme acte d’intelligence
que de soumission

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une histoire si intime
que son histoire
s’évapore dans les paroles

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit un élagage si fort
que l’essentiel des voix
subsiste

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une façon maladroite
de reconnaître qu’en chaque dieu
est un poème


Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit composé de quelques mots
dont s’extraient des vérités
inutiles

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*
Il se peut que le poème
soit cet intervalle
entre la connaissance et
la certitude de l’ignorance

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*


Il se peut que le poème
soit une construction
de l’espoir
contre la conscience

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une pose que l’air prend
au rythme brassé
des poumons

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit une répétition
dont le contenu
est toujours unique

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit avant tout un rythme
tel que la mer frappe
la pommette des galets

Et ce n’est pas ici qu’est le sens
*

Il se peut que le poème
soit une borne
qu’autrui ramasse
et dépose plus loin

Et ce n’est pas ici qu’est le sens
*

Il se peut que le poème
soit un choix volontaire
de ne rien révéler
qui soit congelé

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit pris entre deux instants
éloignés d’une paume
mise à plat

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit un levier
pour ouvrir ce
qui n’est que fermé

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit la plus courte ligne
pour atteindre
et la plus improbable

Et ce n’est pas ici qu’est le sens

*

Il se peut que le poème
soit en distorsion
une ellipse vers
le plus simple

Et ce n’est pas ici qu’est le sens


(Otto Ganz, Inédit, 2007)

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LA PLUME D'UN GUERRIER DES MOTS

à Edmond Dante et Paul Mari



André Chenet est un activiste enragé de la poésie vivante, le genre de personne que l'on n'oublie pas une fois qu'on l'a rencontre. C'est également une plume des plus vives, avec un regard aiguisé sur le monde qui l'entoure. Il était donc parfaitement logique qu'il participe à l'aventure Insurrection Poétique ! Inéluctable également que je me produise à ses côtés et à ceux de l'immense Tristan Cabral dans son fief antibois (voir plus bas). Voici l'un de ses poèmes percutants. Beaucoup d'autres se trouvent sur l'indispensable Danger Poésie

http://poesiedanger.blogspot.com

 

 

je vous écris

dans la fureur

d'une nuit blessée 

à mort 

je vous écris du fond des cachots
d’un château palpitant d’enfance
ruisselant d’extase
saignant d’une écarlate lumière

je vous écris
sur les vagues du voyage
en suivant au plus près
le collier des rivages

je vous écris
environné de tambours
façonnés d’humaines peaux
entre les griffes véloces de la foudre

je vous écris
les cris de désespoir durcis

qui retombent
aux premières lueurs de l’amour

 

André Chenet

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TRISTAN CABRAL ! (2)

Poète vital et charnel, engagé dans tous les combats, Tristan Cabral est au slam ce que Léo Ferré est à Pascal Obispo. J'eus la chance de le rencontrer, de l'inviter. Le plaisir inoui de le compter parmi les membres de Insurrection Poétique ! et celui, non moins puissant, de le présenter sous peu à la Médiathèque d'Antibes (voir plus haut). Voici deux textes, extraits du "Passeur de silence" (La Découverte) qui résonnent en moi comme une myriade de coups de tonnerre :

 

LE SOMNAMBULE

 je garde sous la peau mon costume de mort

avec à l'intérieur le long poignard de l'aube

j'entre dans un bal triste sous des lampes fanées

et je laisse sur l'eau des blessures insensées

 

je suis à bout de peau je fais métier d'absence

je descends dans le corps des oiseaux somnambules

j'éteins les ombres blanches sur le miroir des morts

et les couleurs ne tiennent plus sur les visages

 

je vous des chambres pâles dans une maison de vagues

je regarde un enfant qui ne sait rien de moi

et j'attends pour tomber qu'il m'appelle par mon nom

 

aux seuils des portes je vois des bracelets d'oiseaux

je vois dans les bûchers des émeutes de miroirs

et le même visage à toutes les fenêtres

 

DANS LA NUIT SURVIVANTE

 

j'apprends très lentement à vivre à ciel ouvert

j'enterre la face humaine sous des gangrènes d'or

et j'ai abandonné des tessons de soleil

dans la chair oubliée des hommes inutiles

 

dans la nuit survivante les hommes sont contagieux

il y a des fusils plus lourds que les épaules

j'ai vu tomber la neige grise des phalènes

et le corps maternel excisé sous les arbres

 

mais quand l'écorce enfin aura pitié de l'arbre

quand les oiseaux aveugles chanteront malgré tout

les vagues arriveront jusqu'aux maisons ardentes

 

alors nous irons seuls dans nos vêtements de pierre

nues sous leur peau les femmes allumeront l'aurore

et j'irai parmi vous comme un  crime qui revient

 

