insurrectionpoetique !

QUELLE DIFFÉRENCE ?

Quelle différence existe-t-il
Entre celui qui a conscience
Des rouages de la machine
Et celui qui les ignore

Si la conscience ne nous sert
Qu'à informer ceux qui savent ?
Nos parents proclamaient "nucléaire, non merci !"
Et nous nous éclairons à la poussière d'atome

Quelle importance que demeurent
Toujours sous les pavés la plage
Puisque nous sommes impuissants
À soulever les pavés ?

Quelle différence existe-t-il
Entre nous et le silence
Entre nous et le néant ?

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CREUSER SA PROPRE VOIX DANS LA CHAIR ET LE ROC

La grande idée brandie par les réactionnaires

Est que la Banque viendra à bout des terroristes

Quand la grande idée fixe des apprentis rebelles

Est que les terroristes vaincront le Capital

 

Le citoyen lambda qui suivra l'un ou l'autre

Tout autant que celui qui ne s'y fiera guère

Sera toujours victime ou de l'autre ou de l'un

Et aucun ne le sauvera de l'implosion

 

Il faut beaucoup de temps, un regard acéré

Pour distinguer combien l'un l'autre se ressemblent

Chacun veut imposer sa vision, son pouvoir

Sans lésiner sur les exécutions sommaires

 

Ne jamais accepter les choix qu'on nous impose

Creuser dans la chair et le roc sa propre voix

À mains nues s'il le faut, mais ne pas se soumettre

Aux entraves, structurer notre révolution

 

Bien entendu, la marge d'action est ténue

Et les machines à broyer bien rodées

Parfois la densité s'oppose à l'expansion

Patience et impatience sont les deux armes dont

 

Nous devrons nous servir de manière judicieuse

Changer de stratégie plus vite que son ombre

Déconcerte l'ennemi. il y a ce moment

Où nous lui deviendrons totalement invisibles

 

Mais nous serons alors si nombreux … si nombreux ! 

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ÉCOUTE !

Ecoute ce cri comme une lame
Tranchant dans la peau du silence
Comme une vague dont l'écume
Est faite du poids des absences

Il déchire le cœur et les yeux
L'ouvre à des lumières inédites
Des feux féroces et vivifiants
Anges à l'assaut des ténèbres

Vois tu leur lame scintiller
Dans ma main qui tremble toujours
De ne jamais oser toucher
L'âme déliquescente du monde

Entends ce cri qui me dévore
Fait de chemins que clôt l'impasse
De rêves étouffés, d'amours mortes
Qu'on ne parvient pas à donner

Entends ce cri qui te cisaille
Qui fait déborder les rivières
Dont la trame est tissée de foudre
Ecoute ce cri qui te fait peur

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L'OBSCÈNE, C'EST TOUJOURS L'AUTRE !

Se venger sur l'innocent

Quasi vierge de toute offense

Trop faible pour réagir

Trop doux pour rendre les coups

 

De la souffrance que d'autres

Jadis vous ont infligée

Est une expérience unique

Délictueuse jouissance

 

Humilier, soumettre autrui

D'un geste pouvoir détruire

Une vie, se sentir dieu

Pour peu que l'on possédât

 

Quelques grammes de pouvoir

Est une idée séduisante

Que voluptueusement

J'aime à caresser sans honte

 

Pouvoir dénigrer autrui

Le moucher d'un coup de fouet

Imparable et implacable

Sur ce qu'il ne peut changer

 

- Son physique, son origine,

Sa couleur ou son accent-

Un véritable délice

À la portée de chacun !

 

Parangons de la morale

À vos mines révulsées

Je vois que je vous répugne

Vous, si généreux, si nobles

 

Votre bon droit vous rassure

C'est si facile de dire

Le mal extérieur à  nous

L'obscène, c'est toujours l'autre

 

Ce n'est qu'en prenant conscience

De cet autre  méprisable

Qui ne cherche qu'à déployer

Ses vils anneaux reptiliens

Que pourtant nous pouvons prendre

 

Le nécessaire recul

L'indispensable distance

Face au monstre en nous présent

Et maîtriser ses ardeurs

 

Éviter son émergence

Et ne plus juger autrui

Plus sévèrement que nous ;

En rejeter l'existence

 

C'est se condamner à ne

Ni comprendre ni aimer

Ceux qui n'ont su entraver

Ce diable qui dort en nous 

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MARCHÉS NOIRS

Officiellement non côtée en bourse
Elle est l'enjeu d'enchères illicites acharnées

