insurrectionpoetique !

FEU D'UN VISAGE

À peine l'œil a-t-il le temps d'entrevoir
L'autre côté que déjà se dérobe
Ce que nous percevons comme essentiel

Comme une lame de feu nous transperce
Le visage de foudre qui nous lie
À l'axe de notre vie déployée

Brûlure que notre cœur se décourage
À nommer et cependant nous savons
Que ce nom est la clé de nos vertiges

Sans lui la chute interminable et lente
À travers les dédales enspiralés
D'une conscience identique au néant

Sans lui nous sommes à jamais condamnés
Aux émotions superficielles et vaines
Aux saveurs synthétiques, sans substance

Je ne recherche rien que ces moments
Où le sens de la vie est contenu
Dans l'instant qui en signe l'évidence

Je ne désire rien qu'ouvrir les yeux
Et regarder en face ce visage
Où l'Horreur et la Beauté sont un tout

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UN SOUFFLE PROCHE DE LA GRÂCE

C'est sûr … Il y a une issue
Mais elle s'enfuit comme un lièvre
À mesure que nos pas approchent
Des vérités contradictoires
Formant la trale de nos vies

J'ai vu un chemin … il s'efface
Comme une buée sur nos rêves
Déchiffrer le sens de sa trace
Est tâche au dessus de nos forces
Qu'il existe nous suffira

Lumière fantôme, fugitive
Qui clignote dans nos traumas
Qu'imaginer suffit parfois
À démesurer nos consciences
Rédemption à l'état brut

Puisque le cœur bat, est vital
Qu'il serve ; nous l'utiliserons
Pour être au plus proche de l'axe
Autour duquel tournent silences
Et élans vers la plénitude

Non au delà, mais au travers
De la matière, en transparence
Un souffle proche de la Grâce
Qui ouvre la route du Feu
Au cœur de la matière inerte

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SEMAILLES

Ce qui étonne, ce n'est pas
Cet entassement perpétuel
Couche obscure sur couche obscure
Qui confine à l'opacité

C'est qu'au centre de la noirceur
En quête d'un microscopique
Grain de lumière à faire germer
Nous finissions par le trouver

Encore et toujours en dépit
De la haute probabilité
De l'insuccès de nos efforts
Toujours cet absolu en marge

Comme à contresens du néant
Dont nos doigts peuvent se saisir
Avec une joie imparable
Fragment de notre devenir

Chaque fois la source où baigner
Fût-ce un instant notre visage
Y trouver force de renaître
Et de se déployer encore

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LE FRUIT DÉFENDU DES PLUS HAUTS SILENCES

Validant la médiocrité
Comme l'unique voie possible
Et diabolisant l'exigence
Tentant de marchander la grâce

Tout irait bien si nous n'étions
Si blessés de ces dissonnances
Entre notre âme et l'Univers
Le souffle et ce que nous vivons

Ce que nous sommes aptes à saisir
-Si peu- du brasier du vivant
Et cet écho qui nous poursuit
D'un paradis perdu aux dés

Rien ne peut imposer silence
Aux voix définitivement
Qui nous poussent à goûter le fruit
Défendu des plus hauts silences

Juste une miette, dût-elle
Déchirer lèvres et secrets
Tendre désespérés vers ce
Que nous nous refusons d'atteindre

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DÉTOURNEMENT D'IDENTITÉ

Sous ce fatras de masques et de renoncements
D'utopies avortées, de vies en trompe-l'œil
De mensonges edeniques et d'enfers de façade
De peurs et de paroles, de non-dits fatidiques

Creuser, impitoyablement, creuser toujours
Pour qu'en pleine lumière surgisse le Réel
Paraisse le vivant. Où est la Vie ici ?
Las de ces clones humains où tout est prévisible

Ce n'est qu'en découvrant les coulisses de l'être
Sa part cachée, dissimulée, secrète
Que se révèlent et le souffle et le sens
L'Homme n'est qu'un détournement d'identité

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DANS LES COULISSES DU MYSTÈRE

On me dit "ceci est la Vie"
Je ne vois que murs de papier de soie
Une quasi transparence au delà de laquelle
Le ballet des ombres commence

Une simple griffure suffirait
Un geste souple de l'index
Pour que les parois se déchirent
Et que le décor disparaisse

Et pourtant nul n'ose accomplir
Le mouvement révélateur
Angoisse de se réveiller seul
Dans les coulisses du mystère

Mesure de sécurité primordiale
Éviter la confrontation
Multiplier les actes et les occupations
Comme autant de cloisons entre la vie et nous

Mais le salut, la damnation
Leur tangible réalité
Se trouvent-ils derrière ou devant ?
Impossible de le savoir

Sans avoir déchiré la soie
Avoir commis le sacrilège
Et pour cela être au delà
De la grâce et de l'avilissement

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SOLITUDE DES MUTANTS

La solitude extrême des mutants
Que les faims aigues de l'esprit ont poussé hors
Les limites des cages de silence,
Leur rêves déployés en bannières de cris,

Rend par son ampleur toute mesure caduque …
Qui osera donc sonder leur cœur nu ?
Détecter la vibration essentielle
Qui parcourt l'ossature de leurs aspirations ?