                                Tristan  Cabral 

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UN POÈME "MUSCLÉ" DE PHILIPPE LÉGER

Les textes de Philippe Léger, c'est souvent dans le genre costaud, dans le genre qui déménage et qui secoue la poussière au passage. Dix ans d'amitié à éclipses, et ce rude gaillard, qui prépare un CD qui va faire mal, se retrouve au cœur même d'Insurrection Poétique, dont vous aurez très bientôt des nouvelles !

Il y a tout naturellement sa place, même si l'animal me cite en permanence, pour mon autre mouvement, nombre d'artistes obscurs dont lui seul semble connaître l'existence. Même s'il me promet depuis des lustres de m'envoyer des textes publiables sur mon blog … Mais ça valait la peine d'attendre, comme vous pourrez en juger ci-dessous. Attention les yeux !

 

ÉTAT DES LIEUX

que reste il?
trois milliards de dettes payer cash à crédit stock
options
plus value sur le prochain désastre

ET QUE RESTE IL?
trois pièces de cuivre pour se remplir la panse de la
graisse qui sort des gencives le pus d'un abcès
jamais rassasié d'un compte en banque malade

QUE RESTE IL?

soupente
un deux pièces coin douche trois télés sans écran pour
calmer les nuits blanches
une boite a cigare en or carte postale de la riviera
Espagnole sur un mur de crasse
le sol couvert de marbre, le sol couvert de merde!
dose de codéine un lit de poudre aux yeux sur le cul
d'une princesse
dose de dépression les murs se rapprochent des
calmants en cachet
comme cartouches dans barillet
QUE RESTE IL?
la lune glauque sur les immeubles la pleine
décomposition morale
bière champagne sang parasites sourires et coups
de botte commande une autre bouteille donne moi deux
balles , j'suis raide
fais moi crédit pour une canette
lequel prendra un coup de pied?
lequel se fera descendre?
qui te dira "tu est un frère"?
qui le pensera en realité??
qui dormira dans tes draps?
quand sort ton prochain film?
ou allons nous trainer....

QUE RESTE IL?
une assurance la tôle froissée moteur shooté
la liberté sous les ailes de fer
l'acier qui brille et la rouille brulante
mécanisme d'horlogerie et pourriture sauvée de la casse
rouler trompe le mal de vivre
on fait semblant d'exister

ET QUOI D AUTRE?
ton âme? vendue
ton cul? a prendre
ton bonheur? chié pour quelques pièces
ton crédit le train sale et l'usine crasseuse
compte en Suisse vie privée sécurisée animal en cage!

ET QUOI D'AUTRE?
ta merde
ton foie malade
ton cancer du larynx
ta démence précoce
un p38 une balle dans la culasse
une fenêtre sombre au dessous : douze étages
des rêves avortés quelques mots des dettes en guise
d'adieu
prend la crosse dans ta main enjambe le parapet
la guerre se livre contre soi même pari perdu
d'avance

QUE FAIRE?
décide fais vite
t'a pas gagné ta vie tu a loupé le coche...
perdu ton billet au casino des dégénerés
ne manques pas le dernier coup
tu a raté ta vie
réussis donc ta mort!!
ET ENSUITE?
ne devine tu pas mon nom???

 

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UN TEXTE INCISIF DE CATHY GARCIA

Intègre, entière, incisive, chaleureuse … les poèmes
de Cathy Garcia sont à l'image de la personne.
Ils donnent un grand coup de pied dans la fourmilière
d'une idée préconçue de la poésie.