Elle s'échange au marché noir

Entre maîtres du carcan

 

Parfois elle est l'objet de paris clandestins

- En combien de temps sera-t-elle

Assimilée, digérée

Exsangue d'aspérités ?-

 

Les plus nobles, les plus rebelles

-Splendides et rares spécimens-

Font croître la fièvre des nantis

Leur chute draine les convoitises

 

Dans les dictatures identifiées telles

On la prend, on la possède, on la brise

Comme les gueux en temps de guerre

Sans prendre de gants - sinon cloutés-

 

Mais dans les démocraties avancées

On la marchande à prix coûtant

La revend avec bénéfice

La dédommage d'un euro symbolique

 

Avec d'autant plus de désinvolture

Que leurs propriétaires souvent`

En ignorent la vraie valeur

Et la bradent à prix sacrifié

 

Vous l'appellerez dignité

Âme, conscience, peu m'importe

Il suffira de nous entendre

Sur ce que ce que cemot signifie :

 

Ce qui en nous refuse de plier, de ployer

De descendre plus bas que nous

Axe de la volonté et de la création

Du dépassement de soi

 

Hors des cadres marchands

Et des psycho-rigidités mystiques

Oui, c'est de cela dont je parle`

Cet élan non domestiqué

 

Refusez de vendre ! Tenez bon !

Ou ne vendez qu'une faible parcelle

Faites-le, je vous en supplie

Avant que l'humain ne disparaisse de l'homme ! 

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SOCIÉTÉ DE CONSUMATION

Lorsque le pouvoir dire et le pouvoir aimer
Lorsque le pouvoir être et le pouvoir donner
Le pouvoir rêver et le pouvoir devenir
S'effondrent ne demeure que le pouvoir d'achat

Mot terrible qui tait la liberté d'offrir
Qui sinue par des voies torves dans l'inconscient
"Vous aussi, vous pouvez humilier et soumettre
Connaître la puissance exercée sur autrui

Et pour cela abaissez-vous sans plus attendre
Car vous pourrez de même avilir et plier !"
Que de promesses dans ce petit mot décharné

Sec comme l'aboiement d'un boursicoteur en transes
Comme le fouet sur le dos d'un animal dompté …
"Moutons, vous deviendrez de féroces pitbulls !"

Et sinue le troupeau en écume compacte
Fasciné, se muant en putrides héros
Enfin dotés de super-pouvoirs financiers
Grâce auxquels ils s'en iront dépouiller leurs frères

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LE CHANT DES BARBARES

Moi, je suis de même nature
Que les tempêtes, les océans
Et que les grands drakkars cinglant
Ivres de sang et de conquêtes

Je suis l'incendie, la blessure,
Une bouche sans dents, vermeille
Qui immisce dans le sommeil
Son pourpre purulent, impur

Moi, je suis le chant des barbares,
L'incantation face à la nuit
Je suis la fureur et le cri
Et la douceur pour qui sait voir

Moi, je suis le briseur de murs
Qui métamorphose d'un mot
Vos rêves et vos idéaux
Brûlant vos promesses parjures

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LES DENTS DE LA FOURCHETTE

Il m'arrive, dans l'attente d'improbables surprises, de m'en aller errer dans quelque scène slam.
Ainsi, celle du Bobar, près de Bastille. Pour le samedi suivant, un thème fut proposé, et c'était la fourchette, dans toutes ses déclinaisons possibles.
Aimant les défis, j'écrivis donc ce texte. Mais ne pus venir l'incanter. Le voici donc, pour les lecteurs et lectrices de ce blog.

D'un niveau de vie l'autre, une immense fourchette
Dont les dents acérées mordent et déchiquètent
Fourchette enfoncée dans le cœur des miséreux

- Vingt mille lieues en dessous de l'envisageable
Vingt-mille lieues au dessous de l'irrespirable
Et qui pourtant persistent et survivent aux ratures-

Fourchette, fourche-dette que les langues fourchues
Relèguent au second plan ou posément évoquent
Entre l'entrée du jour et le pousse-café
La fourchette des prix, des privés de ressources

Celui qui passe d'un bout de la fourchette à l'autre
Sur la tête du frère, dans la fosse à purin
Il appuiera le pied. Peur qu'il ne le rejoigne,
Peur qu'il ne le dépasse ou ne prenne sa place

La cervelle des pauvres, à la petite cuiller
On la mange - c'est semblable à un œuf à la coque,
Plus savoureux parfois- un vécu passionnant
Des idées tumultueuses, certes, mais formidables

Et pendant que certains se gavent de néant
D'autres remâchent leur rage face à l'assiette vide
On cherche à recycler en larves acceptables
Ceux dont la main tendue s'achèvera en poing

Ceux qui patientent à l'autre bout de la fourchette
Dont votre mépris cherche à cuisiner les restes
Sans doute serez-vous indigné et surpris
Le jour où, las d'attendre, ils prendront les couteaux !