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LE RÉEL (VERSION INTÉGRALE)

Ce que vous appellez matière est un mouroir
Et l'Invisible un autre nom du Vide
Si avides d'un sens, d'un axe, d'une histoire
Nous cherchons au grand rien une assise solide

Déchiffrant un langage et l'érigeant en dogme
Quand de son alphabet nous n'avons que six lettres,
Que la langue en contient autant qu'en nous d'atomes
Et tous nos théorèmes sont négation de l'être

Nous complaisant dans une réalité concrète
Ou dans une abstraction dont s'exclut toute chair
Comme voulant conjurer de leurs maigres bluettes
L'instabilité, l'incertitude premières

Délires mystiques et fariboles
Matérialisme absurde et vain
Nous ne nous offrons que deux voies
À l'appréhension du destin

Face à l'infinité des choix
Ni l'âme ni le corps ne sont pestes
Qu'il faut éradiquer du monde
Mais mathématiques célestes
Objets qu'il nous faudra unir en paquets d'ondes
Pour s'assembler au cœur de la planète

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VIVANT NON IDENTIFIÉ

Tu voudrais que tes rêves s'accomplissent
Sans ossature, ils ne sont qu'ombres floues
Sans muscles, exsangues, sans lymphe et sans humeurs
Tu les prives d'existence organique

Construire un corps autour de leur lumière
Un corps souffrant, éveillé, combattant
Exige plus que le courage, le risque
Dislocation de ce qui fut ta vie

Guidé par un souffle à peine esquissé
Ruiner volontairement ses certitudes
Porté par ce seul corps improvisé
Improbable structure du réel

Tel est le prix que tu devras payer
Pour accéder à l'essence de l'être
Enfin pouvoir t'identifier vivant
Et rien en ce monde ne t'y prépare

Canaliser ton énergie vitale
Vers ce but t'amputera de la force
Nécessaire à revenir en arrière
Le choix est radical et sans issue

Autre qu'aller tout au bout du voyage
Tu saigneras et tu suppureras
Vivras le doute et l'instabilité
Mais au bout de ce chaos TU SERAS

Tant d'efforts pour un but aléatoire
Tant de silences, d'absences irrévocables
Et le Temps qui te dévore vivant
Tant d'alibis à ton immobilisme …

Mais n'ayant pas osé te confronter
À ces déchirements de ta conscience
Ne te plains pas de n'être que toi-même
Je ne suis rien, mais demain serai tout

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UNE VACUITÉ PARFAITE

Cultiver le vide en soi
Le vide n'est pas le Rien
Qui envahit et dévore
Le vide est pur et léger

Cultiver le vide en soi
Pour que dans la comédie
Du monde soudain surgisse
Une personne réelle

Cultiver le vide en soi
Pour libérer l'étendue
Du ressac des souvenirs
Et faire place à la Vie

Cultiver le vide en soi
Une vacuité parfaite
En laquelle prendra place
Le miracle inattendu

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RÊVES EN DÉSORDRE

De ce capharnaüm de rêves en désordre
Nous ne mesurons pas quel serait le pouvoir
Si nous les assemblions en formes compactes

Capables de lutter contre l'effacement
Progressif de notre âme à laquelle nous contraint
Le martèlement continu de la machine

Cette vie sans visage où rien ne nous ressemble
Pour laquelle nous n'avons ni goût ni aptitude
Dans laquelle il nous faut pourtant persévérer

Qui nous apprit dès notre premier silence
Qu'il n'existait plus nulle issue vers les grands vents
Qu'abdiquer notre essence était la voie unique

Que nous devions renoncer à devenir …
Si tel était le sens pourquoi cette douleur
Des mondes avortés où nous n'avons pu être ?

