insurrectionpoetique !

JUDAS DE NOS MIROIRS

Pour que je puisse naître,  il faut que l'un de vous

Entre en la peau du traître ; et l'opprobre et la boue

Fermeront sur son nom les verroux de la haine

Car le plus grand des dons est celui qui n'entraîne

Ni gloire ni renom, mais misère et géhenne  !"

 

Et par amour Judas fut maudit à jamais

Et jusque sur la croix fut le double secret

Du soi disant Messie, endossant la défroque

De blessures et de nuit, fut celui que l'on hait

Que l'on moque en secret pour l'amour de l'ami 

 

Judas de nos miroirs, sans jamais être Christs

Mémoire au laminoire, ideaux en calices

Vidés dans l'urinoir

 

Sans grandeur, sans éclat, nous, nous trahissons nos rêves

Nos religions sans foi dont chaque être humain crève :

Ultralibéralisme, matérialisme aigu

Minables despotismes pourrêveurs exigus

 

Engendrent armes concrètes, vives intolérances ;

Chaque jour on décrète inaptes à l'existence 

Des civilisations entières qui refusent

Que le chiffre-étalon les domine et récusent

 

Que la valeur d'un homme se résume à son taux

De rendement en somme, que son cœur et sa peau

Valent moins que l'atome d'un silence sans écho

 

Judas ! Judas ! judas ! De nous même les traîtres

Èt le Christ et la croix, pour l'avoir tuant l'être

Nous sacrifiant pour rien aux idéaux banquaires

Libéralisme vain pour nains atrabilaires …

 

À chacun  les religions qu'il mérite ! 

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LES NOUVEAUX KITS DU BONHEUR

Il est indigne que nous vivions

Dans une société d'assistés

Il est urgent d'y remédier …

 

Je ne parle bien entendu

Pas de l'aide aux plus démunis

Laquekke est un devoir civique

 

Une simple évidence humaine

Quand fonctionne à plein rendement

L'usine à fabriquer les pauvres

 

Mais des perpétuelles béquilles

De l'esprit et de la pensée

Qu'on veut nous greffer en prothèses

 

Nos rêves et nos espérances

Nos rebellions, nos attentes

Notre idéal de la vie même

 

Sont imprimés dans nos cerveaux

Par les grands manipulateurs

De bombes et de comptes en banque

 

Nos utopies sont calibrées

Dans le format réglementaire

Un soupçon de métaphysique

 

Pour la digestion des couleuvres

Et ça fonctionne, on applaudit

À sa propre humiliatition

 

Que faire et que penser ? C'est simple

Tout est écrit dans le lexique

Il serait vain d'improviser

 

Les nouveaux kits du bonheur et

De la réflexion profonde

Sont en vente dès maintenant

 

Et nos neurones sont soldées

Leur utilité est douteuse

Certes, mais en bruit de fond, ça passe ! 

 

 

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L'ENFER DES NORMES À VENIR

N'attendez pas de la Marge

Plus qu'elle ne peut vous offir

Elle ne fait souvent que fixer

L'enfer des normes à venir

 

Barbelée de certitudes

Rigoureuse et ordonnée

Comme un jardin à la Mansart

Elle expulse les esprits libres

 

La Marge sera terrible

Quand elle deviendra pouvoir

C'est de la chaotique ortie

Du charbon désapprivoisé

 

Du violon désaccordé

Du fouillis des dissonnances

Du désordre de l'incertain

Des linges mal essorés du doute

 

Que naîtront, intenses et vraies

De nouvelles cohérences

Des arts turbulents, embrasés

Des pensées absoutes de chaînes

 

Quand la marge tant prisée

Ne voit jamais émerger

Que des conformismes inédits

De nouvelles saveurs au Rien

 

Inverser l'ordre du monde

Modifie son apparence

L'oppression change de visage

La dépossession de soi 

 

Demeure, elle, identique ;

La voie de la liberté

N'offre ni confort ni repos

Ni consolation des justes

 

Aussi nous ne l'empruntons

Qu'en tout dernier recours

Par impuissance à adopter

Quelque apaisante marge en vogue 

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MÉDIOCRES AU POUVOIR

L'objectif premier d'un médiocre au pouvoir  :

L'extension sans frein de son indignité

Jusqu'à la dire mètre étalon du bon goût

Que cela choque ou étonne m'intrigue

 

Tout autant que ces petites armées dérisoires

Qui se ridiculisent, vociférant "Fascistes !"