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LA SUPRÉMATIE DU VIVANT

Dans les rapides, je nagerai Contre les siècles, face à la vague ,
Face à la roche aiguisant l'os
Pour reconquérir la suprématie
Du vivant régnant aux terres des nuits !

Je suis goémon du regret,
Je suis la souche de la rage
Et l'époque creuse ma fosse
Comme celle de tout être humain en quête
D'une lumière par delà ce qui l'inquiète ;

Je traverse les murs et les bois,
Je polis la pierre des vents ;
Sauvage parmi les grands feux,
Je reste le barbare d'une horde perdue
Dans les landes brisées par les fleuves en crue !

Solitaire plus qu'autrefois,
Je scrute mon secret dans mon sang
Qui ouvre mon cœur et mes yeux,
Pour aller plus loin, vers une ouverture
De ce ciel qui bat entre mes blessures

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RIRE SOUS LE COUTEAU DU BOUCHER

Rire sous le couteau du boucher
Suspendu, tête en bas
Aux herses de la misère

Rire quand le chiffon des désastres
Efface sur le tableau noir
Nos vies tracées à la craie, au cordeau

Rire quand des vapeurs alcalines
Signalent à l'âme et au corps
Qu'ils pourrissent, privés de racines

Éclater de rire, incompris de tous
Œsophage criblé de grêle
Et de substances corrosives

Ce rire ne se signifie pas
Et ne peut pas être expliqué
À celui qui ne l'a vécu

C'est l'unique fierté qu'il reste
Dire au pire "je ne ploie pas"
Démembré, disloqué, éparpillé

Mais la tête haute toujours
Tomber dans l'oubli, dans la fosse
Mais toujours avec élégance

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RÉVOLUTION EN CHANTIER

Un œil d'aigle, une paire d'ailes
Un point de vue imprenable
Un cœur généreux, une tête
Pleine et droite dans l'épreuve

Un caractère bien trempé
Des mots armés jusqu'aux dents
Une oreille bien affûtée
Une dose de chaos

Une patience sans faille
Une rage corrosive
Une résistance aux vagues
Acérées de l'ironie

Peut-être -en dernier recours-
Des bâtons de dynamite
Car nous ignorons encore
Si l'explosion, l'implosion

Des discours préformatés
Suffira à la naissance
D'hommes pleinement déployés

Il nous faudra tout cela
Et bien d'autres choses encore…
Mais le combat se prépare
Et nous serons bientôt prêts !

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AU TRAVAIL !

Il devenait de toute urgence
De raviver nos soumissions
Dont les couleurs avient pâli
- Assaut d'utopies corrosives-

Il devenait prioritaire
De relooker nos démissions
De leur donner un air de fête
Que l'apocalypse nous fût joie

Les muselières désormais
Sont serties d'or et de diamants
Supposant des humiliations
Dont nous puissions nous montrer fiers

Et les mots "Soyez productifs !"
Et les mots "Suivez la cadence !"
Ne furent plus les pires bassesses
Qu'on puisse cracher sur l'humain

Ils devinrent sources de gloire
Et l'économiquement viable
Et le constant harassement
Et la dépossession de soi

Plus que jamais idolâtrés …
Qu'importait notre reptation
Si une médaille, un salaire
La sanctifiaient, la déifiaient

Jamais la besogne ou l'effort
Le métier où les doigts tissaient
Lentement la recréation
Permanente de notre visage

Jamais la profession de foi
La fatigue quasi-mystique
Jamais œuvrer ne nous fît peur
Mais le travail ! Ah, le travail …

Promotions de mâts de cocagne
Produire de la consommation
Et consommer du surproduit
Ce monde où l'inventivité

La beauté de l'acte accompli
La valeur de l'homme en tant qu'homme
Non en tant qu'unique rouage
Méprisée, avilie, souillée

Ne pourrait relever la tête
Que furtivement, par mégarde
Je ne m'en sens pas solidaire
Je ne méprise pas l'esclave

