insurrectionpoetique !

LE CIEL À PLEINES LÈVRES

Un morceau de ténèbres est fiché dans mes reins

Comme une écharde noire, une balle perdue

Je ressens sa présence même au cœur du bonheur

Il me laisse cependant jouir d'une paix relative

 

Mais à l'heure des grands cyclones émotionnels

Quand la honte et le doute et l'ordure s'interposent

Entre mes désirs, mes faims et mon âme instable

Elle remue, comme l'aiguille de l'horloge des morts

 

Elle joue des moindres failles de mon sang, de mes songes

Bascule dans mes veines tout le poids des absences

Et de ce bain de nuit, ni brisé ni intact

Je ressors chaque fois en éveil, en combat

 

Quand une part décline, telle autre se renforce

Un autre moi nait de ce chaos de viscères

Étreint à bras le corps de ferventes utopies

Et porte les miroirs au point d'incandescence

 

Je ne suis dupe ni du bleu  ni de l'obscur

Ni des forces de vie, ni des pulsions de mort

Et dans leurs flux contraires puise une identité

Comme des poupées russes elles s'interpénètrent

 

Un morceau de ténèbres est fiché dans mes reins

Mais j'aspire le ciel toujours à pleines lèvres

Après avoir séjourné dans les souterrains

J'esquisse un avenir dans les plis du silence 

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LES DOIGTS D'ACIER DES AUTREFOIS

Bancs d'angoisses minérales

Héritées de passés comme en apnée ;

Elles veulent manger leur part du soleil,

À travers la morsure de leurs mâchoires

 

Y injecter le poison

De leurs salives vénéneuses, corrosives

Disent que tout bonheur est illégitime 

Portes fracturées des douleurs anciennes

 

Combat pour ne pas sombrer

Dans ces nuits fraternellement écorchées

Qui brûlent la peau par le revers de l'âme

Prennent le cœur à rebours de l'absence

 

Bavent des pulsions de mort

Entrent en émulsion, léprosent les murs

Nécrose la parole et les sentiments

Entraînent vers le fond les rêves à bâtir

 

Doigts d'acier des autrefois

Résister aux tentations de la chute

Aux séductions des décompositions

Est plus complexe que je ne l'aurais cru

 

Demande constants éveil et vigilance

Demande constant amour et confiance

Pour effacer les réflexes incongrus

De qui a trop vécu au seuil des gouffres 

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IL ME FAUT INVENTER MA VOIE

Je n'entre véritablement

Ni dans le cadre structuré

Du licite ni dans l'imposture

Chaotique de l'illicite

 

Mais un fragment de mon visage

Demeure dans l'un et l'autre espace

La plupart hantent l'entre-deux

De no man's lands indéfinis

 

Je ne me reconnais vraiment

Ni dans la lisière des marges

Ni dans l'ornière de la norme

Et pourtant quelque chose oscille

 

Virevolte entre les territoires

Ne m'enracinant dans aucun

Mais dans chaque trouvant l'écho

D'une parcelle de mes chants

 

Ma voie, il me faut l'inventer

À chaque pas, à chaque mot

Créer mes gites, mes repères

Et l'ossature de mon destin

 

Désarticuler les pays

Pour fonder mes propres frontières

Frontières mouvantes au gré

Des migrations de mes fantômes 

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CONTRÔLE DES FRONTIÈRES

Dans mon sac des oiseaux sauvages

Féroces comme des dobermanns

Des libertés de rechange

Une enfance de secours

 

Des écrits criblés d'aurore

Avec un soupçon de foudre

 

Et les parfums décomposés

D'amours qui ont vécu leur temps

Le brouillard épais et froid

Des amnésies volontaires

 

Des révoltes prêtes à l'emploi

Et leur antidote pour briser

Les rebellions sans objet

Les vanités héroïques

 

Dans mon sac, un Arbre de Vie

Pour recréer si besoin est

Un monde en quelques minutes

Quand tout sera aboli 

 

Des nuits saccagées, souillées

Des élans vers la vie vraie

Pensez-vous vraiment que je puisse

Passer sans risque vos frontières ? 

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LABYRINTHES VORACES

Même au cœur de ma solitude

La ventilation est parfaite

L'air de l'extérieur y pénètre

 

Tant qu'il paraitrait outrancier

De me définir solitaire

Si n'était si profondément

 

En moi l'exigence vitale

D'arpenter l'aride étendue

De mes paysages intérieurs

 

De voir un à un mes visages

Se désarrimer de mon être

Sans repaires affronter ma peur

 

Pour la sèche et froide beauté

Qui émergera du combat

Faire face et sans indulgence

 

Observer mes propres mensonges

Démystifier le spectacle

Du Moi et de ses complaisances

 

Mais c'est privé d'observateur

Que le silence m'enseignera

À déjouer mes impostures

 

Dans ces arènes où le pire

Des ennemis aura mes yeux

Ma voix et mon sang dans ses veines

 