Là où n'est qu'une démocratie tamisée

Au filtre d'une médiocrité redondante

 

De même, celui, celle qui jusqu'à présent

S'était affirmé libre - un état relatif-

Et qui se plie pour une miette de pouvoir

À peine savoureuse sans que rien l'y oblige

 

Ou qui tancent le mot, l'intention et non l'acte …

Les simili-tyrans que les voix justifient

Sont moins à craindre que nos capacités à

La somnolence génératrice d'amnésie

 

Sont moins à craindre que ceux qui les plébiscitent

Que notre inaptitude aux justes indignations

Lorsque la pesanteur du réel et des faits

Nous y contraint, sans jeux, sans fantômes insipides 

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FIERTÉS IDENTITAIRES

Les opprimés ont mauvaise mémoire

Quand ils brandissent comme des oriflammes

D'absurdes et de dangereux postulats

Clament à tous vents "je suis fier d'être noir

Fier d'être arabe, juif, kabyle ou chinois

 

Fier d'être grand, petit, myope, brun ou blond

Fier d'être sourd ou blanc, ou même aveugles ...

C'est une seule et même incohérence

Minutant les soubresauts de l'histoire

 

Poisseuse vulgarité de l'esprit !

Toute ségrégation identifiée

N'est-elle pas répercussion, écho

De ces troubles fiertés identitaires ?

 

Comment pourrait-on tirer quelque orgueil

D'un fait étranger à nos volontés

Où ni le choix, ni l'effort n'interviennent

Qui appartient, à l'inné, non l'acquis ?

 

On peut en éprouver contentement

Sans en tirer quelconque vanité

La fierté nait de l'accomplissement

Dans la conquête de notre déploiement

 

Le rude ouvrage de devenir humain

D'atteindre au terme de nages harassantes

Les iles que nous nous étions promis

Face au chemin qu'ont parcouru nos pas

 

Ont-ils conscience qu'en canevas sonore

Du manège des fiertés identitaires

Il est toujours bruits de bottes et pogroms

Ceux qui en revêtent la panoplie ?

 

Ou seront-ils surpris lorsque la Bête

Remontera du plus noir des blasphèmes

Pour les briser, Elle qui sut les convaincre

Que les mots sont innocents, sans péril ?

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JEUNESSE ÉTERNELLE, NON MERCI !

Gommez rides et boursouflures

Gommez éraflures et plis

Soyez jeunes éternellement !

 

Cynisme d'une involution

Autoproclaméee paradigme

Devenir est un mot tabou

 

Qui a vécu porte une trace

Qui a vécu porte des morts

Sur les épaules et dans le cœur

 

Cauchemar d'état immuable

Qui n'est plus traversé par rien

Scarification interdite

 

Je porte haut comme un blason

Les stigmates de mon voyage

J'aime à les lire sur mon corps

 

Sur la peau de la femme aimée

Sur le visage de l'ami ;

Quand le lisse et l'aseptisé

 

Deviennent modèles uniques

Et reconquête d'un bonheur

Sonnant désespérément creux

 

Nous ne sommes plus loin de la chute …

Chaque ride est étendard planté

Au sommet âprement conquis

 

D'une expérience, d'un apic

Dans chaque visage froissé

Mille horizons qui se déploient

 

Faces muettes, sans accrocs

Que nulle mâchoire n'érafla

Sans innocence, impardonnables

 

De ne vous être pas risqués

Dans la rugosité de vivre,

Vous demeurez sans fruits, sans dons 

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PAREILS AUX RATS, AUX CAFARDS ...

