insurrectionpoetique !

AU CARREFOUR DES MIRACLES

Que connaît-il de l'eden
Celui qui jamais ne s'est
Confronté à ses enfers

Et ne s'y est pas dissous ?
Deux routes qui se rejoignent
Au carrefour des miracles …

Si la griffe du démon
N'a déformé nos visages
Et circonscrit nos royaumes

Si nous n'avons traversé
- Tentaculaire étendue-
Les jardins de soufre et d'ombre

L'aile de l'ange jamais
N'effleurera nos mystères
- Communion de la grâce-

Connaître l'illumination
Et l'étendue des possibles
Sans nous risquer dans l'obscur

La déchirure de l'être
En fragments éparpillés
Les trous noirs de la conscience

Tel est le tiède credo
Qui d'une chappe de plomb
Rend invivable l'époque

Où nos ailes meurtries traînent
Dans les acides promesses
D'un paradis formaté

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LE POIDS DE LA MATIÈRE

C'est à travers le poids de la matière
Que l'Esprit Saint dicte sa volonté
Saint est l'élan transcendant de la chair
Sainte la peau du bout des doigts touchée
Là est l'unique issue vers la lumière

Quelle moëlle peut se priver d'ossature ?
Quel sang de veines et de muscles et d'artères ?
Sans la pierre toutes nos architectures
Ne resteraient que vains songes austères
Comme vos discours sur le Pur et l'Impur !

Toute philosophie qui ne pourrait se vivre
Dans le cercle du monde par essence serait fausse
L'esprit n'est supérieur que s'il jaillit des livres
Pour prendre à bas le corps la sueur, la lymphe et l'os !
De la chair, il n'est nulle idée qui vous délibre

L'âme sans matériau qu'elle puisse travailler
N'est rien et notre viande qu'un fantôme insipide
Si un élan sacré ne vient pas l'élever
Au dessus des déserts avides, acides, arides,
Sans l'autre, l'un n'est rien, sans l'un tout vanité

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RENAISSANCES

C'est le grand rêve occidental
Librement inspiré des curés hindouistes
Mourir, renaître du même au même
Rénové, reprendre la route

Comme si toute ressurection
N'était en premier lieu un écartèlement
Inouie douleur d'âme et de corps
Concassage moléculaire

Comme si nous pouvions revivre
Avec les mêmes yeux tatoués d'ignorance
Comme si le Savoir n'incluait
D'indéracinables souffrances

Conjointes à la joie bâtisseuse,
À la joie acérée, écorchée des mutants
Brassant fièvres et cataclysmes
Dans un unique élan vital

Notre mort, nous ne la vivrons pas
Dans une anesthésie médiatico-chimique
Nous vivrons pleinement nos plaies
Et l'âpre don des renaissances

L'univers se déstructure
Nous refusons le prix de nos métamorphoses
Leur échéance inéluctable
Devenir signifie périr

Et pleinement conscient renaître
Mais renaître autre et le choc est brutal
Labour incessant des cellules
Des atomes de l'identité

Ni silencieux, ni indolore
Ressusciter sera constant arrachement
Avant de prendre vraiment place
Au cœur de notre différence

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LES SPECTRES PÂLIS DE LA GRÂCE

Miracles ébréchés jonchant
Les plus extrêmes solitudes
La joie différée de connaître
L'annonciation du mystère

Demeurent ces messes éphémères
Qu'hantent quelquefois cependant
Les spectres pâlis de la Grâce
Sans lesquels vivre est impossible

Mais la voie qui mène au salut
Au pardon de nos impuissances
À décanter l'espace en nous
Ne nous est encore révélée

Les signes s'enlacent aux songes
Sans que nous saisissions leur sens
Mais le vent quelquefois nous parle
D'imprévisibles plénitudes

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NE CROYEZ PAS VOUS ÊTRE DÉBARRASSÉS DE L'ÂME !

Ne croyez pas vous être débarrassés de l'âme ;
L'âme reviendra toujours vous chatouiller les pieds
Quand vous serez sevrés de confort matériel

Ne croyez pas pouvoir longtemps la limiter
À la portion congrue. D'essence spirituelle
Certes, mais elle est tétue. Son chatoyant fantôme

Viendra troubler vos rêves et l'ordre du concret.
Elle vous dira "fantoche, qu'as-tu fait de tes chants ?
Dans quel tiroir de mort as-tu pu les ranger ?