Savoir que la Haine et le Mal

Et la destruction sont en moi

N'en ressentir nulle affliction

 

Elles ne sont pas ce qui jugule

L'expansion de la vérité

Mais conditions sine qua non

 

À son éclosion dans nos ventres

Non malgré, mais en raison de …

La violence et l'infâmie

 

Ne sauraient être anéanties

Mais domptées car rien ne peut être,

Privé de leur flux nourrissant,

 

Accompli d'intense et de vrai ;

Qui ne s'égare dans les plis

Des plus putrides meurtrissures

 

De ses labyrinthes voraces

Ignore à jamais tout cela

Et ne peut extraire de soi

 

Qu'un fatras de gestes et de mots

Proches de la putréfaction,

Rêves avares et infertiles 

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LE RIRE DU VOLEUR DE FOUDRE

Si longtemps j'ai craint que mon rire

N'entre en un coma prolongé

Dont plus rien ne saurait l'extraire

 

Le règne de la cruauté

Et de ses anguleux mystères

Nourrit nos stratégies du pire

 

Et lorsqu'aveuglé titubant

Muré à la beauté du monde

J'asphyxiais mes immensités

 

Je versais des larmes infécondes

Sur les espérances avortées

Et quittais la voie du vivant

 

Mes lèvres étaient papillons morts

Cloués sur les portes des granges

Muette la vive cascade

 

Et garroté s'effondrait l'ange

Dans la brèche des barricades

Qu'un vent de soumission dévore

 

Et aspiré par le vortex

Je présageais tendresse éteinte

Le déracinement du feu

 

Mais une aube d'amour non feinte

Traçant son cercle dans mes yeux

Ouvrait des litanies complexes

 

Mais un poème en brasero

Une joie arcenciellant l'ami

Une douceur à peine esquissée

 

Mais une poignante utopie

Enserrant mon cœur dévasté

Mais un silence qui tenait chaud

 

Secouait les draps amidonnés

Des fatigues et du désespoir

Éveillant prêt à en découdre

 

Mon rire de voleur de foudre

En saccades jaculatoires

Il explosait dans les nuées    

 

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MA MÈRE

Ma mère
Tu m'appris à être vivant
Tantôt en t'écoutant, tantôt en te fuyant
Et de ton énergie en crue
Je me suis nourri et je me suis érodé

Sans obstacles ni discernement
Elle projette sur toutes choses son écume
Hisse ou noie, sculpte ou me brise
Et d'elle j'ai tiré la semence du verbe

Ma mère
Tu m'appris à être vivant
Mais comment pouvais-tu m'apprendre à être heureux
Quand le bonheur était chez toi
Une énergie discontinue, heurtée ?

Ma mère
Sais-tu si cette intensité
Est compatible - à quel degré de l'être ?-
Avec la Joie à laquelle
En dépit de, malgré cette force j'aspire ?

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COMPLAINTE DU JEUNE OCÉAN

Je ne suis qu'un jeune océan
Et personne ne m'a appris
A me servir de mon écume,
Me dissimuler dans la brume,
Lancer ma vague comme un cri,
Lancer ma vague comme un chant !

Les sables ne me connaissent pas
Et pourtant, en signe d'amour
Et de soumission, je leur donne
Des diamants de sel qu'à personne
Je n'ai montrés jusqu'à ce jour ;
Mais elles ne s'abandonnent pas

A mon fervent déchirement,
Me rejetant si violemment
Que mes marées font profil bas
Et se retirent plus loin, là bas ;
Les rochers mangés tendrement
De toutes leurs pierres me crient "va t'en !"

Je ne suis pas répertorié
Sur vos cartes géographiques ;
Je suis violente parenthèse,
Je suis à peine une hypothèse …
Ne cherchez pas dans vos lexiques,
Je n'y suis pas non plus noté !

Certains disent "tu n'es pas la mer,
Tu n'es qu'un être humain de plus"
Mais ceux qui me connaissent bien
Savent qu'au beau milieu de rien,
Je suis tempête, volcan, nimbus,
Épée de tranchante lumière !

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EN CHAQUE MOT LA MÂCHOIRE D'UN PIÈGE ?






Je compris que l'amour ne servirait de rien
Dans le combat que j'avais à mener
Et que ma connaissance intime de la mort
La conscience de sa permanence en moi

Me serait un bagage inutile à porter
Et que j'ignorais tout de la nature
Du chaos qui me transmuterait dans ses flots
Et qui m'épiait depuis dejà des siècles

Ni qu'après lui plus rien ne resterait intact
Ni même sous sa forme originelle
De ce que j'avais cru connaître et reconnaître
Comme le tissu de la réalité

Et l'épreuve a jeté ses chausse-trappes en moi
À chaque mot, à chaque instant vivant
La mâchoire d'un piège inexorablement
Se ferme sur des silences anciens

Que tout suppure et que je me vide de moi
Des soubresauts de ma vieille existence !
Mais qui m'attend de l'autre côté du passage
Quel autre que j'ai feint ne pas connaître ?