Le verbe haut et l'allure fière, elle publie dans
Nouveaux Délits ses coups de cœur si souvent
pertinents. Cathy Garcia est, en outre, membre
d'Insurrection Poétique ! Ses deux blogs :

http://delitdepoesie.hautetfort.com/

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

JE N'IRAIS MÊME PAS CRACHER SUR VOS TOMBES

cracher
la blessure originelle
qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le cour sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid

était-ce le tien
ou bien celui du monde ? Cathy Garcia


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UN TEXTE FONDAMENTAL DE MARC-HENRI LAMANDE

 
Marc-Henri Lamande bouleverse, tant par ses interprétations que par la  richesse inouie de ses textes. 
Qui l'a vu sur scène incarner, susurrer ou vociférer sa poésie en tumulte en gardeun souvenir marquant. 
C'est également un homme remarquable, qui par ailleurs vient de rejoindre l'aventure Insurrection Poétique ! Autant de raisons pour publier le premier de ses textes tunisiens, dont on trouvera l'intégralité sur le lien correspondant.
 
1

Je cherchais en vain la cause, le filon, la veine qui
empêche les peuples.
Ce beau pays à la chair d'oiseau, avec sa langue
roulante, accusait lui aussi
un empêchement au bonheur. Comme si être était trop.
Comme s'il y avait une justification meilleure et plus
viable à paraître en souffrance.
Malgré cela et, sans doute parce que j'y suis rôdé, je
trouvais tout merveilleux : oui c'était merveilleux
d'être encore en vie avec les couleurs de ce monde,
sous le vent rouge et sableux, d'une texture si fine
qu'il semble une main, une grande main douce avec des
doigts de fil, des articulations de coton fibreux
allant dans le pourpre ou le safran, une main suivie
de bras immenses et parfumés, des bras généreux
qui tendent une peau meilleure. Ainsi j'avais la
sensation précise que mon corps entier remontait dans
mes narines et que cette odeur qui était mienne se
transmutait par la marche et parvenait au point
exact du rêve de moi-même. Etait-ce cet ami fameux,
cet ami mort que j'avais quitté en venant à
cette vie ? Etait-ce une sorte de sublimation de sa
perpétuelle absence que les effluves remontaient
en chair jusque sous le vent ?

Et ces grandes montagnes cisaillées au couteau de
poche, prêtes à sombrer, ne portaient-elles pas sa
jeune barbe verte ? La couleur étale de la mer me
regardait enfin, mais pas un mot, pas un chant qui
eussent pu m'indiquer quelle route prendre. Toutes les
routes avaient été jetées comme mercure sur ce lit de
marbre, baves d'un escargot curieux et sommaire. Je
marchais sur la croûte du monde, sur un couvercle où
je sentais en profondeur des poches crevassées qui
avaient conservé jalousement le bonheur. Oui, ce
fameux bonheur que toute civilisation recherche. Mais
les civilisations en elles-mêmes n'existent pas, seul
existe l'homme et l'homme face à la peur se dédouble,
se triple. Sa culture est comme le serpent chinois,
ondulant de mille morts, riant par-devant, infini par
derrière, ne donnant aucun signe qu'inexorable
démission, production automatique de la parfaite
conscience, reflet de papier, enseignement par le vide
de l'ignorance. Voilà ce que je pensais devant la
route.

Sur la mer deux ou trois bateaux lourds transportant
quelque chose, des denrées utiles. Le monde des
humains n'est pas fatigué de faire la même chose.
L'essentielle occupation est donc l'humain, rien
d'autre. La pensée ne trouve pas de rebond, un jeune
écho, elle s'arrête là, dans les boutures et les
mangeons, gangrenée de gourmandises et de curiosités.
Cette pensée depuis longtemps aussi sèche que la terre
d'en haut.

Quand je regardais le sol, la qualité du sol, rien ne
présageait cela. Mais le sol était absolument
pacifique et avait tout le temps. Les hommes
commençaient à peine à en égratigner le voile. Terre
d'oignons bondissants, tu es débonnaire. Toi-même tu
es un oignon bondissant. Tous les actes et toutes les
pensées sont tes rides qui disparaîtront aux premiers
frémissements de ton dos. Un dos si rond que tu
brosses sans cesse.

Je voyais des hommes et des femmes et ils avaient leur
destin dans le dos. Même de face ils étaient de dos.
Ils s'éloignaient très vite, je ne voyais que leurs
dents dans la nuit rapide, n'entendais que leurs
ongles et le feulement courbe de leurs pensées. Alors
le marbre restait impavide et désert. C'est pour cela
que j'aimais la pierre. La pierre est une femme
porteuse d'hommes bredouilles. C'est aussi son charme
à l'homme, cette permanente défaite. Mais il n'y a
qu'une mère pour voir ça. La grande bonté fait que
toutes les mères sont borgnes. Elles ont gardé un oeil
à l'intérieur et l'autre acquiesce tout le temps.