L'inanité d'une possession sans élan
D'objets ou d'êtres humains comme toi reniés
Ne te conduit à rien qu'accumuler les faits"

À ceux qui la croient toute entière contenue
Dans les singeries sans grâce du dimanche matin
Elle dira que la vie est plus ample et plus vraie

Qu'étiquettes et miroirs sont d'autres noms du rien
Que ces tours de passe-passe pour sombres trous du cul
Ne sont que trompe-l'œil affamant nos secrets

L'âme n'est pas un hobbie, un spot, un jeu social
Elle est ce qui vous somme de vivre maintenant
L'accomplissement concret de nos idéaux

Vouloir la réduire à un concept ou un mot
Serait obscénité, crime de lèse-vivant
Car elle demeure en nous l'axe fondamental

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L'UNIQUE ISSUE VERS LA LUMIÈRE

C'est à travers le poids de la matière
Que l'Esprit Saint dicte sa volonté
Saint est l'élan transcendant de la chair
Sainte la peau du bout des doigts touchée
Là est l'unique issue vers la lumière

Quelle moëlle peut se priver d'ossature ?
Quel sang de veines, et de muscles et d'artères ?
Sans la pierre, toutes nos architectures
Ne resteraient que de vains songes austères
Tels vos discours sur le pur et l'impur

Toute philosophie qui ne se pourrait vivre
Dans le cercle du monde par essence serait fausse
L'esprit n'est supérieur que s'il jaillit des livres
Pour prendre à bras le corps la sueur, le sang et l'os
De la chair, il n'est nulle idée qui vous délivre

L'âme sans matériau qu'elle puisse travailler
N'est rien, mais si la carcasse, le squelette est vide
De cet élan sacré qui le peut élever
Il n'est plus qu'un désert avide, acide, aride
Sans l'Autre, l'Un n'est rien ; sans l'Un, tout vanité

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RECONSTITUER L'EDEN EN NOUS

J'en ai la conviction : l'eden
Fut pièce à pièce démonté
Pour être reconstruit ailleurs

Mais quelqu'un, pendant le voyage
Qui convoyait l'immensité,
A perdu le mode d'emploi

Puis les fragments désormais vains
Furent mélangés aux rouages
D'autres structures dont l'usage
S'est également égaré

Et depuis toute vie consiste
À en rassembler les morceaux
Sans savoir lorsque nous croyons

Avoir isolé un atome
S'il s'interpénètre et s'assemble
Avec d'autres pièces éparses

Merveilleuse et terrible tâche
Reconstituer l'eden en nous
Dignité sublime de l'Etre

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DES ANGES EN REDINGOTE

Des anges en redingote et en simple visite
Dont les pas laissaient traces dorées dans la neige
Évoquaient la vanité d'une apocalypse
Face à la mièvrerie profonde de nos vices

Les arbres devisaient sur la nature du monde
Et si l'homme était un animal domestique
Et sinon quelle utilité lui conférer ?
Assaut d'incertitudes et de compromissions

Nous qui avant chassé le Verbe de nos rêves
Et qui nous acharnons à tenter de nommer
Ou condamner aux gouffres toute révélation

Nous ignorons du cœur de l'ombre le tempo
Sa pulsation pourtant quelquefois nous élance
Et nous la diluons dans de sombres poisons
Pour ne pas transformer en feu notre regard

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FEU D'UN VISAGE

À peine l'œil a-t-il le temps d'entrevoir
L'autre côté que déjà se dérobe
Ce que nous percevons comme essentiel

Comme une lame de feu nous transperce
Le visage de foudre qui nous lie
À l'axe de notre vie déployée

Brûlure que notre cœur se décourage
À nommer et cependant nous savons
Que ce nom est la clé de nos vertiges

Sans lui la chute interminable et lente
À travers les dédales enspiralés
D'une conscience identique au néant

Sans lui nous sommes à jamais condamnés
Aux émotions superficielles et vaines
Aux saveurs synthétiques, sans substance

Je ne recherche rien que ces moments
Où le sens de la vie est contenu
Dans l'instant qui en signe l'évidence

Je ne désire rien qu'ouvrir les yeux
Et regarder en face ce visage
Où l'Horreur et la Beauté sont un tout