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LE CHANT DES BARBARES

Moi, je suis de même nature
Que les tempêtes, les océans
Et que les grands drakkars cinglant
Ivres de sang et de conquêtes

Je suis l'incendie, la blessure,
Une bouche sans dents, vermeille
Qui immisce dans le sommeil
Son pourpre purulent, impur

Moi, je suis le chant des barbares,
L'incantation face à la nuit
Je suis la fureur et le cri
Et la douceur pour qui sait voir

Moi, je suis le briseur de murs
Qui métamorphose d'un mot
Vos rêves et vos idéaux

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UN ACCROC À L'IMMENSITÉ

Je vis dans l'instabilité
La révolution permanente
Ne suis qu'un petit bout de ciel
Un accroc à l'immensité

Je dois déménager sans cesse
Mon cœur, mon âme, ma tripaille
Remettre en question, en danger
Ce que je croyais être vrai

Sans doute ma nature exige
-T-elle semblables sacrifices
Mais pourtant, strié de ratures,
Je m'épuise à m'écarteler

Ah ! Me poser dans la matière
Et connaître le doux repos
Ne plus penser, ne plus rêver
S'inscrire dans le végétal

Mais non, l'esprit qui s'anémie
Me pousse à de nouveaux combats
Et m'installer dans le silence
M'est à tout jamais refusé

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ÉLOGE DE L'HOMME VERTICAL

Si mon cerveau parfois dérape
Mes entrailles sont solidaires
Elles me poussent vers l'avant
Sans compassion pour ma fatigue

Mes lacunes, mes peurs infantiles ;
À l'instinct et à l'aveuglette
Elles jettent au cœur des maelströms
Mon âme qui se croyait vaincue

Et doit, sous peine de se dissoudre
Rejoindre la verticalité
Retrouver le sens du comabt
Et tout l'éclat de sa puissance

L'esprit se refuse à mourir
Se redresse, s'élance et vainct
Vie ou poème ? Mes entrailles
Refusent cette distinction

En cascades, le flux vivant
Irrigue les actes et les mots
Et prend avec les ferveurs ses
Rendez-vous présents et futurs

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VIVRE AU BORD DE LA FALAISE

Savoir que dans dix minutes
Une bombe explosera
Dans le bâtiment désert
Où vous ont mené vos pas

Ne pas céder à l'angoisse
Jouir pleinement de l'instant
Pendant cinq minutes au moins
-Cinq autres suffisent à fuir-

Être près de la falaise
Et ne mesurer ses pas
Qu'au moment ou dix secondes
À peine séparent du gouffre

Ma vie ressemble à cela
Nulle tentation de m'en plaindre
Je n'en eus pas voulu d'autre
Là n'est pas la pire épreuve

Car vivre cette vie-là
C'est affronter le dégoût
Lorsqu'on comprend qu'elle est choix
Et non aléa du sort


Mais à force d'endurance
Le dédain parfois m'amuse
De ceux-là qui se contentent
Du fade et de l'insipide

Je ne juge pas leur vie
Chacun navigue comme il peut
Dans les eaux troubles du monde

Mais leur amour de leurs chaînes
Qu'ils n'osent ainsi désigner
Au nom duquel ils condamnent
Possède cette ironie

Du dérisoire érigé
En règle de vie et d'amour…
Nains déguisés en géants
Dans la foire aux vanités !

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RESPIRER LA COULEUR

Ma vie ne ressemble pas
À ces pièces bien rangées
- Objets utiles et précis
Aux fonctions déterminées

(chacun d'entre eux à sa place)-
Mais aux greniers entoilés
Par des araignées mutines,
Aux gouffres sombres des caves

L'ordre obéit à des règles
Réinventées chaque fois
Mais le chaos s'organise
Autour d'axes indéniables

Seule l'imagination
Parfois peut donner un rôle
Aux éléments composant
La fresque de l'inutile

Mais on peut trouver souvent
Dans le fouillis des mensonges
Indispensables ou futiles
Rutilant de tous leurs feux

Des vérités au cordeau
Et d'impensables trésors
Des talismans, des miracles
Encore en état de marche

Il faut s'armer de patience
- Rien ne s'y donne d'emblée-
Pour fouiller dans les instants
Jetés ici pêle mêle

Un œil qui s'y risquerait
Pour y trouver quelque chose
D'utile ou de fonctionnel
Verrait échouer sa quête

Les instants et les objets
Face à l'œil qui les salit
Se rétractent et disparaissent
- Iles réfugiées sous la mer-

Mais que des merveilles s'offrent
À qui y erre et musarde
Sans objectif et sans but
- Rien à prouver mais à vivre-

À respirer la couleur
Rêver hors de la durée
Sans direction sans rien d'autre
À réaliser que soi-même

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