C'est donc dans les environs de Tunis que je quittai
les routes et les travaux publics. Je savais que je
n'entendrais plus aucun chant, que je ne verrais plus
aucun feu, ne prendrais plus aucune décision qui ne me
brûleraient complètement.

Terre d'anges, pays de membres rougis à la chaux, ici
la nature a un goût intrinsèquement violent. La
douceur, c'est après, c'est dedans. Rien ne prête à
une consommation solitaire qui soit satisfaisante, il
faut être au moins nombreux.

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UNE SLAMEUSE EXIGEANTE ET VRAIE

Le slam mouvement social permettant à chacun de s'exprimer ? Je ne puis qu'y adhérer.

Le slam, mouvement artistique visant à renouveller la poésie ? Je ne puis qu'exprimer de sérieux doutes, face au manque d'exigence, sur le plan littéraire - métaphores clichetonneuses et vers de mirliton-, de la plupart des slameurs.

Et pourtant … au sein de ceux et celles qui se produisent dans les scènes slam, existent de vrais talents à la plume incisive, aux images musclées et originales, qui ne se contentent pas du premier lieu-commun venu. Mais curieusement, ceux-là ne sont pas, à de très rares exceptions près, parmi les plus estimés.

Ainsi en est-il de Nana Yansane. Il suffirait que les slameurs se décrassent quelque peu les oreilles et le cœur pour que son nom se répande comme une traînée de poudre dans les scènes slam, où malheureusement on ne prête qu'une oreille des plus distraites à ceux et celles qui travaillent, avec courage, exigence et sincérité … Voici quoiqu'il en soit un poème de cette jeune slameuse offert à l'appétit de mes lecteurs et lectrices.

FRONTIÈRE TERRASSÉE

Hier d'affronts dans la danse de nuit,

j'ai frotté mon calice à la flamme des fées...
Tu menaçais mon âme et tes oreilles de cire bleue
fondirent sur les drames de nos rêves de beau feu.

Ils suintèrent quelque temps, avant de s'évaporer !

Hiers d'affronts dans la danse indécise,

Il a fallut décompter la farce grise de ses peurs.
En célèbre menace elles t' alanguissaient
dans une odeur salace de souffre et de rancoeur.

Je tentais une grimace, tu te moquais...couchée.

Hiers d'affront dans la danse des si,

c'est aujourd'hui que tu demeures imbécile et de vide
alourdie comme tes cendres sur mon brasier d'avant.
Il y a nos joues qui rougiront de honte, et le vent livide

Y forme un totem de ventres jaunes, jeunes, et creux, maintenant.

Nana Yansane

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UN ACROSTICHE POUR LA FÉE CABOSSÉE

L'acrostiche est un genre éminemment frustrant. On aurait envie de dire tant de choses … mais le nombre de lettres du nom et du prénom nous limitent.

Quand il s'agit d'une personne de l'envergure de la Fée Cabossée, la frustration s'amplifie car en ce cas, le surplus de matière est immense.

Alors ajoutons simplement pour tous ceux et toutes celles pour lesquels la poésie se respire par tous les pores de la peau, qu'ils et qu'elles sortiront émerveillés de son spectacle "Autour de la Vie", variation poétique sur le monde de la restauration dont elle est l'auteur-interprète (très) inspirée.
Où ça ? Au Melting-Potes, 16 rue des 3 Bornes, 75011 Paris. Métro : Parmentier. Quand ça ? Le vendredi 23 mars à 20h30. Avec une scène ouverte après.


La nuit, réfugiée dans ta féroce tendresse
Attend l'expansion de ton verbe incanté
Formant constellation d'élans bruts et vitaux
Et si tu es obscène, c'est parce que TU ES
Étirant la splendeur invivable de l'être

Comme un collier de feu sur nos nuques courbées
Apprentissage brusque du péril et du don
Brûlant les décors de ce qu'un instant nous crûmes,
Osions avoir cru ressembler à nos vies
Soulevant jusqu'au ciel ta peau comme une étoile
Striant la chair, le sang, sillonnant nos organes
Égrenant le chapelet maudit de nos faims
En marge d'un soleil qu'elle ne sauraient atteindre

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OTTO GANZ EST UN GÉNIE !

Sa modestie dût-elle cruellement en souffrir, je n'hésite pas à l'affirmer haut et fort : Otto Ganz est un génie, de ceux dont on se souviendra.