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UN SOUFFLE PROCHE DE LA GRÂCE

C'est sûr … Il y a une issue
Mais elle s'enfuit comme un lièvre
À mesure que nos pas approchent
Des vérités contradictoires
Formant la trale de nos vies

J'ai vu un chemin … il s'efface
Comme une buée sur nos rêves
Déchiffrer le sens de sa trace
Est tâche au dessus de nos forces
Qu'il existe nous suffira

Lumière fantôme, fugitive
Qui clignote dans nos traumas
Qu'imaginer suffit parfois
À démesurer nos consciences
Rédemption à l'état brut

Puisque le cœur bat, est vital
Qu'il serve ; nous l'utiliserons
Pour être au plus proche de l'axe
Autour duquel tournent silences
Et élans vers la plénitude

Non au delà, mais au travers
De la matière, en transparence
Un souffle proche de la Grâce
Qui ouvre la route du Feu
Au cœur de la matière inerte

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SEMAILLES

Ce qui étonne, ce n'est pas
Cet entassement perpétuel
Couche obscure sur couche obscure
Qui confine à l'opacité

C'est qu'au centre de la noirceur
En quête d'un microscopique
Grain de lumière à faire germer
Nous finissions par le trouver

Encore et toujours en dépit
De la haute probabilité
De l'insuccès de nos efforts
Toujours cet absolu en marge

Comme à contresens du néant
Dont nos doigts peuvent se saisir
Avec une joie imparable
Fragment de notre devenir

Chaque fois la source où baigner
Fût-ce un instant notre visage
Y trouver force de renaître
Et de se déployer encore

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LE FRUIT DÉFENDU DES PLUS HAUTS SILENCES

Validant la médiocrité
Comme l'unique voie possible
Et diabolisant l'exigence
Tentant de marchander la grâce

Tout irait bien si nous n'étions
Si blessés de ces dissonnances
Entre notre âme et l'Univers
Le souffle et ce que nous vivons

Ce que nous sommes aptes à saisir
-Si peu- du brasier du vivant
Et cet écho qui nous poursuit
D'un paradis perdu aux dés

Rien ne peut imposer silence
Aux voix définitivement
Qui nous poussent à goûter le fruit
Défendu des plus hauts silences

Juste une miette, dût-elle
Déchirer lèvres et secrets
Tendre désespérés vers ce
Que nous nous refusons d'atteindre

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DÉTOURNEMENT D'IDENTITÉ

Sous ce fatras de masques et de renoncements
D'utopies avortées, de vies en trompe-l'œil
De mensonges edeniques et d'enfers de façade
De peurs et de paroles, de non-dits fatidiques

Creuser, impitoyablement, creuser toujours
Pour qu'en pleine lumière surgisse le Réel
Paraisse le vivant. Où est la Vie ici ?
Las de ces clones humains où tout est prévisible

Ce n'est qu'en découvrant les coulisses de l'être
Sa part cachée, dissimulée, secrète
Que se révèlent et le souffle et le sens
L'Homme n'est qu'un détournement d'identité

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DANS LES COULISSES DU MYSTÈRE

On me dit "ceci est la Vie"
Je ne vois que murs de papier de soie
Une quasi transparence au delà de laquelle
Le ballet des ombres commence

Une simple griffure suffirait
Un geste souple de l'index
Pour que les parois se déchirent
Et que le décor disparaisse

Et pourtant nul n'ose accomplir
Le mouvement révélateur
Angoisse de se réveiller seul
Dans les coulisses du mystère

Mesure de sécurité primordiale
Éviter la confrontation
Multiplier les actes et les occupations
Comme autant de cloisons entre la vie et nous

Mais le salut, la damnation
Leur tangible réalité
Se trouvent-ils derrière ou devant ?
Impossible de le savoir

Sans avoir déchiré la soie
Avoir commis le sacrilège
Et pour cela être au delà
De la grâce et de l'avilissement

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SOLITUDE DES MUTANTS

La solitude extrême des mutants
Que les faims aigues de l'esprit ont poussé hors
Les limites des cages de silence,
Leur rêves déployés en bannières de cris,

Rend par son ampleur toute mesure caduque …
Qui osera donc sonder leur cœur nu ?
Détecter la vibration essentielle
Qui parcourt l'ossature de leurs aspirations ?

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