Pareils aux rats, aux cafards

Nous nous reproduisons à vitesse infinie

À peine avez-vous le temps

De tuer un poète que cent autres surgissent

 

Les cinq premières dizaines

Seront consensuels. Rien à craindre d'eux

Ils chanteront les oiseaux

Les fleurs, les paysages ou même la poésie

 

Les quarante suivants seront

Munis de pauvres rimes et d'images en lambeaux

Leurs puérils anônements

Ne sauront ébranler vos nobles piédestaux

 

Des dix qui demeureront

Un seul, peut-être deux marqueront de leur sceau

Ceux qui croiseront leur route

Votre supplice est que vous ignoriez lequel

 

Un mois ou peut-être un siècle

Succédant  à sa mort un révolutionnaire

Vous visera en plein cœur

Tirant à bout portant ses rimes et sa colère

 

S'il vous venait à l'esprit

De brûler sur la place publique tous les poètes

Une génération nouvelle

Aurait déjà surgi avant la première flamme

 

Qui sait quelque trouble-fête

Pourrait même exhumer les mots de vos victimes

Et leur pouvoir abrasif

Demeurer vif malgré le temps et la poussière

 

Je suis seul et cependant

Je vous dis que vous êtes cernés par mes mots

Votre pouvoir est limité

Le mien porte en germe toutes les cosmogonies ! 

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JEUX DE CIRQUE

Des tréfonds de mon enfance
Monte l'image adulée
De l'auguste et du clown blanc

Trébuchements de l'auguste
Ne comprenant rien à rien
Mais réinventant les mots

Et notre réalité
Jusqu'à la faire bifurquer
Vers d'improbables impasses

Élégant et pondéré
Le clown blanc ponctue ses fautes
Professoral et pédant

Assuré de son bon droit
Sans hésitation souligne
Quelle est la voie du bon sens

Nous, enfants, de cet écart
Rions à gorges déployées
Mais nous refusons à voir …

Ce n'est que longtemps après
Que vint frapper ma conscience
La cruauté du clown blanc

Il ignorait le pardon
Condescendant et glacé
Pour la plus bénigne erreur

Sous son nez rouge l'auguste
Était un christ sacrifiant
Pour nous sa dignité d'homme

Il remodelait le monde
Inventif sans se soucier
Des codes et des convenances
Créateur à chaque instant

Nous applaudissions les chutes
Sans jamais nous extasier
De la grandeur de l'envol

Puis sous d'autres chapiteaux
D'autres cirques prirent place
Et nous persuadions
De leur intérêt vital

Sans savoir que nous jouions …
Politique et amour fou
Travail - être responsable-
Jeux de rôles et poudre aux yeux

Mais toujours la double image
Pathétique, éblouissante
De l'auguste et du clown blanc

Toujours celui qui vacille
Doute mais à chaque instant
Ouvre des pistes d'éveil
Appelle à la dérision

Toujours sérieux et cruel
Infiniment présentable
Le clown blanc suscite en nous
Une trouble admiration

Il me fallut si longtemps
Pour respecter, préférer
En fraternité sincère
Le peu fréquentable auguste

Son nez rouge si semblable
Au sang glorieux et tragique
Dont le flux charrie au loin
D'indéchiffrables ténèbres

Raillez tant que vous pouvez
Mais le songe de l'auguste
Construit les mondes à venir
Que le clown blanc crucifie

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FORTERESSES IMPRENABLES





Les mots mêmes desquels nous paraphions nos odes
Les creusets de nos réalités utopiques
Sont devenus mots d'ordre, indécents chants de guerre
Des marchands d'oraisons. Vendre l'homme au rabais

En clamant Liberté, Vérité, Transcendance
Remettre "au format" le dépassement de soi
Et repeindre la cage aux couleurs de l'azur …
Il n'est jusqu'à nos rêves et nos rires qui ne soient

Modifiés et samplés en hymnes robotiques
Dont la substance, en salle des idéaux perdus -
Chambre froide des morts confits dans leur absence
Panoplies de révolutionnaires soldées-,

N'est plus qu'exosquelette évidé de sa moëlle …
Prenez nos vieux visages de pâte à modeler
Nos codes, nos images lyriques, nos sermons ;
Notre imagination en inventera d'autres !

Dans les forteresses imprenables de nos cerveaux
Se tapissent les bêtes farouches de nos exils
Éjaculant dans l'ombre la semence des mondes …
Un rêve dans l'agonie des falsifications

Sitôt mille surgissent dont vous ignorez tout
Nous renaîtrons ailleurs avec d'autres regards
Concepts immaculés, denses, incorrompus
Armée de flambeaux contre vos feux synthétiques

Les formes qu'alors prendront nos mélopées en marche
Déferleront, brisant écluses et verroux
Vous n'aurez pas vu d'où, vous ne saurez comment
Mais nous aurons déjà contaminé vos cœurs

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ENGAGÉ !!!