Non content d'écrire des romans à l'écriture baroque, échevelée, à la saveur inimitable et hautement jubilatoire ( qui a lu l'extraordinaire "L'enroulement" aux Éditions Hors-Commerce en possède généralement un souvenir marquant), il signe également des poèmes étranges, qui s'insinuent en vous et ne vous lâchent plus.

Je me suis longtemps demandé quel était cet Otto Ganz que l'ami Orlando De Rudder admirait tant. À présent je sais et j'admire. Otto Ganz a rejoint l'aventure Uppercut (titre provisoire). Voici donc deux poésies (la première est inédite) d'Otto Ganz :


LES PREMIÈRES ÉNIGMES DE LA FLÛTE D'OS

Pour Orlando De Rudder
A Ma Thé¸
En …gée

Ainsi la première
Il arrive que le vent
À l'instar de l'air
et des odeurs qu'il transforme
nous joue des chansons
sans douceurs

puis la seconde
A chaque note venue
du haut
correspond une source

en bas

À chaque mot de danseur
un pas

En troisième venait
Les gestes remuent
parfois
les alizés

La parole
l'inaudible terreur
que contiennent
les voiles gonflées

Quatre indiquait, pour qui était attentif
Onze creux d'os
pour que sans cesse
reste un vacant

par lequel ne s'exprimeront
que les plaintes inattendues

La cinquième annonçait
La tristesse passant les portes
ouvre les boites à chaussures et
mâche les guimauves
qu'on y laisse

Il arrive parfois
qu'on n'oublie pas
m'avoir entendue

Et la dernière,
que personne ne comprit
Reste caché
comme le souffle
au poète

tout qui ne sait raconter
de quelle humilité
vient son ignorance


SANS TITRE

Sauf erreur d'appréciation
du décompte
des cycles

l'horizon
et plus loin
le monde

dessus le plat rebord
que tisse
l'ombre

Heureux les hommes fragiles
dont le poème
reste une ancre

À l'usage de la fuite

(Otto Ganz, 2005)

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TRISTAN CABRAL !!! (1)

Tristan Cabral !!! Pour l'auteur de ce blog, une figure légendaire, à la vie tourmentée, aux poèmes percutants. J'eus la chance de l'inviter autrefois sur la télé libre "Ondes sans Frontières". Il vient de rejoindre l'aventure "Insurrection Poétique !", qui va bientôt pouvoir prendre son essor.

Tristan Cabral !!! Ces deux textes, extraits de ses recueils, vous feront mieux comprendre les raisons pour lesquelles je lui voue une admiration inconditionnelle.


EMMURÉ PARLE …


ce sont des enfants seuls
attelés à leurs cris
qui avancent de face
sur des chemins possibles

ils nous jettent des mots
simples comme les pierres
leur royaume visible
est une route droite

ils entrent par effraction
dans nos yeux éboulés
et suivent des aurores
qui toujours se rassemblent

ils creusent leurs demeures
dans les charpentes mortes
pour apporter aux évidences
le démenti formel
d'un battement de cœur …

©Tristan Cabral (extrait de "Ouvrez le feu !" - Plasma-)


LOS OLVIDADOS


ils ont la mer à l'ancre entre les deux épaules
et la mer tout entière se ferme dans leurs poings
ils accrochent par mégarde le soleil à leurs pas
et les aveugles voient le cœur brûlant du monde

ils aiment les oiseaux qui ont perdu leurs ailes
ils cherchent dans leurs poches le seuil de la maison
qu'ils n'ont jamais quittée

ils portent le ciel à bout de bras
et jouent à la marelle enfer et paradis
ils tranchent les amarres du jour
et ils voient ce que seul un enfant
peut voir au fond des neiges

ils sont au bord du monde
le ciel tombe à leur place
ils conduisent l'enfant au pays des fontaines
le loup privé d'enfance les cherche dans la neige
et les change en oiseaux

©Tristan Cabral (extrait du "Passeur de silence"-La Découverte)

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UN POÈME BOULEVERSANT D'ORLANDO DE RUDDER !!!