L'esclave est et fait ce qu'il peut
J'ai comme lui courbé l'échine
Mais je réfute le bien-fondé
De l'omniprésent esclavage

Ne vous y trompez pas, je ne
Valorise pas la paresse
Cette autre extinction de soi
Mais l'oprressante dépossession
De ce qui fait notre grandeur

-Ce qui fertilise et bâtit
Et fait corps avec l'univers-
Cette honteuse reddition
Aliénant l'aptitude à être

Le Travail fut, est et sera
Plaie suppurante du déni
On nous emploie, autrement dit
Nous utilise jusqu'à ce que

Notre cœur et notre sang même
Fussent jugés improductifs
Se déployer, se déplisser
Et ne pas ployer sous le joug

Inutile, inutilisable
Déchets fastfoodisés du monde
Reprendre sa place d'humain
Tension monstrueuse de l'être

Tendu vers l'accomplissement
Etre outil et matériau
L'œuvre est négation du travail
Mais l'œuvre est sacre de l'effort

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DÉRACINÉS !

Leurs lèvres disent "immigré" ;
Dans les circuits de leurs synapses
Vous pouvez lire d'autres mots
Des synonymes interdits

"Inutile", "déchet", "parasite"
Orties d'insultes sur terres d'ordures …
J'entends, dans ce mot méprisé,
La sombre rumeur de l'amer

J'entends un peuple qui a faim
J'entends des terres dévastées
Hommes et femmes fuyant la guerre
Et les "ratures" de l'Occident

J'entends hommes et femmes épuisés
Des souffles noués à la cendre
Les terres arides des tyrans
J'entends des pas sanglés de larmes

Ce qu'ils désirent ? Un peu de pain
Un peu de dignité aussi …
L'illégal observe et se terre
Se tait, se terre, observe encore

Il cherche à comprendre et apprendre
Tout en imitant l'invisible
Ceux dont vous crachez à la face
Cherchant leur solution finale

Ce sont des spectres qui ont faim
Et non des monstres improbables
Les problèmes de l'immigration
Clandestine : ceux qui les exploitent

Grappes humaines à broyer
Dans les pressoirs de la machine
Pour des vendanges à bon marché

Vous demandez de s'intégrer
Aux enfants nés sur votre terre
Et grandis dans votre culture
Dont l'aïeul jadis immigra

Dont vous avez usé les mains
Pour élever vos bâtiments
Pour leur seule couleur de peau
Leur refusez d'être Français

Mon grand-père était allemand
Et ma grand-mère fut tondue
Celle qui engendra mon fils
Mère italienne, père espagnol

Je ne suis pas plus français qu'eux
Je le suis même peut-être moins
De partout et de nulle part
Sans racines identifiables

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JE SUIS L'ÉQUARISSEUSE D'ÉTOILES

Je suis l'équarisseuse d'étoiles
Le marteau qui sans bruit fracasse
Les murailles de votre conscience
Réduisant vos rêves en miettes

Je suis l'avorteuse sans cri
Qui ôte du ventre des hommes
De délicats doigts de poussière
Les arc-en-ciels éblouissants

Si vite que vous ne sentez pas
Cette blessure dans vos flancs
Dont j'ai arraché le connaître
Et la possibilité d'être

Je suis la mère maquerelle
Livrant aux guerres ses putains
Je suis pourvoyeuse du vide
Ennemie de la profondeur

Ceux qui m'aiment m'appellent "Vie"
Quand j'en suis l'exacte antithèse
Mais ceux qu'écrase mon courroux
Me connaissent bien davantage

Ils me nomment

Médiocrité

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IL FAUT BIEN QUE QUELQU'UN LE DISE…

Il faut bien que quelqu'un le dise,
Quitte à se faire crucifier :
La réalité est truquée
Et le mensonge est notre église …

De sombres trous du cul cosmiques
Ont inventé LA VÉRITÉ ,
Des cartésiens endimanchés
Ne font que singer leurs mimiques !

Overdose de la matière
Et tout-à-l'égoût du mystique
Fougueux, se donnent la réplique …
Combat dont l'Ange s'indiffère

Ils ignorent tout de la Grâce
Et marchandent, qui les pouvoirs
Surnaturels, qui le mouroir
De nos mondialisées impasses

Seule semble changer la couleur
De notre décomposition
Poker menteur et stock-options
Avec un fond commun : la Peur

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