Est-il un poète, un seul
Qui ne fût pas engagé,
Lorsque tout non-choix est un choix
Celui de laisser l'Autre agir

De laisser la vie décider
Et le plus âpre, le plus tenace
Imposer le joug de son clan ?
Ne pas dénoncer l'Ennemi

C'est lui accorder pleins pouvoirs !
Même celui qui, de ses poésies molles
Fait un bouquet de fleurs fanées avant que d'être
Quand ses frères sont entravés,

Lorsque la liberté titube
S'engage à laisser les tyrans
Manipuler les consciences
Emprisonner l'âme et le corps

Qui s'engage dans le vivant
Dans l'humanité tumultueuse
Est en combat, en vigilance
Mise sa peau sur la table de jeu

Tout poème dont la chair vibre
Engage celui qui l'écrit
Contient un morceau de son souffle
Et c'est ce souffle qui dérange

Tout vers qui ne s'engage pas
N'est que confiture de mots
Étalée sur des tranches de néant !
Oui, dans la vie, jusqu'au cou, jusqu'au cœur

Je m'engage, le sensible est une arme, une alarme
Un poète qui ne s'engagerait pas
Dans les courants périlleux les remous
Serait poète de salon

Et en ces temps liberticides un traître !

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L'OASIS FANTÔME

Voir plus loin et oser prétendre
Qu'au delà des murs qui nous cernent
Existe un monde en gestation
Que de la multiplicité

De ses infinies variations
Dépend l'expansion de l'homme…
Dans le cadre d'une perception
Rationnelle et technocratique

Est une pathologie mentale
À la guérison incertaine
Instabilité désignée
Comme syndrôme du doux rêveur
Et de l'utopiste acharné

Névrotiquement dynamique
À un degré d'intensité
Sans hésitation incurable
Je suis de ceux qui le prétendent

Et qui l'affirment et qui le clament
M'engageant de manière active
Dans l'implosion des certitudes
Le mirage est revendiqué

Car toujours l'oasis fantôme
Est réverbération solaire
D'un eden authentique offert
À des milliers de kilomètres

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VIVE EST LA MÉMOIRE DES NOMADES

Peuples de l'écrit sédentarisés
Les vergers de vos amnésies
Ont recouvert les collines
Bonzaïfiés dans vos murs en béton

L'histoire, la politique, l'art, le flux du langage
Dans les grand charniers de l'oubli
La mémoire est numérisée
À portée d'une main amputée de ses doigts

Plus l'essentiel se dérobe à nos sens
Et plus nous glorifions le pouvoir des machines
Plus nos neurones se multimédiatisent
Plus nos pensées deviennent mémoire morte

Quand l'érosion gagnera nos émotions vitales
Comme un virus qui fait bugger nos cœurs
On inventera l'outil susceptible de les archiver
Qui s'empoussiérera dans les pièces du fond

Et nous ne saurons plus à quel élan de vie
À quelle force brusque correspond tout cela
L'amour ? Ca a l'air beau … mais c'était quoi au juste ?
L'amitié ? Il me semble avoir vécu cela

Vive est la mémoire des nomades
Et gravée à même la peau
La hisser haut est un combat
Au péril des chairs et du sang

On a voulu briser la mémoire de leurs chants
En tranchant les mains du poète
Mais le poème a jailli par la bouche

Plus puissant encore et plus beau
Non comme une tiède fumée paresseuse
Mais en cataracte, en cascade
En irrépressible torrent

Pour que leur histoire se transmette
Des peuples meurent, mais jamais ne supplient
Magnétophones, CD Rom et chapelets numériques
Nous virtualisons tous nos souvenirs

Mais les vrais, qui empoignent,
Soulèvent et retournent nos cœurs chiffonnés
Qu'en avons-nous fait ? Qu'en avons-nous fait ?