Orlando de Rudder est un type épatant et un écrivain formidable. Un appétit d'écriture et de vie qui me stupéfient depuis déjà deux décennies.
Comment peut-on être aussi prolifique sans jamais cependant sombrer dans la redite, et enchaîner les chef d'œuvres plus vite qu'un homme politique les bourdes - c'est à dire d'une manière vraiment phénoménale- ? Orlando est l'un des premiers à avoir rejoint le mouvement Uppercut. Pour ceux qui ignorent encore son flamboyant génie baroque, voici un "petit" poème en prose du sieur qui m'a bouleversé. N'hésitez pas à aller en voir plus sur son blog (liens).


IL Y A QUAND MÊME DU CHIEN DANS LES AMOURS ANCIENNES !!

Il y a quand même du chien dans les amours anciennes, les tenaces  assidues qu’on ne peut oublier, celles qui poissent un peu mais qu’une douceur lourde fait qu’on devine bien que ça dure toujours.

Comme dans les chansonnettes, l’amour dure toujours, comme dans les chansonnettes bavées par des chanteuses blondes ou bien décolorées au nichon avenant et qui sourient, béates, avec bien trop de dents ! Comme dans les chansonnettes et puis zut à la fin !

Avec bien trop de dents les amours passées veillent comme des chiens féroce prêts à mordre l’oubli, parce qu’on aurait moins mal en oubliant un peu, mais ça ne se fait pas, on aime toujours, toujours ! Comme une première fois. ?  Non parce que c’est bien pire : y a eu du presque-ça ! Pas tous les jours, d’accord… En veux-tu ? En voilà !

En veux-tu, en voilà ! De quoi ? De la grande tristesse, pour ce qui a été, pour ce qui ne fut pas ! Chaque amour du passé reste définitivement là, on s’aima tous et toutes, on s’aime encore un peu, mais c’est du vachement qui fait mal et consume !

Hé oui, ça se consume : on n’a pas oublié, voilà que ça revient comme une danse maussade. Et ces flammes uniques font un feu bleu d’acier, couronne de gazinière que l’on a bien réglée. L’amour dure toujours et c’est moche à crever.

Le jour de crevaison quand on va s’en aller la souvenance encore nous tarabustera ! Je l’imagine déjà le râle agonisé qui confondra les noms et brouillera les pistes. Et l’on calenchera en aimant l’être aimé, mais sans savoir toujours lequel ce fut ou c’est ! .Au jour sans revoyure, on n’en saura pas plus. L’amour dure toujours, va te faire foutre, la vie !

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DEUX POÉSIES DE LA FÉE CABOSSÉE

Ceux et celles qui lisent ce blog de manière régulière connaissent tout le bien que son auteur pense de la Fée Cabossée. Avec son autorisation, voici deux textes qui je l'espère vous séduiront, et vous donneront envie d'aller visiter son blog (voir dans les liens), voire d'aller la voir en spectacle, le 16 décembre à 22h au Sun Ra, 8 boulevard de Denain, dans le dixième arrondissement (entrée libre).

Les deux textes ci-dessous sont extraits de "La Vie musclée", ensemble de textes qui sera repris sur scène en janvier. Je vous en recauserai en temps et en heure …

AU BOUT DE SOI MÊME


Etes vous déjà allé au bout de vous même ?
sans carte géographique ni psy sans madame Irma ? avez-vous fait le tour de vos boyaux ?
sans la peur du mal au ventre ?

Avez-vous déjà passé une journée à la machine ?
sans lessive ni assouplissant ni détergent ?
avez-vous trempé votre doigt dans l'eau de rinçage?
sans peur d'y perdre votre main ?

Etes-vous déjà allé au bout de vous-même ?
sans vélo ni portable sans avion ?
avez-vous planté les heures de bureau ?
sans la peur de votre vie retournée ?

Avez-vous défroqué vos jours ?
sans ciseau ni accroc sans déchirure ?
avez-vous vu le panneau "au bout de vous-même, encore 2km,
attention ! virage !

Arriver au bout de soi-même
c'est digérer tous les bigs macs du passé
débarquer dans le sanglant avec l'éponge
tout nettoyer- sourire et se dire
c'est fini maintenant- tout est blanc


L'ORDONNANCE

accepter la vie
c'est perdre
ses dents
le lien ombilical
sa montre

gagner :
des muscles
des sourires
des mains serrées

perdre :
sa carte orange
des êtres chers
son fric

gagner :
le silence
l'écriture
le partage

perdre :
ses clés
sa maison
ses cigarettes

gagner :
le rire
le courage
l'émotion

gagner perdre gagner perdre
apprends la chorégraphie
gagner perdre gagner perdre
signature, mouvement de vie

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