Il suffirait d'un cri ou d'un effleurement
Pour que ce que nous pensons être le Réel
Se disloque et qu'un ciel sauvage nous embrase

Peut-être mais nous n'osons crier no effleurer
Préférant ne respirer qu'à peine sous le joug
À l'impatience écorchée des incertitudes

Alors, faute d'un choix périlleux, radical
Nous osons l'impensable : ce fourmillement tiède
Sans élan, sans saveur, nous l'appellons la vie

Qu'importe que je chute, écartelé d'absence
Et que mon corps soit bombardé de météores
Puisque parfois la fulgurance me foudroie

Qu'importe que mes victoires, qu'importe que mes défaites
Tracent dans l'espace des figures indéchiffrables
Si quelquefois il m'est permis d'entendre battre

Le cœur de l'univers en son immensité
Bref éclat mais si vif qu'il emplit une vie
Puisqu'il m'est permis d'entrevoir l'inaccessible

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VEAUX D'OR !

Vous rejettez les païennes idoles,
Et vous croyez encore à la Morale,
La Science, la Politique, les Étoiles ,
Veaux d'or auxquels cœur et raison s'immolent !

Que vous niiez cela qui vous dérange
Ou érigiez en dogmes vos croyances,
C'est toujours sacrifier l'innocence,
La pureté sur l'autel de vos fanges ;

Matérialisme et mystique ne sont
Qu'un même dieu au double visage :
Intolérance est le nom du naufrage
Où nous conduit sa duelle illusion !

Ne pas vendre notre âme à la matière,
Mais ne jamais donner à celle-ci
Nos dédains d'hommes, car en elle se construit
Un rêve où s'enclôt notre lumière …

Sceptiques, peut-être, mais ouverts cependant ;
Je peste contre ce siècle shizophrène
Qui voit dans l'âme ou le corps la gangrène
Et tranche l'un ou l'autre dans son chant !

L'astre, ou la viande … oh ce choix impossible !
Transcendance ou dédain de l'exigence …
Il faut toujours qu'il y ait cette absence
Où nous nions tant de mondes possibles !

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DÉMAQUILLER LES CERTITUDES

En outrepassant les limites
Nous défardons le prévisible
Démaquillons les certitudes
Ne nous reste plus qu'à attendre

Le visage ainsi révélé
Manifesté dans notre chair
En cataractes éblouissantes
Dont la beauté nous écartèle

Dans le cercle des magiciens
Nous invoquerons l'inoui ;
De l'enveloppe du probable,
Il jaillira, halluciné

Inventera d'autres espaces
Et d'autres manières d'aimer
Que nous ne saurions concevoir,
Un courant d'air cosmogonique

Secouera portes et fenêtres
Et ce qui entrera alors
Bouleversera le précis
Et l'ordre, et la réalité ;

Enverra paître dans l'espace
Nos piètres éblouissements ;
Seuls ne seront pas par son souffle
Balayés dans les incendies
Ceux qui auront su maintenir
En eux l'issue vers le miracle

Brasiers aux dimensions d'un verbe
Suscitant les immensités
D'une poésie illimitée
Dont l'être humain n'est qu'une rime

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UNE CUILLER À CAFÉ

Dire "l'Univers en son entier
Ne saurait être contenu
Dans une cuiller à café
- Il s'y sentirait mal à l'aise !-"

Dire que l'Esprit intégral
Ne saurait pas se contenter
Des simples limites du corps
Et nécessairement déborde

Et nécessairement s'accouple
Avec l'ensemble du vivant
En unité ascensionnelle
Des consciences enchevêtrées

C'est une même vérité
Et seul le filtre des mots change
À l'une, on dira "évidence !"
À l'autre "hérésie charlatane!"

Aux deux facettes de l'Essence
On appliquera tour à tour
Les sombres œillères des dogmes …
Et on en tuera quelques uns

Clamant "Esprit !", clamant "Matière!"
Chaque métaphore a son camp
Et pendant ce temps , nous croirons Etre dans la Réalité

Mais le Réel, non expurgé,
Est de l'ordre de l'indicible ;
Le sacerdoce du poète
Est d'en suggérer l'existence
  En pointillés d'immensité

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AU VERSO DES ÉTOILES

J'écris au verso des étoiles
La honte de nos reniements …
Quand pourrons-nous écrire enfin
La page un de notre existence ?

Cette bibliothèque virtuelle
De merveilles et d'enchantements
Que nous gardons close à jamais
Tout au fond de nos labyrinthes

Quand ses lettres de feu enfin
Éclaireront-elles nos ténèbres
D'une conscience contagieuse,
En épidémie inversée ?

Ouvrons la chambre du cerveau
Comme les ailes d'un oiseau
Et déclarons, dès maintenant,
L'envol priorité première

Prenons une bonne fois pour toutes
Nos utopies à bras le corps ;
Transfusons-en la quintessence
Dans la réalité pratique

Ne faisons pas de la matière
Un poids de plomb qui nous entraîne
Redonnons lui sa dignité
D'axe du monde et de la vie

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