Souvenez-vous, souvenez-vous toujours
Que les cartes à puce n'ont pas d'âme
Et que nos amnésies justifieront le pire
Avant que les ordinateurs en aient
Seulement envisagé la possibilité …

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À LA MÉMOIRE DES FUTURS HOMMES LIBRES

Toute pensée qui deviendrait système
Se muerait par essence en tyrannie
Et si telle s'avérait la destinée
De cela que présentement j'exprime

Je serais le premier à le combattre
Jusqu'à ce que cette lutte elle-même
Perversement ne s'érigeât en dogme
Et qu'aussi fermement je la condamne

On aimerait croire que les idées soient
De confortables et moëlleux canapés
Sur lesquels la raison puisse s'asseoir
Immuable, solide et rassurante

Mais elles sont permutations, chaos
Houle et roulis, instables et fluides
À peine formulées, désagrégés
Préludes aux métamorphoses inédites

À peine le temps que vous vous installiez
Dans ce concept d'un douteux agrément
Ma réflexion m'aura poussé plus loin
Vers des rivages pour l'heure inconcevables

Ne pas subir, jamais, mais précéder
Épier l'émergence de la limite
Confronté à sa propre intolérance
Et basculer dans un autre univers

Puis, parvenu en des terres inconnues
Réinventer sa vie à la seconde
Tracer les voies que nous emprunterons
Jusqu'à encore et toujours bifurquer

Devancer cet instant où nos pensées
Se calcifient, rigides certitudes
Ne jamais s'accomplir que dans le doute
Etre vivant quoi qu'il puisse en coûter

L'idée nous mène ailleurs et autre part
Jusqu'à nous retrouver à l'affronter
Toute pensée qui se fige est insulte
À la mémoire des futurs hommes libres

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QU'AS-TU FAIT DE TES RÊVES D'ENFANT ?

Cette phrase imbécile qui nous culpabilise
- on manipule aisément qui se sent coupable- :
Qu'as-tu fait … Qu'as-tu fait des tes rêves d'enfant ?
Mes rêves d'enfant ? Évidemment aux ordures …

Ces rêves obsolètes de confort tiède et moi
D'aventures sans enjeux, de défis sans péril
Ces vains hochets puérils, ces déchets d'embryon ;
Caramels mous, guimauves pris comme axes de vie ?

Mes rêves adolescents et mes rêves d'adulte
Ont une autre saveur plus épicée, plus âpre
Avec rage et ferveur, tout mon être se tend
Vers leur accomplissement, car ils se sont frottés

À la boue du réel sans s'être dévoyés
Parceque j'en sais le prix et les arrachements
Que suppose le fait de les maintenir droits

Que ni le rire de toile émeri des moqueurs
Ni le poids de la vie, la moite intimité
De ses fosses d'aisance n'ont pu semer en eux
La gangrène du doute et du renoncement

Parceque ces rêves-là savent ce dont ils parlent
Et ne s'encombrent ni du flou ni du peut-être
Ils ont le poing tendu et le cœur généreux
Ce sont des rêves foudroyants, montrant les crocs

Ils ont grandi en moi avec la fièvre d'être
Et la faim sans limites qui est leur étendard
Que m'importent mes rêves d'enfances en ruines
Rêves de sucre d'orge pour humains endormis !

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OBSCÈNES GÉNUFLEXIONS

La génuflexion, fût-ce face
À des idoles plus modernes
Que leurs obsolètes aînées
C'est plier, toujours et encore

Se soumettre, se dénigrer
Refuser l'expansion de l'être
Objet de culte des sectateurs
Qui ne peut s'accomplir que seul

Debout, droit, indéracinable
Regard tourné vers le Soleil
Dans le refus de tous les jougs
Et des songes préformatés

Quête exempte de tout péril
Comme si toute élévation
Constituait le trophée suprême
Du dernier jeu télévisié

L'inacceptable incandescence
N'est pas un repos, un confort
Mais totale instabilité
Et remodelage de soi

Qui ose prétendre rêver
À nos places nos libertés
N'est qu'un tyran, mais méfiez-vous
La tyrannie est addictive

S'agenouiller face à celui
Qui vous dit vers où diriger
Vos pas et qui vous devez être
Semble vite calme évidence

Il est plus âpre de choisir
D'être l'unique responsable
De nos crucifiants échecs
Et de nos envols incertains

La liberté laisse parfois
Une amertume au fond du cœur
Et découpe en fines lamelles
Nos vérités, nos illusions

Ce qui semblait solide au pas
Soudain se définit gazeux
Il nous faut nous réadapter
Chaque seconde est un défi

Mais ces instants de plénitude
D'unité avec le vivant
Sporadiquement incantés
Par chaque fibre de nos corps

Valent, si l'on y attache prix
Que nous nous immergions dans
Tant de supplices et de détresses
Loin, si loin des bonheurs en kit

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